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Amnesia, une pièce visionnaire sur le printemps arabe

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Amnesia, une pièce visionnaire sur le printemps arabe

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Le théâtre tunisien débarque à Lyon, au Festival “Sens interdit”, avec Amnesia, hymne à la liberté qui, visionnaire, annonce le printemps arabe.

Il tourne en ce moment dans toute l’Europe. Amnesia est un spectacle mis en scène par des comédiens tunisiens. Il porte la signature de Fadhel Jaïbi et Jalila Baccar qui ont imaginé la chute d’un homme puissant et le réseau qui enlise toute un peuple, bien avant la révolution du jasmin et la fuite de Ben Ali.

Très engagés sur la scène politique tunisienne, ces deux artistes oeuvrent depuis trente ans pour éveiller les consciences et redonner identité et dignité à un pays paralysé par le régime. Leur pièce raconte le drame d’un ministre qui perd son pouvoir, sa liberté et la raison dans le mécanisme pervers qu’il a contribué à créer.

Fadhel Jaïbi :

“Pour nous l’idée vient de ce que, inlassablement et depuis beaucoup d’années, nous essayons de faire : un théâtre qui lutte contre l’amnésie collective. Tous nos spectacles auraient pu avoir comme sous-titre Amnesia. Le travail sur la mémoire est un sacerdoce pour nous depuis très longtemps dejà.”

Manuela Scarpellini, euronews :

“Au printemps 2010 vous avez présenté Amnesia à Tunis. Comment avez-vous évité la censure ?”

Fadhel Jaïbi :

“On ne l’a pas évitée : elle nous est tombée dessus à bras raccourcis. Nous avons été au purgatoire pendant deux mois avant que le spectacle soit libéré. Le spectacle a été fait sous le régime de Ben Ali et il a bravé le régime en sa mafia et sa saloperie. C’est un spectacle qui était devenu indispensable et incontournable : les gens voulaient voir à quoi ça ressemblait.”

Jaïbi a co-écrit la pièce avec la comédienne Jalila Baccar, sa compagne dans la vie. Ils étaient tous les deux en première ligne dans les rues de Tunis alors que la révolution éclatait.

“La révolution a été vraiment un révélateur dans tout ce qu’avait le Tunisien – et qu’a le Tunisien – de magnifique et de détestable, raconte Jalila Baccar. Et depuis le 14 janvier, passés les trois premiers jours où il y avait un tel élan de solidarité entre les Tunisiens, on était sur un nuage. Ensuite, une partie de la Tunisie voulait tout et tout de suite. (…) On l’a tellement empêché de rêver, de se regarder ! Et là, avec la révolution, il a commencé à se voir.”

Et pour contribuer un peu plus encore à la transformation, toute la troupe a interrompu la tournée pour participer aux premières élections libres de la nouvelle Tunisie.