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La loi espagnole sur le mariage homosexuel mise au placard?

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La loi espagnole sur le mariage homosexuel mise au placard?

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Approuvée en juin 2005, c’est l’un des faits les plus marquants de la première législature de José Luis Zapatero. Mais le recours d’anticonstitutionnalité déposé par le Parti Populaire devant la Cour Constitutionnelle laisse planer l’incertitude,

surtout s’il gagne les élections.

Six ans après l’entrée en vigueur de la loi, plus de 23 mille mariages homosexuels ont été célébrés en Espagne. Pilar et Sara en font partie. Elles vivent à Saragosse avec leurs jumeaux. En couple depuis 16 ans, elles se sont dit “oui” en 2007.

“Nous nous sommes mariées à la va-vite, si je puis dire…. explique Sara. Nous avons voulu profiter de l’opportunité de cette loi et de la couverture qu’elle nous donnait, parce que j‘étais déjà enceinte, et surtout on pensait à la situation légale des enfants.”

La loi reconnait à cette famille exactement les mêmes droits qu‘à n’importe qu’elle autre, les deux femmes sont les mères légales des jumeaux nés par reproduction assistée. “Lorsqu’on se marie, tout le monde vient au mariage, on t’offre des cadeaux, on rend visite aux enfants à leur naissance. Dans les institutions aussi nous avons vu comment la loi a donné un élan à la visibilité et à la normalisation. On n’est plus soumis au hasard des partis-pris d’un fonctionnaire ou d’un interlocuteur quelconque, parce que la loi te protège.”

Optimiste, Sara n’imagine pas qu’un retour en arrière soit possible, la société espagnole ayant bien intégré cette loi dit-elle : “Quoique décide la Cour constitutionnelle, quoique fasse le Parti Populaire, nous resterons une famille. Même si on nous prend le livret de famille, même si mes enfants sont privés du nom d’une de leurs mères, nous resterons une famille. Mais c’est vrai que nos enfants et nous deux, nous aurons une vie beaucoup plus compliquée.”

A l’association des mères lesbiennes et de pères gays de Saragosse, on demande au PP le retrait du recours pour retrouver la sérénité. Mais pour les couples bi-nationaux, comme celui de Suzanne, allemande, mère de trois enfants, les choses sont encore plus compliquées.

“Ça me préoccupe beaucoup, explique Suzanne. Si les choses étaient autrement en Allemagne, j’aurais cherché un emploi là-bas, parce qu’actuellement la situation en Espagne n’est pas très bonne. Mais surtout le statut juridique légal de mes enfants serait complètement différent en Allemagne. Parce que c’est ma conjointe qui a eu les enfants, je ne serais probablement pas reconnue parent à 100% comme en Espagne. Si on me prenait les enfants ou m’enlevait les droits sur eux que j’ai ici, ce serait dramatique pour moi.”