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Vers la parité filles-garçons dans l'éducation

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Vers la parité filles-garçons dans l'éducation

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Dans certains pays en voie de développement, les filles ont rarement l’opportunité de faire des études. Cette semaine, Learning World s’intéresse aux efforts pour remédier à cette injustice. Nous allons au Sénégal et au Bangladesh. Et Carol Bellamy, ancienne directrice de l’UNICEF, nous apporte un meilleur éclairage sur ce problème et sur les solutions envisageables.

Sénégal : une deuxième chance pour les femmes mariées

Cap tout d’abord sur le Sénégal pour parler de seconde chance. Ici, les filles quittent souvent l‘école très jeune, souvent à cause de la pauvreté ou d’un mariage forcé.

Diénéba avait 13 ans quand elle a été déscolarisée. Six ans après, la voilà de retour en classe, grâce à Tostan, une ONG qui fait campagne pour l‘égalité des droits à l‘éducation. Voici son histoire.

Diénéba retrouve sa famille après une semaine de vacances à Dakar. A 19 ans, elle a déjà un garçon de 5 ans. Dans son village, tout peut attendre, sauf le mariage. Sa vie a changé en 2005 : alors qu’elle était encore écolière, ses parents l’ont forcée à se marier.

Demba Aw est le proviseur de l‘école. A l‘époque, la déscolarisation de Diénéba l’avait profondément touché.

“Nous avons tenté de la persuader de ne pas abandonner ses études. Malheureusement les liens familiaux sont plus forts. Au cours de l’année scolaire, nous avons perdu sept filles qui se sont mariées,” explique-t-il.

La mère de Diénéba invoque les obligations culturelles pour justifier sa décision : “quand une fille n’est pas mariée à 13 ou 14 ans, elle discrédite sa famille. Les voisins nous regardaient de travers, c’est pourquoi nous avons décidé d’interrompre ses études et de la marier.”

Tout a changé avec son divorce, un an plus tard.

Elle a dû se battre pour retourner à l‘école. Diénéba a été épaulée dans son combat par Tostan, une ONG basée au Sénégal qui milite pour l‘égalité des droits à l‘éducation, qui a fait pression sur sa famille et l‘école.

Oulèye n’a pas eu autant de chance. Mariée de force à 13 ans, elle tente de persuader son mari de la laisser retourner à l‘école.

“Mes parents ont décidé que je devrais épouser mon cousin, contre ma volonté. J’ai dû leur obéir. Mais si j’avais la même opportunité que Diénéba de reprendre l‘école, je serais absoluement ravie,” confie-t-elle.

Ses obligations de mère n’entament en rien la détermination de Diénéba à réussir.

“Je me couche à 23 heures et je me lève à 4 heures du matin pour apprendre mes leçons, dit-elle fièrement. J‘étudie du matin au soir. J’ai mon tableau ici, dans ma maison, pour faire les exercices ici avec mes camarades.”

Diénéba ambitionne de devenir mathématicienne.

Pour plus d’informations : www.tostan.org

Carol Bellamy : insister sur l’enseignement secondaire

La parité homme-femme reste un des grands défis de l‘âge moderne. En dépit de décennies d’efforts, les inégalités persistent. Selon Carol Bellamy, ancienne directrice de l’Unicef, le fossé se creuse davantage en secondaire. Nous l’avons rencontrée à Genève.

Isabelle Kumar, euronews :

“L‘éducation pour tous à l’horizon 2015 est un objectif ambitieux. Certains pays doivent surmonter beaucoup d’obstacles pour y parvenir. Est-ce réalisable ?”

Carol Bellamy, Présidente de “Education For All-Fast Track Initiative” :

“Cela ne requiert pas de nouvelles découvertes scientifiques, nous connaissons les solutions efficaces. Nous savons que rapprocher le puits du village – puisque ce sont les filles qui sont de corvée d’eau – favorise leur scolarisation. Le fait d’avoir des toilettes séparées à l‘école fait une grande différence, en particulier pour les adolescentes. Avoir plus de femmes professeurs, ou du moins une garantie de sécurité à l‘école, fait la différence en matière de scolarisation des filles. Les pays qui instaurent la gratuité de l‘école voient une explosion de la scolarisation, y compris des filles.”

