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"Il faut intégrer les milices armées dans la nouvelle Libye"

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"Il faut intégrer les milices armées dans la nouvelle Libye"

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Après la fuite de Mouammar Kadhafi de Tripoli, quels sont les défis auxquels doit faire face le Conseil national de transition libyen (CNT – l’organe politique des rebelles) ?

Hasni Abidi, politologue et directeur du Centre d‘études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam), basé à Genève, répond aux questions de Aïssa Boukanoun.

Comment peut-on parvenir à une transition saine en Libye ?

La transition est une étape difficile et pour réussir elle doit d’abord être locale. Il faut que les Libyens atteignent un consensus national autour de l’après Kadhafi, c’est-à-dire un projet de société et un système politique.
Il faut aussi la paix sociale, qui ne sera possible que grâce à une réconciliation nationale – et seuls les Libyens sont capables d’initier un processus de réconciliation. Enfin, il faut aussi résoudre les difficultés économiques pour espérer une transition réussie. En effet, il est urgent que le quotidien des Libyens soit amélioré. Pour cela, il est très important que la révolution et la transition libyennes soient accompagnées par la communauté internationale. Il est encourageant que des pays comme la Russie et la Chine, jusque-là réticents, aient aussi assisté à la réunion de Paris (le 1er septembre). Cela va donner une dimension plus internationale, et non pas seulement une dimension atlantique ou européenne, à l’effort pour la transition en Libye.

Estimez-vous qu’il faille intégrer les pro-Kadhafi dans la future Libye ?

La réussite de la transition est véritablement dictée par l’intégration de tous les enfants de Libye. Tous ceux qui ont travaillé dans l’administration libyenne qu’elle soit civile ou militaire ne se sont pas transformés en partisans acharnés du régime ou de Kadhafi.
Malheureusement, le CNT est partagé sur la nécessité d’intégrer ceux qui ont servi le régime ou de les exclure, même si le CNT lui-même compte des anciens qui ont travaillé pendant des années dans l’ancien régime. Par exemple, Abderrahmane Chelghem qui s’occupe des affaires étrangères ou même Mustafa Abdeljalil, le Président du CNT, qui a été Président de la Cour suprême et était le ministre de la Justice jusqu’en février dernier.

Pour parvenir à une transition, il faut une inclusion, pas une exclusion. Cela dit, il n’y a pas de places pour des personnes qui ont les mains tachées de sang ou ceux qui ont dilapidé les richesses du pays, c’est une question de justice.

Comment est-il possible d’empêcher l’“irakisation” de la Libye ?

En Libye, contrairement à l’Irak en 2003, il n’y a pas d‘éléments étrangers sur le sol du pays. Cela avait constitué un argument de taille pour tous les insurgés irakiens, sunnites ou chiites.
Le deuxième élément qui pourrait favoriser un scénario à l’irakienne serait bien sûr l’exclusion d’une partie importante de la société. En Irak, à la chute de Saddam Hussein, l’armée et les appareils de sécurité ont été dissous. En excluant aussi tous les membres du parti Baas de la vie publique, on a fabriqué des insurgés et des terroristes.
Le troisième point concerne la circulation des armes dans le pays. C’est un vrai casse-tête pour le CNT et ses pays voisins. Le nombre d’armes en circulation est très élevé et ce ne sont pas aux forces étrangères de contrôler. Il est donc important de commencer à reconstruire une armée libyenne. C’est cette armée qui sera capable d’intégrer les milices armées, islamistes ou non.
Il faut que le gouvernement pose un ultimatum pour que les armes soient déposées dans un arsenal national ou régional. Les groupes qui ont pris les armes pour chasser Kadhafi pourraient choisir : soit de rendre les armes et réintégrer la vie civile, soit de rejoindre la future armée libyenne.

Il y a-t-il véritablement des islamistes et des membres d’al Qaïda au sein du CNT ?

La dimension islamiste est bien réelle au sein du CNT qui regroupe toutes les sensibilités politiques, les appartenances régionales et tribales. Par contre, il n’y a pas d’éléments appartenant à al-Qaïda dans le CNT. Cependant, parmi les insurgés qui ont marché sur Tripoli, on trouve des islamistes et certains ont fait partie du Groupe islamique combattant de Libye (GICL).
Il n’est pas possible de se couper totalement des islamistes. De nombreux islamistes ont participé à la guerre et ils ne doivent surtout pas être exclus de l’après-Kadhafi.