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Climat : blocages sur l'après-Kyoto à la conférence de Durban

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Climat : blocages sur l'après-Kyoto à la conférence de Durban

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Quel avenir pour le protocole de Kyoto ? C’est tout l’enjeu de la conférence de Durban. Sous l‘égide de l’ONU, 190 pays tentent de trouver une solution pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Kyoto engage ses signataires jusqu‘à fin 2012. Certains, comme le Canada souhaitent un nouvel accord. “Si nous voulons être efficaces, il faut être justes”, a lancé le ministre de l’Environnement canadien, Peter Kent. “Et donc pour le Canada, le protocole de Kyoto n’est pas la solution. Cet accord couvre moins de 30% des émissions mondiales, voire 15% ou même moins”.

Sur les 36 pays industrialisés signataires du protocole, le Canada, mais aussi la Russie et le Japon ne sont donc pas disposés à s’engager pour une deuxième période. Seule l’Union européenne s’y est dit prête. A deux jours de la fin de la conférence, l’espoir est mince de voir se concilier les différentes positions.

Pas de traité sur le climat : qui faut-il blâmer ?
 
Stefan Grobe, journaliste d’euronews a interrogé Jo Leinen. Il est le chef de la délégation du Parlement européen à la conférence des Nations Unies sur le climat à Durban.
 
Stefan Grobe, euronews :
M. Leinen, hier, vous avez ouvertement accusé la Chine et les Etats-Unis de faire obstacle à la signature d’un traité. Aujourd’hui, il semble que la Chine ait consenti à faire des efforts. Est-ce vraiment le cas ? Voyez-vous certains changements, au regard des propositions européennes ?
 
Jo Leinen, chef de la délégation du Parlement européen à la conférence de Durban :
Cela fait maintenant trois conférences sur le climat où on assiste à un match de ping-pong entre la Chine et les Etats-Unis, et cela bloque tout le processus. Aujourd’hui, il semble que les Chinois sont prêts à faire un geste. Mais il faut encore qu’on vérifie si les Chinois acceptent des mesures uniquement pour les pays développés ou s’ils veulent les appliquer aussi à eux-mêmes et aux pays en développement. Il faut qu’on vérifie cela. Mais bon, apparemment, la Chine est en train de bouger.
 
euronews :
Les deux autres pays qui freinent le processus, ce sont les Etats-Unis et l’Inde, les deux plus grandes démocraties au monde. Pourquoi est-il si compliqué de les convaincre de la nécessité d’un accord ?
 
Jo Leinen : 
Il y a de grandes différences entre l’Inde et les Etats-Unis. Aux Etats-Unis, on est dans une situation de sur-abondance. Et là-bas, beaucoup ont peur qu’un accord sur le climat mette fin à l’“American way of life”. En Inde, on a 400 à 500 millions de personnes qui se battent pour survivre au quotidien. Là, le gouvernement craint qu’un accord sur le climat constitue un obstacle au développement économique du pays. On a donc deux approches très différentes. Cela dit, dans les deux cas, il s’agit de démocraties, et les dirigeants ont besoin du soutien de leurs citoyens. Et ça, la classe politique, que ce soit aux Etats-Unis ou en Inde, ne peut pas le prévoir ou ne veut pas.
 
euronews : 
Le monde est aujourd’hui confronté à une grave crise économique. De nombreux pays engagent des plans d’austérité qui prévoient des coupes budgétaires dans les actions en faveur de l’environnement. Que dites-vous à ces pays ? Comment peut-on réconcilier le développement économique et la protection du climat ?
 
Jo Leinen : 
Il faut en finir avec cet antagonisme et créer une situation “gagnant-gagnant”. Ce qui est sûr, c’est que nous devons faire des économies d‘énergie, nous devons mieux utiliser les ressources. Aussi devrait-on considérer la crise actuelle comme une opportunité pour promouvoir des programmes et des investissements à faible teneur en carbone, des projets avec une meilleure efficacité énergétique, que ce soit dans le domaine du logement, des transports, de la production et de la consommation d‘énergie. La crise ne doit pas être une excuse pour être complaisant en matière de protection climatique.
 
euronews :
La prochaine conférence des Nations Unies sur le climat aura lieu l’en prochain au Qatar. Quelles sont vos prévisions ? Que peut-on espérer d’ici là ?Vous vous attendez à des avancées ou à des reculs ?
 
Jo Leinen : 
Traditionnellement, les pays exportateurs de pétrole font obstruction. Ici, ce groupe de pays refuse de coopérer. Maintenant, le Qatar est un pays moderne. Il ne va pas accueillir seulement la coupe du monde de football, mais aussi la prochaine conférence des Nations Unies sur le climat. C’est pourquoi je pense que ce pays du Golfe tient à prouver au reste du monde sa capacité à réussir une transition vers le futur. Ce qu’on peut espérer, c’est qu’avec l’organisation d’une telle conférence dans le Golfe, cette partie du monde ira de l’avant et que la lutte contre le réchauffement climatique fera des progrès.