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Crise de la dette : les eurosceptiques à la charge

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Crise de la dette : les eurosceptiques à la charge

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Alors que la crise des dettes souveraines fait vaciller la citadelle européenne, les eurosceptiques de toutes nationalités se déchaînent.

‘‘Chers collègues, je suis désolé que l’euro ait été un échec,” lance, non sans cynisme, l’eurodéputé danois Morten Messerschmit.

‘‘Les architectes de cet échec veulent en faire un désastre encore plus gros !” renchérit son confrère britannique Nigel Farage.

‘‘Nous sommes des cobbayes… Nous testons le terrain !” déplore l’eurodéputée grecque Niki Tzavela.

Les craintes d’une contagion de la crise grecque au reste de la zone euro continuent de laminer les marchés financiers mondiaux.

L’absence de solution à long terme a un prix élevé.

Nombre d’acteurs redoutent la fin de l’euro, voire l’effondrement du projet européen lui-même.

Et notre correspondant à Bruxelles, Paul Hackett, de constater : ‘‘la zone euro est confrontée à une crise de la dette, mais aussi à une crise de crédibilité. Ses dirigeants plaident pour davantage d’intégration pour sauver la monnaie unique et l’Union européenne.”

Une option à laquelle les plus eurosceptiques restent farouchement opposés. Déjà exaspérés par l’union politique et économique, ils rejettent tout transfert supplémentaire de pouvoir à Bruxelles.

‘‘Nous sommes dans un sacré pétrin, affirme Nigel Farage. Et cela va aller de mal en pis. Mais je supplie encore une fois Monsieur Barroso : faîtes sortir la Grèce de cette prison économique, ou il y aura une révolution… Je redoute qu’au lendemain de la faillite de la Grèce, il n’y ait plus d’argent dans les distributeurs. Que le jour d’après, il n’y ait plus de pain dans les boulangeries. Ne pas avoir de plan d’urgence, de plan B, est totalement irresponsable.”

‘‘Les durs, comme Nigel Farage estiment que l’euro est en train d’agoniser lentement et qu’il faut le jeter à la poubelle aussi vite que possible, poursuit Paul Hackett. Mais tous les eurodéputés considérés habituellement comme eurosceptiques ne sont pas de cet avis.”

‘‘Vu l‘état de mon pays, il n’y a pas d’issue, admet Niki Tzavela. Et s’il existe une alternative, je mets au défi quiconque de me le faire savoir. En tant qu’eurodéputée, je dois dire qu’il nous manque un leadership européen courageux, rapide et audacieux. Ils traînent. Et chaque report coûte de l’argent à la Grèce.”

Une position surprenante de la part d’une eurodéputée qui siège au sein d’un groupe parlementaire eurosceptique.

Mais les temps ne sont pas ordinaires, comme l’a noté le Président de la Commission européenne, José Manuel Baroso : ‘‘voici le message des marchés : il nous faut une approche vraiment communautaire. Il nous faut une intégration réelle de la zone euro. Il nous faut boucler l’union monétaire avec une réelle union économique.”

Mais parler d’endiguer la crise économique actuelle est une chose. Le faire en est une autre. Pour les eurosceptiques, les citoyens ne sont pas dupes.

‘‘Voici le dilemme auquel nous sommes confrontés aujourd’hui : soit vous choisissez le contrôle strict des affaires économiques par Bruxelles, soit, à l’opposé, vous laissez les Etats-membres décider par eux-mêmes. Bruxelles a choisi la première option, le problème est que les populations l’ont déclinée !” martèle Morten Messerschmit.

Reste à voir ce qu’en pensent vraiment les Européens.

En attendant, Felix Roth, économiste au Centre for European Policy Studies, estime que les eurosceptiques rêvent debout s’ils croient qu’ils peuvent remonter le temps.

“Les nations prises séparément, les économies nationales d’Europe ne sont pas assez fortes pour tenir seules. Dans l‘économie mondiale, il y a des super puissances comme les Etats-Unis et la Chine. A l’aune de cet argument économique, l’Union européenne et une intégration accrue constituent la seule réponse au problème,” assure-t-il.

