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La dégradation de la note italienne fragilise les pays "périphériques" de la zone euro

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La dégradation de la note italienne fragilise les pays "périphériques" de la zone euro

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L’abaissement de la note de la dette italienne par l’agence de notation Standard & Poor’s est une chose et la perspective négative qui l’accompagne en est une autre car cela veut dire que d’autres dégradations de la note italienne sont possibles, certains diront “probables”.

Faiblesse de la croissance – 0,6% seulement prévu par le FMI en 2011 – et fragilité politique sont les deux facteurs mis en avant par l’agence de notation pour expliquer sa décision. Malgré l’adoption d’un nouveau plan de rigueur il y a une semaine pour réduire une dette colossale de 1.900 milliards d’euros soit 120% du PIB, le gouvernement italien n’arrive pas à rassurer les marchés ce qui fait également monter la facture de la dette des autres pays périphériques de la zone euro, l’Espagne notamment.

“C’est un autre signe d’avertissement explique l’analyste Gavin Jones à Rome, parce que aussi longtemps que cette crise de la dette était limitée à des plus petits pays comme la Grèce, le Portugal et l’Irlande, ça semblait gérable, mais quand des pays comme l’Italie sont affectés, ça n’est vraiment plus gérable”.

Le risque de contagion de cette crise est toujours très présent. Un exemple : malgré les achats de dette italienne et espagnole par la BCE sur le marché secondaire, l’Espagne a émis mardi 4,5 milliards de dette à court terme à des taux d’emprunt sensiblement plus élevés que lors des dernières émissions.

Duplex avec M. Tito BOERI – professeur de l’Université Bocconi à Milan

Euronews, Annibale Fracasso

“Cette dégradation de la note italienne c’est une nouveau revers pour la crédibilité, pas seulement économique, de l’Italie. Professeur Tito Boeri, alors que la Grèce est à un doigt de la faillite, comment est-il possible que Standard & Poor’s s’acharne sur l’Italie?

T. Boerio

Nous avons un gouvernement qui a prouvé – face à cette grosse crise de crédibilité – qu’il n’est pas capable d’adopter une loi financière comme celle qu’on lui demandait. Finalement on a une loi financière qui a un caractère récessif et qui ne fait rien pour la croissance italienne.

Par conséquent, l‘évaluation politique sur notre pays c’est que nous avons un gouvernement qui n’est pas en mesure de relever les défis de la crise qu’on a devant nous.

Euronews

Vous ne croyez pas que ces nouvelles tensions sur la dette italienne risquent de fragiliser à nouveau l’Euro et surtout étouffer l’Union monétaire européenne ?

T.Boerio

Certainement. Tant que seule la Grèce était impliquée, la gestion de la crise d’un pays périphérique était réalisable avec les instruments dont disposent l’Union européenne et l’Union monétaire européenne : en particulier le fonds de stabilisation et/ou les interventions de la BCE. Quand il y a un pays impliqué comme l’Italie, l’intervention européenne est nettement moins efficace. L’Italie ne peut pas attendre l’intervention de l’Europe et doit agir d’abord seule. C’est pourquoi il faudrait un gouvernement qui peut prendre les mesures nécessaires dans ce contexte difficile.

Euronews

L’agence Moody’s serait également sur le point d’abaisser la note de la dette italienne. Mais Professeur Boeri, l’Italie vient juste de voter un collectif budgétaire de 60 milliards d’euros. Que faut-il donner comme gage aux marchés internationaux pour atténuer la pression sur l’Italie : la démission du gouvernement Berlusconi ?

T. Boeri

La seule façon de rassurer les marchés internationaux c’est d’introduire rapidement une série de mesures pour la croissance économique. Il me semble que ce gouvernement n’est pas capable de le faire. Puis, il y a, certainement, un problème de crédibilité personnelle de notre premier ministre. Tout cela nous amène droit vers un nécessaire changement politique.

Euronews

Barack Obama a appelé Angela Merkel pour chercher un moyen rapide de sortir de la crise. Cependant, il semble qu’il y n’ait pas concordance de vues des deux côtés de l’Atlantique. Les États-Unis sont en faveur de politiques de stimulation rapide de la croissance économique, alors qu’en Europe tout est orienté vers l‘équilibre des budgets publics.

T.Boeri

En Europe il y a des différences importantes entre les pays. L’Allemagne a vécu un veritable boom économique et c’est seulement maintenant que sa croissance ralentit, après s‘être remis de sa période de récession. L’Espagne a lancé un important processus de consolidation budgétaire dans lequel il y a aussi des mesures destinées à la croissance. Ce n’est pas par hasard que ce pays est aujourd’hui récompensé par les marchés, car l‘écart de ses “SPREAD” sur les titres d’Etat est inférieur à celui qui existe dans notre pays. Malheureusement, un pays comme l’Italie, qui est très important dans le contexte de l‘équilibre de la zone euro – étant donné sa taille et aussi à cause de sa dette publique – n’a voté qu’une loi financière à caractère récessif.

Euronews

Dans moins de deux mois Mario Draghi,

(le gouverneur de la Banque d’Italie)

prendra la présidence de la BCE. Il ya 10 jours, Jürgen Stark (le chef économiste de la BCE) a claqué la porte après un désaccord sur l’achat des obligations italiennes. En plus il y a la Grèce. Mario Draghi arrive à la tête de la BCE à un moment très délicat, ça ne vas pas être facile pour lui.

T. Boeri

C’est une tâche difficile. Mais il a les compétences pour ce poste et il sera en mesure de prendre les bonnes décisions et comprendre les différentes positions des Etats membres de la zone euro. Tout cela non seulement en tant que banquier central mais aussi comme Président du Forum de stabilité financière. Il ne faut pas s’attendre à ce que Draghi soutienne la position de l’Italie. Au contraire, il doit agir dans la perspective des besoins communs de l’euro et la zone euro. Il est important d’avoir à la tête de la BCE quelqu’un de sa compétence et de son niveau d’indépendance”.