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Hans-Werner Sinn : la Grèce doit sortir temporairement de l'euro

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Hans-Werner Sinn : la Grèce doit sortir temporairement de l'euro

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Hans-Werner Sinn est le président de l’IFO, un prestigieux institut d‘étude économique allemand, basé à Munich. De passage à Bruxelles, il a répondu aux questions d’euronews sur la crise de l’euro et la situation de l’Italie et de la Grèce. Il pose son diagnostic sans langue de bois.

Rudolf Herbert, euronews : “ Professeur Sinn, ces derniers jours, les taux d’intérêt pour les emprunts de l’Italie ont fortement augmenté. Est-ce que l’Italie a un problème de crédibilité ou de dette ? “

Hans Werner Sinn : “ Les deux. L’Italie n’a pas profité de l’avantage qu’apportait l’euro en termes d’intérêts pour économiser de l’argent. L’euro a placé l’Italie au même niveau que l’Allemagne pour les taux d’intérêt, et même en Allemagne, les taux étaient bas. Si l’Italie avait alors fait des économies, le pays n’aurait presque plus de dette souveraine aujourd’hui. Mais l’argent a été utilisé dans le cadre du budget. Et aujourd’hui, la dette est aussi élevée qu’avant par rapport au PIB. Mais la situation est pire qu’auparavant parce que l’Italie ne peut plus dévaluer sa monnaie. “

euronews : “ Que doit faire l’Italie ? “

Hans Werner Sinn : “ L’Italie doit convaincre ses créanciers qu’elle sera capable de rembourser sa dette. Et c’est seulement possible si le pays commence à faire des économies. Il doit cesser de produire du déficit et produire de l’excédent. Et cela doit commencer maintenant plutôt que demain. “

euronews : “ La sixième tranche de l’aide à la Grèce n’a pas encore été déboursée, mais une restructuration de la dette a déjà été décidée. Il a aussi été décidé que le pays aurait un second plan d’aide. Est-ce que cela rend une autre restructuration nécessaire ? “

Hans Werner Sinn : “ Les problèmes de la Grèce ne peuvent pas être résolus avec une restructuration. La Grèce coûte trop cher. Elle devrait dévaluer sa monnaie de 44% pour arriver au niveau des prix turcs, si toutefois cela était possible. C’est la dure réalité. Mais ce serait une dévaluation d’une telle ampleur qu’elle ne pourrait pas se faire dans la zone euro. C’est le problème majeur. Le pays est devenu trop cher à cause du crédit bon marché qui est arrivé en Grèce avec l’euro. Et maintenant, personne ne sait comment résoudre la situation. “

euronews : “ Mais est-ce que la Grèce peut être sauvée par les plans de Bruxelles ? “

Hans Werner Sinn : “ Non. “

euronews : “ Que recommanderiez-vous à la Grèce, au peuple grec ? “

Hans Werner Sinn : “ Je pense qu’il y a une seule issue pour la Grèce : sortir de l’euro temporairement, dévaluer la monnaie jusqu‘à ce que le pays redevienne compétitif et convertir les dettes en drachme, ce qui signifie dévaluer aussi les dettes. De cette manière, les bilans des banques et de l‘économie réelle pourront plus ou moins rester en ordre. Tout le reste, par exemple une dévaluation au sein de la zone euro, en abaissant les salaires et les prix, n’est tout simplement pas possible. Les syndicats refuseraient, le pays sombrerait dans une situation de quasi-guerre civile. “

euronews : “ Et est-ce que cela provoquerait l’effet domino tant redouté ? “

Hans Werner Sinn : “ Si la Grèce reste dans l’euro, il y aura de toutes façons un effet domino, parce que sauver la Grèce coûtera une énorme quantité d’argent aux pays de la zone euro. Dans ce cas, le prochain pays à devoir être sauvé serait le Portugal. Et dans ce cas, l’Italie devrait elle aussi se faire aider. Cela ne mènerait nulle part, seulement à perpétuer durablement une perte de compétitivité et des coûts élevés que personne ne voudrait plus payer. “

euronews : “ Y a-t-il un danger que la zone euro implose ? “

Hans Werner Sinn : “ Le risque de voir la zone euro s’effondrer est réel. Tout le monde le sait. Nous espérons tous que cela ne se produira pas, et qu’une solution sera trouvée pour l‘éviter. “