DERNIERE MINUTE

DERNIERE MINUTE

"L'affaire Dexia" peut-elle se rééditer ?

Vous lisez:

"L'affaire Dexia" peut-elle se rééditer ?

Taille du texte Aa Aa

La banque franco-belge Dexia va être démantelée : nationalisée sur son côté belge, elle sera adossée à la Caisse des dépôts et consignations en France pour ce qui concerne son secteur de financement des collectivités locales. Quand à ses actifs décotés, ils seront garantis par les deux Etats.

La Banque centrale européenne a beau offrir des lignes de crédit illimitées à taux fixe sur un an aux banques qui le désirent et s’engager à racheter 40 illiards d’euros d’obligations : les marchés ne sont toujours pas convaincus de la solidité des banques. D’autant qu’après les banques françaises et italiennes, les agences de notation ont dégradé la semaine dernière la note de 12 banques britanniques parmi lesquelles deux poids lourds : Lloyds Banking Group et Royal Bank of Scotland.

Les banques européennes réduisent leur taille, prêtent moins d’argent et ont plus de mal à en emprunter. Si la décote de la dette grecque est importante, d’autres “affaires Dexia” pourraient voir le jour.

*“Les bilans des banques sont bien moins mauvais qu’en 2008” *

Euronews, Frédéric Bouchard :
“Dexia est le premier groupe bancaire européen de grande taille à succomber à la crise de la dette souveraine en zone euro. Y-en-aura-t-il d’autres ? Pour répondre à cette question nous recevons l‘économiste français Marc Touati. Monsieur Touati, d’autres banques en Europe pourraient-elles connaître le même sort?

Marc Touati, Economiste :
Pour l’instant, on n’en est pas encore là, il ne faut pas dramatiser, n’oublions pas que la situation de Dexia est vieille de trois ans, ça fait déjà trois ans qu’on aurait dû avoir ce démantèlement, et puis pour des raisons politiques, on l’a évité. Donc aujourd’hui on ne peut plus l‘éviter, puisqu’il y a cette prise de risque qui a été excessive notamment sur les dettes souveraines.
Donc à partir de là, il y a deux situations: soit on sauve la zone euro, et il n’y aura pas d’effet domino au niveau des banques françaises ou européennes, soit on laisse un pays type la Grèce faire défaut ou alors ne pas rembourser une partie de sa dette publique et là il y a un risque d’effet domino et le secteur bancaire français et européen est en danger.

Euronews :
Actuellement, les établissements ne semblent plus se prêter d’argent de peur de ne plus en voir la couleur, le système bancaire peut-il imploser?

M. Touati :
Le vrai danger aujourd’hui c’est qu’on a une sorte de cercle infernal, où la suspicion pèse sur les banques et malheureusement les dirigeants politiques n’arrivent pas à siffler la fin de la “récré”. Les dirigeants politiques n’arrivent pas à dire oui ou non on va sauver la Grèce, oui ou non on va sauver la zone euro, et donc cette incertitude crée des tensions au sein des banques, et on se demande qui est le prochain sur la liste.
Mais il ne fait pas aussi dramatiser, les bilans des banques sont beaucoup moins mauvais qu’en 2008, les risques sont beaucoup moins élevés qu’en 2008, et à la rigueur c’est là qu’est le danger, les banques n’ont presque pas suffisamment pris de risque, donc cela limite le financement de l‘économie.

Euronews :
Après des mois de déni, Allemands et Français ont acté ce week-end la recapitalisation des banques européennes. Est-ce enfin une bonne nouvelle Monsieur Touati?

M. Touati :
On attend des décisions concrètes depuis déjà plusieurs mois, il y a beaucoup d’annonces et toujours pas de vraies décisions, et donc c’est ça qui devient dangereux, à la fois pour les banques, mais aussi pour l‘économie de la zone euro, car aujourd’hui nous frôlons la récession, peut-être même que la récession va revenir dans les prochains mois, et si jamais on ne permet pas aux banques d’octroyer davantage de crédit, alors à ce moment-là cette récession va s’alimenter, devenir de plus en plus grave. Donc qui dit récession, dit plus de déficit, donc plus de dettes publiques, et donc le cercle pernicieux de la dette publique continue, pas seulement de la Grèce mais pour l’ensemble de la zone euro, c’est là que le danger est aujourd’hui, c’est là où nos dirigeants ne prennent pas le taureau par les cornes.

Euronews :
Va-t-on vers une contagion à l‘économie réelle? En d’autres termes, un épargnant européen aujourd’hui doit-il s’inquiéter pour ses économies?

M. Touati :
Non je pense que très clairement on n’en est pas du tout là, il n’y a pas de risque sur l‘épargne des européens dans les banques européennes. Bien sûr, si demain la zone euro explose, il y aura des difficultés mais heureusement nous n’en sommes pas encore et j’espère qu’on évitera ce scénario catastrophe. Donc le risque sur l‘épargne est limité. par contre il y a un risque sur la croissance, c’est à dire que les banques sont déjà très frileuses, très parcimonieuses dans leur octroi de crédit – situation difficile sur la liquidité, sur les cours boursiers – c’est à dire que les banques risquent d’octroyer encore moins de crédit, donc s’il y a moins de crédit, il y a moins de croissance, donc moins d’emplois, donc plus de chômage, donc plus de déficit, et c’est donc là qu’est le vrai danger aujourd’hui”.