Un message que les eurosceptiques les plus convaincus ne veulent pas entendre, alors que l’Europe navigue à vue vers l’inconnu.

Paul Hackett, euronews :
“Pour parler de l’impact de cet euroscepticisme sur les efforts réalisés pour résoudre la crise la dette en Europe, nous sommes avec Edward McMillan-Scott, vice-président du Parlement européen.
Monsieur McMillan-Scott, à voir l‘état d’esprit au Royaume-Uni et ailleurs en Europe, n’est-il pas clair que ce sentiment est essentiellement dû au fait que l’Union européenne est devenu une chose à laquelle les gens n’adhèrent plus ?”

Edward McMillian-Scott :
“Il y a une critique récurrente au Royaume-Uni selon laquelle nous avons rejoint le marché commun et avons eu l’union politique. Mais la vérité, c’est que lorsque nous avons rejoint le marché commun, nous savions que l’objectif était davantage d’union entre les peuples d’Europe. L’objectif était clair dès le début.”

Paul Hackett :
“Beaucoup de gens, beaucoup d’eurosceptiques pensent avoir été trompés sur ce que le projet européen était initialement. Vous n‘êtes pas d’accord ?”

McMillian-Scott
“Ils peuvent le dire, mais en ce qui concerne mon pays, je sais que trois millions et demi d’emplois dépendent de notre lien avec l’Europe, et que plus de 50% du commerce britannique se fait avec le reste de l’Union européenne. Que ferions-nous sans cela ? Une part immense des investissements directs étrangers au Royaume-Uni sont directement attribués au fait que le Royaume-Uni fait partie du marché unique. Et cela vaut pratiquement pour tous les pays européens.”

Paul Hackett :
“Cet euroscepticisme semble gagner du terrain en Europe. N’est-ce pas dû au manque de leadership des personnes qui peuvent prendre les décisions ? Les gens n’en ont-ils pas assez des tergiversations des dirigeants ?”

McMillian-Scott :
“Aux élections européennes de 2009, qui étaient en quelque sorte une sondage grandeur nature, dans dix Etats membres, la droite ou l’extrême-droite ont progressé. Et depuis, cette tendance s’est accentuée. Et nous voyons des personnages comme Geert Wilders aux Pays-Bas, des activités comme celles de l’extrême-droite hongroise, ou encore le Front national en France, se muer en une nouvelle force politique. C’est très inquiétant. Je ne sais pas si je l’attribuerais juste au fait que le centre-droit n’ai pas su mettre en avant ses arguments. C’est attribuable à toutes sortes de choses, y compris au désastre économique en cours depuis 2008.”

Paul Hackett :
“Que doivent faire les dirigeants pour stopper cela ?”

McMillian-Scott
“Eh bien, je pense que nous devons défendre l’Union européenne. Si elle n’existait pas, elle devrait être inventée.
Nous devons reconnaître par exemple que l’euro a créé environ 14 millions d’emplois, qu’il a maintenu l’inflation autour des 2% pendant près de 10 ans. Mais en ce qui concerne mon pays, le Royaume-Uni, il est le théâtre d’un déchaînement de propagande de la part d’organisations comme Open Europe, la Tax payers alliance, Business for sterling etc. Des organisations anti-européennes très bien financées, et aussi des médias qui prennent parti de manière de plus en plus véhémente pour les eurosceptiques.”

Paul Hackett :
“Croyez-vous que les dirigeants européens vont présenter un plan crédible pour résoudre la crise actuelle ?”

Edward McMillian-Scott :
“Je crois que l’Union européenne va sortir de cette crise renforcée, plus efficace. L’euro sera plus stable. Les gouvernements, qui sont après tout responsables de cette crise, deviendront plus transparents et agiront selon les règles qu’ils auront eux-même établies et acceptées. Et le Parlement européen sera plus étroitement impliqué dans le contrôle et la surveillance de la zone euro et du gouvernement économique qui, je crois, est en train d‘émerger.
En tant que pro-européen de longue date, je suis en fait découragé par la crise actuelle mais encouragé par la conviction que cela génèrera quelque chose de nouveau, de profitable, de plus stable pour la sécurité et la prospérité du continent.”