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Hollande en campagne à Lyon : "donner un successeur à François Mitterrand"

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Hollande en campagne à Lyon : "donner un successeur à François Mitterrand"

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La salle du Transbordeur à Villeurbanne, dans le Rhône, est plus coutumière des concerts de rock que des meetings politiques. Ce mercredi pourtant, c’est une star de la gauche, François Hollande, qu’elle attend à 20h.

A un quart d’heure du début, les voitures envahissent les terre-pleins et les bas-côtés aux alentours. A l’intérieur, la grande salle est déjà bien remplie. Les gradins sont pleins à craquer et la fosse est occupée par des petits groupes assis au sol. Un DJ se tient seul au milieu la scène. Derrière lui un grand écran annonce “le 09 octobre, avec François Hollande, votez aux primaires socialistes” avant de servir de support à un diaporama de photographies du candidat. Le reste des spectateurs patientent dans la première salle, plongée dans une lumière rouge et décorée d’affiches à l’effigie de François Hollande. Il y a plus de monde accoudés au bar que penchés sur les tables du comité de soutien.

Il faut patienter une heure avant que l’organisation ne semble prête à accueillir son héros. Le service d’ordre est en place. Des affiches cartonnées ont été distribuées dans la salle pour être agitées avec enthousiasme. La claque lance la foule qui se met à scander ‘’François, François, François’’.

Il arrive sous les applaudissements précédé de plusieurs invités. Ces derniers sont les premiers à prendre la parole au pupitre. A tour de rôle, Jean-Paul Bret, maire de Villeurbanne, Claudia Stavisky, présidente du Théâtre des Célestins et Vincent Carry, directeur du festival des Nuits Sonores, expliquent et apportent leur soutien au camarade François qui acquiesce en souriant. Gérard Collomb, sénateur-maire de Lyon, enfin, termine son allocution en lançant un “veut-on le changement ?” censé galvaniser la salle. Flop… quelques oui seulement émergent. Les rires qui suivent cette réaction timide se font plus entendre.

"Il faut réanchanter l’avenir"

François Hollande prend alors la parole. Il interpelle presqu’immédiatement la foule en expliquant “ce qui importe c’est cette confiance que vous me donnez”. Puis il énumère les villes par lesquelles il est passé les jours précédents avant de conclure “on doit bien être mercredi aujourd’hui. Donc demain c’est relâche. C’est débat. Je vais retrouver les camarades pour une discussion franche et sympathique.” La salle est hilare. Le ton est donné.

Pendant une heure et demi, le discours, fluide, est prononcé avec emphase, ponctué d’apostrophes régulières aux spectateurs, de blagues lâchées sur l’air de pas-y-toucher, dans un langage assez châtié. François Hollande s’arrête peu, même lorsque la salle applaudit. Il réserve deux ou trois silences après des slogans qu’il espère manifestement forts, en profite pour jeter un œil à ses notes. Il pointe du doigt, lève les bras, regarde ses invités, sourit peu, l’air habité. On est bien loin de l’image d’homme lisse et effacé que les médias ont longtemps véhiculée.

Ce “militant vertueux” comme l’a désigné Gérard Collomb, distille son programme au milieu des références à l’actualité et des tacles à Nicolas Sarkozy. Ainsi à propos de la crise et de la règle d’or, François Hollande explique que le président de la République aurait sûrement préféré présenter “une règle en or tant on lui connaît un goût en la matière”. Les propositions ne sont pas présentées de manière concrète mais avec un lyrisme plus ou moins bien reçu. Sur son thème central de la jeunesse, il lance par exemple :” il faut réanchanter l’avenir ; demain sera plus beau qu’aujourd’hui si nous en décidons.” Applaudissements nourris mais polis. Sur le thème de l’éducation qu’il oppose à la création de 30 000 nouvelles places de prison promises par Sarkozy, il s’exclame : “est-ce qu’on veut une jeunesse éduquée ou emprisonnée ?” Applaudissements enflammés, hourra et sifflets de joie.

"Il est habité par un souffle d’homme d’Etat"

Le discours se termine comme il avait débuté, par un appel à trouver, le 6 mai prochain, un successeur à François Mitterrand. La salle se soulève, rugit, sur la chanson “Bella Ciao”, grand classique fréquemment utilisé par les militants de gauche. La salle se vide rapidement ; sur le départ, Mathieu et Raphaëlle, étudiants à l’EM business school de Lyon, ne s’avouent pas très convaincus : “François Hollande n’avait pas de propositions concrètes. Il n’a fait que taper sur Sarkozy. Etre le négatif de la droite ça ne suffit pas.” Philippe et Eliane, deux militants d’une soixantaine d’années, sont eux très satisfaits. Pour Eliane, il fait “passer des messages complexes avec facilité”. Philippe, lui, “le sent habité par un souffle d’homme d’Etat. Il a mis l’humour au service d’une grande cause.”

Dans la petite salle, où un autre DJ officie, Pascal est venu sans avis particulier avec une soixantaine d’autres habitants de Vaulx-en-Velin sur les conseils de Philippe Zitoun, élu du canton qui a choisi de soutenir Hollande et qui ne pouvait pas venir. Pascal avoue que “finalement Philippe n’a pas eu tort de préférer Hollande”. Le militant qui tient le stand du comité de soutien confirme que la foule semble largement acquise au candidat socialiste. D’après lui, il n’y a que “10% d’indécis”.

François Hollande arrive justement au bar. Il prolonge le bain de foule entamé au bord de la scène à la fin de son discours. Il signe affiches et tracts, se prête aux embrassades et posent pour les photos avec les militants. En arrière fond, démarre une reprise de la chanson du groupe ACDC, “Highway to Hell”, (“Autouroute vers l’enfer”). Tant que le candidat n’y voit pas un message prémonitoire…