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L'éducation précoce : pour ou contre ?

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L'éducation précoce : pour ou contre ?

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Stimuler l’apprentissage à un très jeune âge est-il vraiment dans l’intérêt de l’enfant ?

Cette semaine, nous vous emmenons en Inde et à Singapour pour vous faire découvrir des initiatives visant à produire des enfants vifs et très réactifs. Nous en avons discuté aux Etats-Unis avec Kathy Hirsh Pasek, spécialiste de la petite enfance.

Inde : Mobiliser le coeur, la tête et les mains

Il y a plusieurs étapes dans l’apprentissage de l’enfant. L’une des plus grandes est l’entrée à l‘école. En Inde, des enseignants proposent un tremplin pour faciliter ce grand saut en offrant aux enfants diverses techniques d’apprentissage, notamment pratiques, pour les aider à développer leurs capacités.

L‘éducation de l’enfant commence à la maison. Mais pour développer ses compétences sociales et émotionnelles, il lui faut plus. C’est la raison pour laquelle Monsieur et Madame Menon ont inscrit leur fille Avnika à l‘école maternelle.

“J’ai remarqué que ma fille n‘était pas très sociable, explique le père, elle hésitait à parler aux gens. Donc je me suis dit que peut-être on ne faisait pas ce qu’il fallait, qu’elle avait besoin d’un espace où elle pourrait se révéler, apprendre des choses nouvelles, socialiser avec d’autres et se voir inculquer une certaine discipline, tout en étant à l‘école.”

Leurs recherches devaient les conduire à l‘école maternelle internationale de Leapbridge. Le programme éducatif s’y inspire de recherches poussées. Celles de Howard Gardner sur les intelligences multiples notamment, la méthode d‘éveil par le jeu de Friedrich Fröbel, ou encore la méthode Montessori dite de l’enseignement mutuel.

Ici, l’enfant mobilise sa tête, son coeur et ses mains, comme le recommandait le Mahatma Gandhi.

L’indépendance est encouragée à travers l’apprentissage pratique de la propreté, de l’ordre et de la discipline : ranger les objets à l’endroit qui leur est dévolu par exemple.

L’enfant va découvrir les couleurs et les formes grâce à des exercices physiques qui stimulent ses compétences motrices.

Chaque activité a un objectif éducatif. L’idée est de familiariser l’enfant aux normes du monde dans lequel il évolue. Cela devient une révélation pour lui et l’aide à se connecter à l’environnement extérieur.

Singapour : un cerveau sain dans un bébé sain

En chaque nouveau né sommeille un génie, mais quelle éducation permet de faire fleurir ce potentiel ? Un cerveau réactif est bien sûr un préalable nécessaire. Le Baby Jumper Gym de Singapour l’a bien compris. Les enseignants mobilisent des techniques de stimulation cérébrale pour développer les compétences intellectuelles et physiques de l’enfant.

Plus de 360.000 enfants naissent chaque jour sur Terre. Lequel deviendra le prochain Shakespeare ?

Si les experts de la petite enfance sont incapables de le dire, ils insistent sur le fait que stimuler l’intelligence rationnelle ne suffit pas : le développement émotionnel joue un grand rôle dans l‘épanouissement de l’intelligence.

Une double exigence dont le Baby Jumper Gym de Singapour a pris note.

Dans ce centre, les enfants développent leurs capacités motrices et mentales grâce à des techniques pionnières qui stimulent à la fois le cerveau droit et le cerveau gauche. Cela est sensé accélérer leurs capacités d’apprentissage, de même que leur indépendance et leurs compétences sociales.

“En fait, nous stimulons l’ensemble du cerveau, donc nous familiarisons les bébés et les enfants aux cartes à mémoriser, nous les exposons à différentes activités au sein d’une même session : on commence par la musique, le calcul, le langage, la deuxième langue, puis les activités physiques et motrices. Et l’on mobilise les parents dans la classe,” explique la directrice, Erika Leung.

Ces parents sont convaincus qu’avec les bonnes techniques et un environnement adapté, leurs enfants sauront exprimer le génie qui sommeille en eux.

Par exemple, des exercices activent l’hémisphère droit du cerveau, le moins sollicité dans la vie de tous les jours, celui en charge de l’anticipation, l’intuition et la créativité.

“Nous leur montrons une carte, puis cette même carte avec une autre, et ils doivent pointer celle qui a été montrée la première fois. Cela permet d’entraîner la mémoire visuelle, de stimuler le cerveau droit,” poursuit la directrice.

Etats-Unis : “laissez-les jouer”

Mais alors que beaucoup s’enthousiasment pour les techniques de stimulation appliquées à la petite enfance, certains experts mettent en garde contre le trop vite, trop loin. Nous avons discuté des inquiétudes qui entourent ces pratiques avec la psychologue Kathy Hirsh-Pasek, aux Etats-Unis.

C’est dans une banlieue tranquille de Philadelphie que vit Kathy Hirsh-Pasek, une des premières psychologues à avoir étudié ce qui se produit dans l’esprit du bébé avant la maîtrise du langage.

Une science très jeune : les premières tentatives de déchiffrage des expressions faciales du bébé en réponse à divers stimuli remontent à peine à trente ans.

“J’ai commencé à travailler sur le développement du psychisme en 1975-1976, se souvient-elle. Nous avons mis au point des techniques qui nous ont permis de demander aux bébés ce à quoi ils étaient en train de penser.”

Kathy Hirsh-Pasek est très vite devenue une autorité dans le domaine du développement psychologique de l’enfant. Pour elle, le jeu et les temps morts ont un rôle crucial, comme elle l’a constaté avec ses enfants.

“Voilà mes fils ! Là, c’est Josh, il vient de commencer comme professeur à l’Université du Michigan, là, c’est Ben, et là, c’est Mike. En tant que mère, et c’est mon premier rôle, vous êtes toujours inquiète parce que le monde échappe à votre contrôle et vous voyez tous les autres faire donner à leurs enfants des leçons de dessin, de natation et autres sports… Mes enfants ne sont pas restés à la maison à dormir sur leurs lauriers. Mais nous avons fait aussi très attention de leur donner du temps pour exprimer qui ils étaient.”

Professeure à la Temple University de Philadelphie, Kathy Hirsh-Pasek est convaincue que les programmes de stimulation précoces peuvent avoir un effet boomrang. Trop pousser les enfants peut les dégoûter d’apprendre.

“Tous les programmes de stimulation précoce, que ce soit l‘école ou les cartes à mémoriser, ne sont absolument pas nécessaires aux enfants. Si vous regardez le monde qui nous entoure, vous assistez à des expériences naturelles extraordinaires à chaque coin de rue !

Quand vous regardez le feuillage s’agiter dans le vent vous assistez à une expérience de physique ! Quand les enfants apprennent à s’entendre avec d’autres, ce qui est le meilleur indicateur de la façon dont ils vont s’adapter à l‘école… Eh bien, on apprend à s’entendre avec d’autres quand on joue dans le bac à sable !

Nous nourrissons l’illusion que la seule façon de préparer nos enfants à apprendre est d’accélérer l‘évolution, de leur administrer une carte à mémoriser après l’autre pour en faire de meilleurs étudiants. Rien n’est plus éloigné de la vérité.”

“Nous savons même que chez les rats, le jeu est très important ! Chez les rats ! Donc nous devons probablement en déduire que si une espèce entière, si tous les mammifères jouent, – et on m’a même dit récemment que les poissons jouaient – le jeu a probablement une utilité pour l’espèce !”

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