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Chômage, dette, croissance : la France reste dans le mauvais temps

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Chômage, dette, croissance : la France reste dans le mauvais temps

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Malgré une série d’indicateurs économiques assez inquiétants et qui laissent craindre un fort ralentissement économique, “la France maintient sa prévisions de croissance économique à 1% en 2012 et n’envisage pas de troisième plan de rigueur” : ces propos tenus mardi sont ceux de François Baroin, le ministre français de l’Economie. Malgré un taux de chômage qui va probablement dépasser les 10% de la population active en fin d’année, malgré des rumeurs venant des agences de notations sur une prochaine mise sous surveillance négative de la note de crédit française et malgré le fait que les marchés ont intégré déjà le fait que la note triple A de la France va être dégradée.

La proximité des élections présidentielles en France – dans moins de six mois – gêne encore plus que de coutume l’adoption d’un certain réalisme de la classe politique française. sur les performances économiques actuelles et à venir du pays.

Depuis lundi, l’OCDE, l’Organisation pour la coopération et le développement économique a confirmé par ses prévisions, la crainte d’une récession économique en Europe.

Duplex Jacques Attali, Economiste, président de Planète Finance.

Laura Davidescu, euronews:

“Monsieur Attali bonjour, un grand quotidien économique français parle aujourd’hui d’une dégradation imminente de la note souveraine de la France par Standard & Poor’s. Est-ce que la France peut éviter cette dégradation?

Jacques Attali:

La dégradation malheureusement est déjà enregistrée dans les faits, puisque les taux d’intérêts français sont du niveau d’un double A et pas d’un triple A. Donc l’important c’est non pas de la garder mais de tout faire pour la regagner.

Pour ca, il faut il y a des actions en France, à mener, mais il y a aussi des actions européennes. Parce que les Européens ne peuvent s’en sortir qu’ensemble.

euronews:

Justement, il y a quelques jours, vous déclariez qu’il y a plus d’une chance sur deux pour que l’euro disparaisse d’ici la fin de l’année. Alors, qui peut dévier la route d’un paquebot qui semble aller inéluctablement vers un iceberg?

J. Attali:

D’abord il y a une solution immédiate, qui n’aura qu’un effet à court terme mais qui est très importante, qui dépend de la Banque Centrale.

C’est à la Banque Centrale de racheter les bons du trésor sur le marché secondaire.

Ce n’est pas aux gouvernements de dire à la Banque Centrale ce qu’elle doit faire, les gouvernements n’ont pas leur mot à dire.

Et quand on dit “demandons à l’Allemagne de dire à la Banque Centrale…”, NON! La Banque Centrale reste indépendante!

Ou alors, si la Banque Centrale n’est pas indépendante, il faut que les gouverneurs obtiennent des instructions de vote et à ce moment là on s’apercevra qu’il y a une large majorité au Conseil des Gouverneurs de la Banque Centrale, pour le faire.

euronews:

Alors que faire de ce NEIN si clair que l’Allemagne oppose à cette éventualité…de l’intervention?

J. Attali:

L’Allemagne n’a pas son mot à dire!

La Banque Centrale est indépendante!

Peut être que le gouverneur allemand de la Banque Centrale votera contre, mais il a une voix parmi d’autres et un vote à la majorité suffit.

Donc l’Allemagne n’a pas son mot à dire!

La décision appartient à Monsieur Draghi et au Conseil.

Et je me demande comment Monsieur Draghi et le Conseil des Gouverneurs de la Banque Centrale acceptera de laisser couler l’euro, c’est à dire disparaître leur propre fauteuil….

C’est une décision fondamentale, je ne peux pas penser une seconde qu’elle ne sera pas prise, par Monsieur Draghi et lui seul.

La Banque Centrale intervient sur le marché des obligations …elle a acheté pour plusieurs centaines de millions…

euronews:

Mais pas de manière massive…

J. Attali:

Elle a acheté de façon significative.

On ne lui demande pas d’annoncer qu’elle va acheter de manière massive, on lui demande de le faire.

Les prêteurs, qu’on appelle à tort “les marchés”, n’attendent pas une déclaration de principe, ils regardent ce qu’il se passe.

Si la Banque Centrale achète sans le dire, ça suffira.

Mais il faut cesser de dire que la décision appartient aux Allemands.

Ce qui appartient aux Allemands, c’est la décision, comme aux autres Européens, de lancer les eurobonds, qui sont absolument fondamentales, fondamentaux pour la relance de l’Europe, parce que sinon on aura qu’une récession et pas de croissance.

euronews:

Là aussi … les Eurobonds sont toujours exclus du calcul des autorités allemandes…alors que même l’OCDE s’est montré en faveur de cet instrument.

Peut-on sauver l’euro sans eurobonds?

J. Attali:

Non! A long terme on ne peut pas…

On ne peut pas le sauver sans que la Banque Centrale joue son rôle, sans que les gouvernements européens, chacun, mettent de l’ordre dans leur maison, en réduisant leurs déficits, et sans qu’un facteur de croissance sera lancé par des eurobonds, permettant de financer des investissements de croissance en Europe.

Ca exige un saut fédéral, absolument inévitable.

Malheureusement les gouvernements en France, comme en Allemagne au bord de l‘élection, ne veulent pas entendre le mot “fédéral”.

Ne l’employons pas, mais faisons-le!

euronews:

Imaginons que l’on crée des eurobonds, selon la proposition de la Commission …

Si un investisseur de la City vous demande, what’s in it, for me, qu’est-ce je gagne, à acheter un tel titre de valeur, que lui répondriez-vous?

J. Attali:

L’eurozone, ou l’Union Européenne, est la seule entité géographique de taille continentale qui n’a pas de dette. Je dis bien qui n’a pas de dette.

Parce que si chaque pays a une dette, l’Union Européenne n’a pas de dette, alors que les Etats Unis ont une grande dette en tant qu‘état fédéral.

Donc, si l’eurozone se dote d’une ressource fiscale, garantie, transférée, de deux points de TVA, ce sera la meilleure obligation du monde, puisque ça sera assise sur une entité qui n’a aucun problème de remboursement.