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ETA : témoignages au pays basque espagnol

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ETA : témoignages au pays basque espagnol

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Comment les familles des victimes vivent-elles ce moment qualifié d’historique ? Voici le témoignage d’une femme, Cati Romero. Il y a seize ans, elle a perdu son mari. Il était un des responsables de la police locale à Saint-Sébastien, au pays basque espagnol. Il a été abattu devant chez lui par deux hommes armés.

“Tout d’abord je ressens de la tristesse, je le dis comme je le sens. Je ne respire pas comme la majorité des politiques, des citoyens avec cette immense joie. Une journaliste française m’a prévenu, elle m’a appelé, m’a donné la nouvelle et je me suis souvenu clairement d’Alfonso. Il était mon compagnon, mon ami, un être exceptionnel, je me rappelle de lui, qui repose sous terre depuis 16 ans. Et donc je me suis demandé pourquoi cela ne s’est pas produit il y a plus de 20 ans, tout cela aurait été évité. Avec qui je dois me réconcilier ? Je ne sais pas. Nous n’avons fait de mal à personne. Il n’y a pas eu d’affrontement ici. Ils utilisent ces mots, conflit, confrontation, réconciliation. Avec qui ? Quelqu’un m’a t-il demandé pardon ?

Ils veulent réécrire l’histoire. Ils veulent nous faire croire qu’il y a eu ici une confrontation, un conflit, entre deux bandes. Moi je peux juste dire qu’au niveau personnel, je n’ai jamais eu de conflit avec personne, ni moi, ni Alfonso. Ils veulent réécrire ce qui s’est passé ici. J‘éspère que les citoyens ne tomberont pas là-dedans”.

Txelui Moreno, lui, témoigne de l’autre côté. Son fils aîné, âgé de 25 ans est en prison près de Madrid. Soupçonné de faire partie d’un groupe de jeunesse proche de l’ETA, il a été arrêté il y a 10 mois en Navarre. Il attend depuis d‘être jugé :

“ce qui n’est pas juste, et qui est une forme de vengeance de la part de l’Etat espagnol, c’est qu’ils maintiennent les prisonniers le plus éloigné possible de leur lieu d’origine, et les familles doivent assumer un coût éconmique très élevé.

Mon fils est une victime, ils l’ont torturé pendant cinq jours, et de savoir cela, c’est une douleur toujours vive pour moi, de savoir que ces tortionnairse sont vivants et qu’on va leur donner une plaque pour le beau travail qu’ils ont fait, enfermer huit personnes, encapuchonnées pendant cinq jours, humilier un jeune de 23 ans, tout ça reste en moi, c’est très difficile”.

“C’est aujourd’hui un moment très spécial pour les familles des victimes du terrorisme. Pour la première fois, elles voient le bout du tunnel d’un conflit qui a causé plus de 40 ans de souffrance”, nous dit notre correspondant, Javier Villagarcia, depuis le monument des victimes du terrorisme et de la violence de Saint-Sébastien.