DERNIERE MINUTE

DERNIERE MINUTE

Egypte: les Coptes pleurent leurs morts

Vous lisez:

Egypte: les Coptes pleurent leurs morts

Taille du texte Aa Aa

La douleur et la colère sont ravivées au sein de la communauté chrétienne d’Egypte. Les familles des dizaines de Coptes, tués dimanche lors de la violente répression d’une manifestation au Caire, ont commencé à faire leur deuil. Une cérémonie a rassemblé des milliers de personnes ce lundi dans la cathédrale copte de la capitale égyptienne. A l’extérieur, l’armée a été conspuée. Le Conseil suprême des forces armées, qui assure la transition du pouvoir en Egypte, est considéré comme responsable de la mort d’au moins 25 personnes, coptes en majorité. La charge des militaires a aussi fait 272 blessés.

“Je n’ai plus confiance ni foi en personne, témoigne une chrétienne. Ne me parlez pas de l’armée, ne me parlez pas de l’Egypte, ne me parlez pas du gouvernement ! J’ai été frappée dimanche au Caire. Que ceux qui sont morts reposent en paix”.

Pour disperser les Coptes qui protestaient contre les attaques de leurs églises dimanche, l’armée égyptienne est intervenue brutalement. Selon certains témoignages, des blindés auraient écrasé au moins cinq manifestants. Le gouvernement intérimaire a tenu une réunion d’urgence ce lundi, et a promis une enquête. D‘éventuels procès pourraient être menés par des tribunaux militaires.

Minorité chrétienne dans un pays à l‘écrasante majorité musulmane, les Coptes, ou chrétiens d ‘Egypte, ne représentent que 6% à 10% de la population. Relégués au rang de citoyens de seconde zone, ils se sont longtemps réfugiés dans la religion, acceptant leur sort avec fatalisme. En mai dernier déjà, l’attaque par des musulmans de deux églises avait fait 15 victimes.

“Il n’y a pas de sécurité, pas de protection. Dieu seul nous protège. Les églises sont incendiées. Les jeunes filles enlevées. Les commerces cambriolés. Les maisons peuvent être attaquées”, déplore une femme.

Le 1er janvier dernier, un attentat contre une église copte à Alexandrie avait fait 23 morts. Les Coptes avaient alors reproché au régime d’Hosni Mubarak de ne pas les protéger contre les attaques inspirées par les salafistes.

Pendant la période d’occupation de la place Tahrir, des scènes de fraternisation entre musulmans et chrétiens éloignaient le spectre de la radicalisation communautariste en Egypte. Un espoir de courte durée. De nouvelles violences ont semé la déception et conduit une partie des Coptes à se radicaliser. Certains se sont mis à brandir la croix comme symbole politique, à l’image des partis islamistes qui brandissent le Coran.

“Nous attendions beaucoup de l’après-révolution en janvier, mais malheureusement les salafistes et les frères musulmans ont volé la révolution des mains de ceux qui étaient à l’origine. Ils en ont fait leur révolution. Maintenant ils veulent réformer l’Egypte pour en faire un Etat religieux, qui tournera à l‘échec comme en Afghanistan, au Pakistan ou en Iran”, estime Boutros am Babola, prêtre copte.

Au-delà de la violence, les Coptes subissent une discrimination qui les empêche d’occuper des postes importants dans la fonction publique. Mais c’est surtout leur histoire qui est effacée des manuels scolaires, faisant d’eux des étrangers dans leur propre pays.

“Si ceux qui ont l’autorité à la maison expliquaient à leurs enfants qu’il n’y a pas de différence entre les chrétiens et les musulmans, que nous sommes frères, ce monde aurait vécu en paix comme il y a très longtemps. Mais plus personne ne dit cela aujourd’hui”, déplore une Copte.

Le mot “Copte” signifie “Egyptien” en grec ancien. Aussi, la langue copte est la seule descendante de l’Egyptien ancien. La fondation de l’Eglise copte remonte à l’aube du christianisme, avant les invasions arabes au VIIe siècle.