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Royal en campagne à Lyon : un "coup de balai" pour l'ordre juste

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Royal en campagne à Lyon : un "coup de balai" pour l'ordre juste

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Villeurbanne, dans le Rhône, le centre culturel de la vie associative se remplit tranquillement. A 19 heures, heure prévue pour le meeting, la salle est pleine. De petits groupes papotent tranquillement devant l’entrée.

A l’intérieur, il faut chercher pour se trouver une place, ça se bouscule un peu. Des tee-shirts “Pour un ordre juste” portés par des militants de tous âges émaillent la foule de bleu. L’atmosphère est étouffante, l’assemblée attentive, et pour cause. Dans le rôle du chauffeur de salle, sur l’estrade, le président de région socialiste Jean-Jack Queyranne prêche avec ferveur et tente de combler par la parole les 45 minutes de retard de la candidate. Le maître de cérémonie, louant l’audace et le courage de la dame du Poitou, esquisse quelques grandes lignes. L’ambiance est bon enfant, la foule applaudit volontiers. Peu à peu, elle est subjuguée par cet orateur rassemblant l’attention autour d’une femme qui a parlé “avant tout le monde” de démocratie participative, d’ordre juste, et qui “n’a pas peur de frapper les puissants”…

Dans l’entrée, les militants main dans la main préparent une haie d’honneur. De temps en temps, des exclamations fusent : “la voilà” ! “Ségolène présidente” ! Et puis (enfin) elle arrive, la musique à fond. Les gens se hissent sur la pointe des pieds et tentent d’apercevoir une vague silhouette en veste blanche. Quelques minutes d’un nuage incessant de flashes, assez pour rappeler l’importance du personnage, assez pour se dire qu’ils en font peut-être un peu beaucoup pour une campagne de primaires…

Quand Ségolène Royal atteint enfin l’estrade, c’est un peu étourdie qu’elle cherche des yeux son équipe. Le maire de Villeurbanne, Jean-Paul Bret, introduit chaleureusement la première des candidats socialistes à fouler le sol du département pendant la campagne. “Mais je suis la première tout court !” lance-t-elle sous une salve d’applaudissements. Najat Vallaud-Belkacem (porte-parole de la candidate et adjointe au maire de Lyon) la présente alors comme le renouveau de la crédibilité du parti. Ségolène, calme, posée, entame alors son discours de campagne.

“Dire non au désenchantement”

Au programme, ce fameux “contrat avec la nation” que les militants distribuent en sortant. Elle rappelle sa volonté de rétablir une république du respect, à partir de son leitmotiv de “l’ordre social juste”. Et pour cela, rien de tel que des exemples concrets puisés dans son expérience de présidente de région. Elle appelle à “imaginer un destin collectif, à dire non au désenchantement, à faire de l’impossible du possible”. Autant de petites phrases ponctuées de salves d’applaudissements policés et des lointains pleurs d’un bébé. Simple, claire dans ses propos, on tend vite à penser qu’elle essaie de faire de son discours – qu’elle ne lit pas, la tête droite et le regard vif – l’image de son programme.
Soudain on frappe à grands coups sur la porte donnant sur la rue : un retardataire essaie d’entrer du mauvais côté, ce qui fait lancer à la candidate : “entrez! Il fait chaud ici, on se serrera un peu !” et d’ajouter avec joie “on m’avait annoncé une petite réunion de quartier, mais en fait ce soir c’est un grand meeting populaire !”

Le “coup de balai” Royal

Une Royal chaleureuse, souriante, presque espiègle énumère alors ses 5 priorités immédiates : faire de la France une nation d’entrepreneurs, développer les énergies renouvelables et l‘écologie, reprendre en main l‘éducation. Donner la priorité à l’intégration et la valorisation des banlieues (propos ponctués de bravi), et enfin, ne pas laisser le thème de la sécurité à la droite.
Avant de promettre, notamment au sujet de la corruption et des financements occultes des partis : “Nous allons remettre de la morale au plus haut niveau”. Et de poursuivre par cette formule qui fait déjà le bonheur de ses partisans comme de ses détracteurs : “au plus haut niveau, il y aurait du ménage à faire ! En fait ce ne serait pas plus mal qu’une femme soit enfin élue pour faire un peu de ménage : on a besoin d’un bon coup de balai !”.

“Elle était sensationnelle, comme toujours”

Au terme d’une heure trente de discours, la séance se termine sur une promesse “être une présidente équitable, dans un sursaut vers l’avenir”, suivie comme il se doit d’une standing ovation et d’une séance de dédicace de son ouvrage. Pas de questions, pas de trouble-fêtes en vue, les militants se rassemblent gentiment et parlent de la performance de leur candidate. Le public, hétéroclite, n’est pas toujours acquis : “On n’a pas encore fait notre choix”, nous confie un couple de retraités, Jacqueline et René. “On est membres du parti, et on vient tous les écouter, après on choisit tranquillement à la maison”. Mais Ségolène ? “Elle était sensationnelle, comme toujours”, confie Jacqueline avant de s‘éloigner.
Pour Patricia, jeune femme à l’allure décidée qui se dit “de gauche, pas militante mais votant socialiste au deuxième tour”, c’est différent : “j’ai un faible pour Ségolène Royal depuis la dernière campagne présidentielle, je m’informe sur internet en permanence. Aujourd’hui je l’ai trouvée très bien, on retrouve les points forts de son programme, et aussi un brin d’humour”.
Quant à Louden, 23 ans, il a atterri ici un peu par hasard invité par Najat Vallaud Belkacem rencontré lors d’un festival qu’il organisait : “elle m’a motivé à venir ce soir écouter le projet de Royal. Et franchement, ça ne peut que nous toucher. Mais je suis surtout venu en tant que jeune entrepreneur et j’ai eu des réponses à mes questions, je suis enchanté par cette soirée”.

Au dehors l’assistance s’effiloche en petits groupes le long du trottoir, un groupe de retraités et deux jeunes en goguette se séparent après un vif débat, et Villeurbanne retourne à son calme nocturne… avant le prochain candidat.

Marie Jamet & Isabelle Godard