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Gérard Depardieu : "je n'ai rien désiré"

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Gérard Depardieu : "je n'ai rien désiré"

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Gérard Depardieu, l’un des ces acteurs mondialement connus, du Kazakhstan à l’Irlande, en Amérique comme en Asie. Un acteur “bigger than Life”, qui a interprété les rôles les plus divers, de Christophe Collomb au comte de Monte-Christo, en passant par Cyrano de Bergerac, et bientôt Raspoutine. Il a donné la réplique aux plus grands, Marcello Mastroianni, Yves Montand, Robert de Niro, Catherine Deneuve… Nommé aux Oscars, il a remporté aussi une Palme d’Or, un Golden globe et deux Lions d’or à Venise.

A l’occasion d’un hommage rendu à Lyon, ville de naissance du cinéma, Fanny Ardant, l‘égérie de François Truffaut, lui a remis le Prix Lumière, attribué chaque année à un grand nom du cinéma mondial.

Euronews l’a rencontré à cette occasion pour revenir sur sa carrière d’acteur.

Euronews:

Gérard Depardieu, avez-vous l’impression d‘être aujourd’hui au Panthéon du cinéma, d‘être l’un de ses “monstres sacrés” ?

Gérard Depardieu:

“Oh, je ne sais pas, je n’ai jamais cherché à être un monstre sacré, même si les gens me mettent dans cette position, je ne la refuse pas. En ce qui me concerne, je ne m’arrête pas là. En ce qui me concerne, c’est véritablement c’est un peu ce qui se passe à Lyon, c’est de faire partager des moments, y compris dans les films que j’ai fait, en tant que spectateur, partager avec eux des moments dans lesquels il y a des émotions, des violences, des turbulences, des choses… d‘être ensemble”.

Euronews:

“Vous avez cité Peter Handke qui, en parlant des acteurs disait que “Lorsque l’on est acteur, on brûle sa vie…”

Gérard Depardieu:

“Quand d’un seul coup on se voit sur un écran tout ou une partie de ce que l’on fait (comme films), c’est piégeant, parce que ce sont des moments d‘émotions dans chacun des films, il ya un moment oú l’on est submergé. Et puis, il y a un moment, on l’on se dit “c’est trop”.

Je tourne un film en ce moment oú je suis un héros, mais un héros qui a fait la guerre de 14, il n’est pas mort mais il lui reste une balle dans la tête. Il y a une prise d’otages à cause d’un allemand mort, et on demande vingt personnes – comme cela se passait à l‘époque. Et là, le petit village s’arrange pour faire en sorte que ce Ipu (le nom du personnage) que je fais, et à qui il reste une balle dans la tête, on essaye de le convaincre de faire partie des otages. Ipu dit d’accord, mais je veux voir mes funérailles, la statue que vous allez me faire comme héros, je veux tout regarder, voir tout cela. Et il répète cela. J’ai l’impression de cela quand je regarde mes films : tout ce que l’on a fait, finalement, on s’aperçoit que l’on est seul à voir les conséquences que cela a apporté.”

Euronews

“Vous parlez de ce film dans lequel vous tournez aux côtés d’Harvey Keitel, un film roumain tourné en Roumanie et en Belgique… que pensez-vous du cinéma européen ?”

Gérard Depardieu:

“Je pense malheureusement que la diffusion manque, que les télévisions de chaque pays ne sont pas tout à fait à la hauteur, puisqu’elles cherche des audiences et elles font toutes les mêmes erreurs, à savoir qu’au moins on pourrait sacrifier une petite chaîne, il y en a tellement dans l’espace.

Dans les cinémas maintenant, on a 20 films par semaine qui sortent, vous vous rendez compte de la masse de films, donc les distributeurs ne peuvent plus, ils prennent celui qui leur rapporte le plus, c’est comme un supermarché, vous allez vendre, et c’est dommage… donc il va falloir faire que des événements autour du cinéma pour faire en sorte de rattraper le public.”

Euronews

“On sent chez vous quelque chose qui dépasse les frontières de la France, vous avez tourné avec Bertolucci en Italie, le découvreur des Amériques (1492, Ridley Scott), vous allez être Raspoutine bientôt… vous sentez-vous justement une âme européenne ?”

Gérard Depardieu:

“Complètement, complètement… Les pays ont des histoires, leurs cultures, et c’est ce qui m’intéresse d’y aller, de rentrer dedans. Le cinéma, comme spectateur, on peut s’identifier à un héros ou à un caractère, et bien moi, c’est pareil, j’ai envie de trouver des gens sur lesquels le spectateur, que je vénère, a envie de s’identifier, et essayer de passer un bout de temps avec ce personnage”

Euronews

“Vous êtes d’extraction populaire, voire prolétaire, originaire de Chateauroux, une petite ville du centre de la France, comment voyez-vous le chemin parcouru, vous êtes l’incarnation du self-made-man?

Gérard Depardieu:

“Non, alors là je ne sais même pas, je n’ai rien désiré. La chance, c’est que je n’avais pas d’ambition, la seule ambition c‘était de regarder les autres et puis essayer de m’amuser avec ce regard, en même temps, d’essayer de prendre de la beauté, au moment oú ces gens sont submergés par leurs misères, par leurs joies, submergés voilà… C’est simplement l’amour des autres qui me fait aller (vers eux)… c’est le contraire de la boulimie, je pense que quand on est boulimique, on en crève. Moi, je ne mourrai pas, je mourrai comme je vis, c’est-à-dire en regardant les autres… un peu comme le personnage de Guillaume le Maréchal, ce grand chevalier, où les gens sont venus essayer de récolter un de ses vêtements pour le garder en mémoire… Heureusement que la mort est là, et l‘éternité, on est loin de l’avoir.”

Euronews

Merci beaucoup Gérard Depardieu.