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Carlos Slim Helú : "Le meilleur investissement que vous puissez faire est de créer des emplois."

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Carlos Slim Helú : "Le meilleur investissement que vous puissez faire est de créer des emplois."

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Carlos Slim Helú, le magnat mexicain de la téléphonie, était récemment à Genève à l’occasion d’une conférence sur les télécommunications.

Il y a trois ans, le milliardaire mexicain d’origine libanaise a détrôné Bill Gates sur la plus haute marche des fortunes mondiales, place qu’il continue d’occuper aujourd’hui.

Self-made-man, il a bâti son empire au début des années 1980 en rachetant de petits commerces au bas prix. Mais le tournant a lieu en 1990 : quand il décide de monter son propre consortium et qu’il rachète Telmex, la première société de télécommunications du pays.

Selon le magazine Forbes, sa fortune personnelle avoisinerait les 74 milliards de dollars.

Rencontre.

Chiara Reid, euronews :

“Que pensez-vous de la crise économique actuelle ? A Londres, des gens plantent leurs tentes à l’extérieure de la cathédrale Saint Paul, les indignés descendent dans les rues de Rome, de New York, d’Athènes, de Madrid mais aussi de plusieurs villes d’Amérique latine. Pensez-vous que notre modèle actuel, le capitalisme, qui a fonctionné pour vous, est à revoir ?”

Carlos Slim Helú :

“Non, non. Je pense simplement que les gouvernements doivent vraiment prendre en charge la question de l‘éducation publique. Les gens qui ne peuvent pas s’offrir une éducation devraient pouvoir bénéficier de ce soutien du gouvernement. Je pense que dans ce genre de crises, les gouvernements ont besoin de réfléchir aux solutions pour réduire les déficits, de corriger les problèmes structurels qu’ils traversent, et la meilleure façon à mon avis, est d’investir dans la recherche pour le développement à travers des programmes de développement, et non par de sévères plans d’austérité. Quand vous vous générez tant de chômage, il est normal que la population soit en colère. L’erreur est donc de ne pas offrir d’opportunités et d’espoir aux jeunes en matière d‘études ou d’emplois.”

euronews :

“Vous parlez de gouvernements, mais est-ce qu’en tant que grand investisseur privé, vous vous sentez responsables de cette crise ?”

Carlos Slim Helú :

“Pas du tout. Je pense que l’un des problèmes actuels en matière de politique monétaire et budgétaire des gouvernements, l’erreur qui à mon avis est commise, est que ces ressources vont à l‘économie financière, et non à l‘économie réelle. Or mes activités à moi se trouvent dans l‘économie réelle. Nous oeuvrons dans les télécommunications, au sein des institutions financières qui offrent des crédits aux petites entreprises, dans le domaine de l’assurance, des mines, de la création d’infrastructures, et dans la construction. Les ressources devraient être accordées aux banques pour favoriser les crédits aux petites entreprises, pour apporter du crédit dans les zones rurales, dans l’agriculture, et auprès des producteurs locaux.”

euronews :

“Comment alors résoudre cette crise?”

Carlos Slim Helú :

“J’insiste pour dire que pour moi, l’erreur est le problème structurel de ces gouvernements qui font face à un déficit énorme et qui ne dégagent pas suffisamment de taxes pour répondre à toutes les dépenses qu’ils font. Je pense qu’ils devraient au contraire faire appel au privé pour des projets de développements, et non pas pour mettre en place des mesures d’austérité et de diminution de l‘économie qui ne font qu’aggraver le problème.

euronews :

“Vous êtes, selon toute vraisemblance, l’homme le plus riche au monde, et vous venez d’un pays où la moitié de la population vit dans la pauvreté. Nombreux sont ceux qui, de l’extérieur, voient là un contraste extrême. Que leur répondez-vous ?

Carlos Slim Helú :

“Je pense que dans notre pays, comme d’autres pays où sévit la pauvreté, le meilleur investissement que vous puissez faire est de lutter contre la pauvreté. Le meilleur investissement que vous puissez faire est de créer des emplois. Le meilleur investissement que l’on puisse faire est d’intégrer les marginaux et les plus pauvres dans l‘économie moderne et le marché.”

euronews :

“Ils deviennent alors des consommateurs qui achètent vos produits.”

Carlos Slim Helú :

“Il faut intégrer tout le monde. Mais il leur faut avoir une capacité de travail, ce qui signifie une éducation et un capital humain. L‘éducation et le savoir nécessaires pour intégrer le marché de l’emploi.”

euronews :

“Parlons de votre monopole en matière de télécommunications au Mexique. Pour vos détracteurs, c’est bien à cause de ce monopole que les prix sont élevés. Les autorités de réglementation envisagent d’ailleurs de sévir. Ne pensez-vous pas que l’heure est venue d’ouvrir le pays à la concurrence ?”

Carlos Slim Helú :

“Eh bien, vous commencez par poser une mauvaise question. Monopole, cela veut dire un seul.

euronews :

“Vous possédez 80% des opérateurs de téléphonie fixe et 70% de la téléphonie mobile.

Carlos Slim Helú :

“Vous savez très bien que les opérateurs de téléphonie fixe représentent une part relativement faible de l‘économie. D’abord, il ne s’agit pas de monopole, il y a des concurrents, et il y en a même beaucoup. Deuxièmement, si vous jetez un coup d’oeil sur la liste établie par Merril Lynch Bank of America en matière de tarification, vous constaterez que nous sommes plutôt dans la fourchette basse de l’OCDE.”

euronews :

“Et pourtant ils affirment le contraire.”

Carlos Slim Helú :

“Eh bien, je ne sais pas qui dit ça.”

euronews :

“La Banque mondiale, etc.”

Carlos Slim Helú :

“Non, non. Vous devez vous baser sur les faits réels.”

euronews :

“Alors une dernière question, sur tout à fait autre chose. Vous êtes d’origine libanaise. Que pensez-vous du printemps arabe, faut-il ouvrir de nouvelles opportunités pour les entrepreneurs, seriez-vous prêt à investir en Tunisie, en Égypte ou en Libye ?”

Carlos Slim Helú :

“Il est clair que nous vivons au coeur d’une nouvelle civilisation, de connaissances, de technologies et de services. Ces pays ont de nouveaux paradigmes qui s’offrent à eux, et le paradigme pour une société nouvelle, c’est la liberté, la démocratie, le pluralisme, la diversité, la mondialisation, la compétitivité, la productivité, l’innovation technologique, les droits de l’homme, l’environnement. Voilà les paradigmes de toute civilisation nouvelle.”

euronews :

“En tant qu’homme d’affaires, êtes-vous prêt à investir dans ces nouvelles économies ?”

Carlos Slim Helú :

“Cela dépend. Nous avons besoin d’accomplir des choses qui ont du sens. Et ce qui a du sens aujourd’hui, c’est de nous focaliser sur les 18 ou 19 pays où nous sommes déjà présents, et dans lesquels il y a tant d’investissements à faire.”