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Enseigner la paix

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Etats-Unis : découvrir “l’autre”

www.creativityforpeace.com/about/index.html

“Un ennemi est une personne dont vous ne connaissez pas le vécu.” Ces mots sont de Rachel Kaufman, co-fondatrice d’un camp d‘été à Santa Fe, au Nouveau Mexique, qui réunit pour trois semaines seize adolescentes palestiniennes et Israéliennes. Une initiative de l’ONG “Creativity for peace” – Créativité pour la paix.

Les jeunes filles parlent toutes anglais, arabe et hébreu. Elles ont été choisies sur la base de lettres de motivation. Le camp est financé par leurs familles et les donations. Dans ce cadre pacifié, elles apprennent comment prendre leurs distances avec la violence omniprésente dans leur pays d’origine.

Outre les activités artistiques, les jeunes filles participent à des sessions intensives de dialogue. Trois heures de discussions au cours desquelles se nouent des liens de confiance et où elles développent leur capacité d‘écoute.

Huit camps ont déjà eu lieu. 162 adolescentes en ont fait l’expérience. Creativity for peace ambitionne ainsi de former les pacificatrices de demain.

Suisse : former des négociateurs de paix

Partager sincèrement son vécu de façon informelle est une façon de construire la paix. Une autre est la formation professionnelle. Nous en avons discuté avec Trisha Riedy, administratrice et formatrice principale des négociateurs de paix au sein de l’UNITAR, l’institut de formation et de recherche des Nations Unies.

Trisha Riedy :

Former des négociateurs de paix signifie renforcer la capacité des envoyés spéciaux et autres représentants à transformer la façon d’aborder un conflit, passer d’une approche compétitive gagnant-perdant, où toutes les parties cherchent à imposer leur solution, à une approche gagnant-gagnant dont les bénéfices sont mutuels. Ce processus crée un espace pour comprendre les besoins et les inquiétudes des différentes parties. A partir de là, on envisage ensemble des solutions débouchant potentiellement sur des possibilités meilleures et plus appropriées pour la paix.

Maha Barada, euronews :

Les conflits viennent du coeur, ils sont profondément ancrés chez les individus – peut-on vraiment enseigner la paix ?

Trisha Riedy :

Je dirais plutôt que c’est la paix qui est profondément enracinée chez les individus. Nous pouvons désapprendre les raisons qui ont conduit au conflit, telles que la discrimination, l’exclusion, la croyance que l’un est supérieur à l’autre ou les tentatives de dominer l’autre. Avec les participants à la formation de l’UNITAR, nous regardons comment changer et améliorer les attitudes comportementales, les politiques et les institutions de sorte que les individus se sentent inclus, que leurs voix soient entendues, que leur identité, leur culture et la dignité de chaque être humain soit respectées.

euronews :

Quand les mots ne viennent pas facilement, quel est le rôle de la communication non verbale ?

Trisha Riedy :

“Les mots sont très importants. En même temps, une grande part du message passe par le langage corporel, qu’on s’en rende compte ou non. Par exemple, dans ma culture, si je me sens mal à l’aise, sur la défensive, je croise les bras. Il se peut qu’il fasse froid dans la pièce, mais si je croise les bras, ça signifie probablement : je suis mal à l’aise, je ne suis pas ouverte à ce qui est en train de se passer et je n‘écoute pas ce que dit l’autre partie.

Le contact visuel est un autre point culturel très important dans les négociations. Par exemple, dans ma culture, pour montrer que je vous écoute, que je vous respecte, que je veux comprendre, je vous regarde droit dans les yeux. Dans beaucoup d’autres cultures, c’est la pire des choses à faire, spécialement entre homme et femme ou jeune et vieux. C’est manquer de respect que de regarder droit dans les yeux.

Donc, au sein de la formation UNITAR, nous insistons auprès des participants sur le fait que tout effort en vue de comprendre la culture de ceux avec qui vous négociez ne peut qu’aider au processus de compréhension et à la résolution des conflits.

Grèce : combattre les stéréotypes

Au cours des décennies passées, les Balkans ont vu la haine dégénérer en guerres, alimentées par les préjugés et la propagande. Comment les jeunes peuvent-ils tourner la page et vivre ensemble en harmonie ? Pour le savoir, nous avons gagné les rives du Grand Lac de Prespa, à la jonction de l’Albanie, de l’ex-république yougoslave de Macédoine et de la Grèce.

La région du grand lac de Prespa est une des plus belles des Balkans avec un écosystème unique et préservé.

Mais ce panorama paradisiaque abrite des histoires douloureuses. Seule la faune peut traverser le lac en toute liberté. Les pêcheurs et les voyageurs sont contraints de respecter des frontières tracées sur la carte entre trois pays aux relations houleuses : la Grèce , l’Albanie et l’ancienne République Yougoslave de Macédoine. Sur les pourtours du lac, les questions identitaires sont complexes. Ces frontières ont divisé de nombreuses familles, entre autres lors de la guerre civile qui a déchiré la Grèce à la fin de la seconde guerre mondiale.

L’ONG « Cultural Triangle of Prespa » – “le triange culturel de Prespa” – regroupe des volontaires de toute l’Europe venus dans la région pour encourager la paix et le dépassement des conflits identitaires.

Chaque été, elle réunit des jeunes issus des pays limitrophes autour d’un thème commun. Cette année, ils cherchent ensemble des solutions pour le développement du tourisme dans la région.

L’avenir de la région de Prespa est entre les mains des jeunes générations. Avec un peu de volonté politique, le grand lac pourrait devenir un lieu d’échanges qui unirait au lieu de diviser et où chacun serait libre de circuler à sa guise.