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Quel poids pour le nationalisme lors des législatives en Russie ?

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Quel poids pour le nationalisme lors des législatives en Russie ?

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Le 4 mars dernier, jour de fête nationale en Russie, des milliers d’extrémistes défilent à Moscou en lançant des propos haineux et font la preuve de leur influence. Pèseront-ils sur l’issue des législatives ?

L’exécutif sortant craint de se faire déborder par sa droite qui lui reproche notamment, les subventions accordées aux Caucasiens.

“Regardez la Tchétchénie qui nage dans le luxe et l’argent, regardez Kadyrov et son cortège de voitures, regardez les gratte-ciels qu’ils sont en train de construire,” lance le leader nationaliste russe Vladimir Tor. “Et d’un autre côté,” poursuit-il, “des régions sont en ruines : celles de Smolensk par exemple et d’autres du centre de la Russie, il y en a beaucoup. L’argent devrait être dépensé dans ces régions et pas dans le Caucase.”

Les tensions interethniques n’ont fait que croître depuis deux ans, notamment après la mort de deux supporters russes de clubs de foot lors de rixes avec des supporters caucasiens. Fin 2010, un gigantesque règlement de compte entre crânes rasés et Caucasiens avait eu lieu près du Kremlin.

Des faits divers qui ont marqué l’opinion. Aujourd’hui, le sentiment nationaliste n’a jamais été aussi fort. D’après un récent sondage, 59% des Russes approuvent le slogan “la Russie aux Russes.”

“Les idées véhiculées par les nationalistes sont en train de devenir lentement celles de la majorité.

Pas de manière soudaine, souligne Alexander Verkhovsky. du groupe “Sova” pour les droits de l’Homme, “mais si l’on regarde le phénomène sur une longue période : sur les 20 dernières années, on se rend compte que de nombreuses idées qui semblaient totalement radicales et qui étaient relayées par des politiciens marginaux, sont maintenant reprises par des gens respectables,” affirme-t-il avant de conclure : “c’est un glissement très dangereux parce que cela peut emmener le pays très loin dans l’extrémisme.”

Autre phénomène qui semble contribuer à la montée du nationalisme : l’immigration croissante de populations en provenance d’Asie centrale et des pays du Caucase. D’après les statistiques, la Russie compte de 2 à 8 millions d’immigrés illégaux. Une population régulièrement stigmatisée comme le constate Karomat Sharipov, représentant du mouvement des travailleurs tadjiks. “Entre quarante et cinquante mille personnes se rendent à la mosquée le vendredi,” explique-t-il. “Est-ce que les extrémistes veulent vraiment leur montrer qu’ils sont les plus forts ?” interroge-t-il. “A la mosquée, la moitié des gens sont aussi stupides que ceux qui ont défilé le 4 mars. Veut-on vraiment qu’ils aillent à l’affrontement ?”

Pour apaiser les esprits, certains attendent un geste clair du Kremlin. Les opposants aux dirigeants russes les accusent régulièrement d’adopter une attitude ambigüe vis-à-vis de l’extrême-droite et d’utiliser la carte de la xénophobie à des fins électoralistes.