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Monti et l'Italie : la lune de miel est finie

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Monti et l'Italie : la lune de miel est finie

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La mise au régime de l’Italie par le gouvernement Monti et son nouveau plan de rigueur connu lundi, suscite de plus en plus de polémique et de commentaires dans la classe politique, chez les partenaires sociaux, syndicats en tête. Les journaux italiens n’ont pas manqué de relever la dureté du nouveau plan de rigueur italien qui va toucher énormément de personnes car il est constitué à 85% de hausses fiscales.

Pour ne rien arranger, est arrivée la menace de dégradation par une agence de notation de la note de 15 pays de la zone euro dont font partie l’Italie, mais aussi la France et l’Allemagne.

“Je pense qu’on peut voir ça comme un signe perverse de soulagement dans un sens, affirme Philip Pullella, le correspondant de l’agence Reuters à Rome. Parce que l’Italie est habituée à ce qu’on la pointe du doigt. C’est le cas pour d’autres pays comme le Portugal, l’Irlande aussi. L’Italie a été au centre de la tourmente des marchés depuis des semaines. Ce que veut dire cette menace c’est que nous sommes tous ensemble dans cette situation, chaque pays européen”.

La violence des réactions suscitées par ce plan de rigueur, bientôt discuté au parlement italien montre une chose, c’est que l’Etat de grâce du gouvernement Monti si jamais il a existé est terminé, tout comme la lune de miel avec le peuple italien. Il n’y a que les marchés obligataires, les marchés de la dette qui soient relativement contents de ce plan : les taux à dix ans de la dette italienne s‘établissaient à un “modeste” 6,3% mardi matin.

Enrico Bona, Euronews:

“Pour débattre des problèmes de la crise dans la zone euro et des nouvelles mesures annoncées par le gouvernement italien nous sommes avec le journaliste et analyste Luigi Spinola. On estime à 600 euros par famille en moyenne, le coût du plan d’austérité présenté par Monti. Quelles vont être les conséquences de ce plan pour les retraités et les employés ?

Luigi spinola, journaliste, analyste:

“Les conséquences vont être très dures. Ce plan va impacter les éléments de stabilité les plus importants pour les familles italiennes. L’Italie est un pays de petits propriétaires immobiliers et les biens immobiliers vont être lourdement taxées. C’est un bon investissement qui va être touché. Les retraités vont être mis sous pression, particulièrement ceux avec des retraites de 1.000 euros par mois parce que ces retraites ne seront plus indexées sur l’inflation. Globalement il y a beaucoup d’insatisfaction à propos de ce plan. Les italiens étaient prêts à faire des sacrifices mais en même temps ils attendaient un plan qui soit différent des précédents : plus juste, plus créatif.

Euronews:

Les principaux partis politiques qui ont apporté leur soutien au gouvernement veulent des changements au sein de ce plan. Les syndicats l’ont rejeté et annoncent des grèves. La lune de miel avec Monti est-elle déjà terminée ?

Luigi Spinola:

La lune de miel est terminée, mais ça Monti l’avait anticipé. La vérité c’est que si le choix se porte sur un gouvernement technocrate, c’est parce qu’un gouvernement technocrate est plus capable de supporter ce genre de pression, car il n’a aucun souci électoral; il n’a pas le souci d‘être réélu. Les partis politiques vont agir rapidement pour réaliser de petits ajustements de ces mesures, sans changer le montant global des économies prévues. Les deux partis de centre-gauche et de centre-droit vont travailler là-dessus. En ce qui concerne les syndicats, jusqu‘à maintenant ils n’ont pas adopté de position commune par conséquent ils sont toujours en position de faiblesse.

Euronews:

Lundi, les marchés financiers sont apparus soulagés mais l’annonce de Standard & Poor’s d’un possible abaissement de la note des pays de la zone euro a ravivé les tensions. Comment expliquez-vous cette décision de l’agence de notation ?

Luigi Spinola:

L’avertissement de Standard & Poor’s confirme ce que nous devons tous savoir déjà : la crise de la zone euro ne peut pas être résolue à Rome, à Athènes ou à Madrid car elle affecte désormais plus que les pays périphériques, elle affecte maintenant le continent tout entier : Paris et Berlin inclus. A ce stade nous avons besoin d’un acte de courage politique, un véritable élan politique. Ce qui veut dire permettre à la Banque centrale européenne d’exercer un rôle plus actif sur les marchés. Sans cette garantie, sans cet engagement politique, il sera très difficile de venir à bout de la crise.

Euronews:

Mario Monti affirme que ce plan est essentiel pour l’Italie si le pays veut retrouver son influence en Europe. Alors que le débat est en cours sur la modification des traités européens, comment l’Italie se situe par rapport à l’activisme de la France et de l’Allemagne.

Luigi Spinola:

On n’a pas aimé ça, c‘était inévitable, nous l’avons mal supporté : en particulier nous avons mal supporté certaines déclarations qui ont été faites. On n’a pas supporté qu‘à l‘étranger on nous fasse la leçon. D’un autre côté, Mario Monti a admis lui-même que la dette de notre pays n’avait pas été créée par l’Europe et il a dit qu’il ne blâmerait jamais l’Europe pour les mesures d’austérité que les italiens vont devoir accepter. Bien sur on attend de gros changements d’attitude dans les prochains jours, en réaction aux mesures prises par le gouvernement italien. Jusqu‘à maintenant l’Italie était partie intégrante du problème, elle était le malade sous assistance constante au cours des sommets européens. A partir de jeudi et vendredi prochains, nous espérons nous présenter nous-mêmes comme étant une composante possible de la solution. Mais nous demanderons aussi aux autres de faire leur travail et d’assumer leurs responsabilités”.