Isabelle Kumar :

“Mais 2015, c’est demain. Est-ce réaliste ou la barre a-t-elle été placée trop haut ?”

Carol Bellamy :

“Je ne pense pas que la barre ait été placée trop haut. Le problème est que d’ici 2015, certains pays ne rempliront pas l’objectif minimum de la scolarisation universelle en primaire.

Il y a eu des améliorations significatives en primaire. Mais les filles ne continuent pas en secondaire. Et en primaire, il y a toujours un fossé entre garçons et filles.

Même si une fille reçoit uniquement un enseignement d‘école primaire, il y a un effet multiplicateur : elle sera en meilleure santé, ses enfants aussi, elle a moins de risques d‘être victime de violences. Le vrai défi à présent est de permettre aux filles d’accéder aux études secondaires. Et c’est là qu’est l‘échec.

Je ne pense pas que nous atteindrons nos objectifs, mais on assiste à une prise de conscience de l’importance du secondaire.”

Isabelle Kumar :

Est-ce que certains pays vous ont agréablement surprise ?

Carol Bellamy :

Je ne sais pas s’il s’agit d’une surprise mais un pays comme le Bangladesh… C’est un pays très pauvre, à la population très dense, et malgré cela, garçons et filles sont quasiment à parité autant en primaire qu’en secondaire.

Donc, ce type d’excuse ne tient pas. Si vous êtes pauvre, le Bangladesh démontre que ce n’est pas une raison. Idem pour l’obstacle démographique.

Je le montre en exemple. Je pourrais en citer d’autres. Mais c’est un pays qui se distingue par son engagement clair en faveur de la scolarisation des filles, et les filles sont scolarisées.

Pour plus d’informations www.educationfasttrack.org

Bangladesh : l‘école flexible

La pauvreté est donc une des causes de la déscolarisation précoce des filles, souvent appelées à travailler pour aider leur famille. Au Bangladesh, des associations humanitaires tentent de soutenir les fillettes dans cette situation. Exemple à Dhaka.

Il est 8 heures et Shanta Akhter, 12 ans, est prête pour l‘école. Sa grande soeur Shirin, elle, se prépare pour une journée de travail. Dans ce quartier déshérité de Dhaka, la pauvreté oblige de nombreux enfants à quitter l‘école pour aider leur famille.

Shanta a eu de la chance. Elle bénéficie de l’initiative d’une ONG locale, Dhaka Ahsania Mission, qui offre aux enfants qui travaillent un emploi du temps et un programme scolaires flexibles. Un projet baptisé “UNIQUE”.

“Dans cette école, les livres sont gratuits et je ne paie pas de frais d’inscription, explique Shanta. Je fais tous mes devoirs à l‘école donc je n’ai pas besoin d‘étudier à la maison. Les autres écoles donnent beaucoup de devoirs, et je ne serais pas capable de les faire. Maintenant, après la classe, j’ai le temps de travailler et d’aider ma mère.”

Le programme du projet UNIQUE est conçu pour pouvoir intégrer tout enfant, quel que soit son âge et son niveau.

Les enfants sont regroupés par niveau de compétences. L’apprentissage se fait ainsi plus vite, à l‘école uniquement, ce qui leur laisse du temps pour le travail.

Les cours forment aussi à l’encadrement. Ceux qui ont plus de connaissances aident souvent leurs camarades en classe. Apprendre entre élèves crée des liens de confiance.

A la maison, la mère de Shanta fabrique des sacs en papier pour un demi dollar par jour. Son père, charpentier, gagne 100 dollars par mois. Même si cela ne suffit pas, ils font de l‘école une priorité.

“Je les envoie à l‘école parce que l‘éducation est une nécessité. Pour faire partie de la société, il faut un savoir. Sans éducation, le savoir ne grandit pas,” se justifie la mère de Shanta.

Shanta travaille aussi à mi-temps dans l’atelier de broderie de sa soeur Shirin. Shirin touche 40 dollars par mois à plein temps, Shanta, 12 dollars. Elle rêve de jours meilleurs.

“Quand je serai grande, je veux faire quelque chose qui fera la fierté des miens. Je veux devenir enseignante.”

Pour plus d’informations : http://www.ahsaniamission.org.bd/

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