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L'accord de Bruxelles ne garantit pas de cessez-le-feu avec les marchés

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L'accord de Bruxelles ne garantit pas de cessez-le-feu avec les marchés

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La zone euro est parvenue à un accord présenté comme un grand pas en avant vers plus d’intégration économique et budgétaire en Europe. Malgré cela, elle n’a pas convaincu tous les investisseurs car les taux d’intérêt italiens, espagnols et français notamment, continuent à flamber. La maison brûle toujours car l’accord de Bruxelles semble insuffisant pour apaiser les tensions financières qui affaiblissent les finances des Etats de la zone euro.

“Un des premiers dossiers auxquels il faudra faire face, affirme Justin Uruqart Stewart de Seven Investment Management est le suivant : est-ce que tous les membres actuels de la zone euro vont-ils être capables de venir à bout de leurs problèmes en obéissant aux nouvelles règles ? Les marchés en fait ne le pensent pas”.

La BCE n’a pas vocation à racheter de la dette publique et donc de financer les pays en difficultés financières. Mario Draghi son président l’a répété jeudi dernier. Ceux qui attendaient l’avènement du grand marchandage ont été déçus. Une porte a été ouverte avec un prêt de 200 milliards d’euros au FMI mais beaucoup estiment ce montant insuffisant.

Duplex : Caroline Newhouse : analyste BNP Paribas

Annibale Fracasso, Euronews

“Le sommet européen de Bruxelles semble insuffisant pour apaiser les tensions financières qui affaiblissent la Zone Euro depuis maintenant plus de deux ans. Caroline Newhouse, vous êtes économiste chez BNP-Paribas à Paris; nous sommes donc loin de la sortie de cette crise?

Caroline Newhouse, BNP-Paribas

“Je ne sais si on peut dire que nous sommes loin de la sortie de cette crise en tous les cas, les marchés ont été déçus de l’issue du sommet européen. Et pourtant deux points essentiels ont constitué des avancées vraiment importantes. D’une part il y aura une réforme des traités pour plus de discipline budgétaire au sein de la zone euro et d’autre part, cette discipline budgétaire se fera grâce à plus de solidarité entre pays de la zone euro.

Euronews

Vous dites “solidarité” mais le choix de la Grande-Bretagne de se tenir à l‘écart de ce processus laisse en suspens un certain nombre de questions sur le futur de l’euro comme monnaie de référence. 2/3 des échanges financières du monde vers l’Europe passent pour la bourse de Londres.

C. Newhouse

C’est vrai que le Royaume uni est arrivé à la table des négociations avec des demandes qui étaient quand même particulièrement importantes : entr’autres pour faire en sorte que la place de Londres soit une place “offshore”. Lorsqu’on lit les titres de la presse britannique, même si les anti-européens sont contents de la posture de M. Cameron (de son comportement), il semble que la place financière britannique soit elle aussi inquiète de ce qui a été décidé, et qui exclut effectivement la Grance Bretagne du mouvement en avant dans lequel s’engage la zone euro et l’Union européenne.

Euronews

Moody’s a jeté un froid sur le marché, estimant que le sommet laissait la zone euro exposée à de nouveaux chocs. L’agence a annoncé qu’elle va

réexaminer les notes des pays (de l’Union européenne) au début 2012. Par contre le problème pourrait venir cette semaine de Standard and Poor’s qui pourrait baisser la notation de beaucoup de pays, en particulier la France et l’Allemagne.

C. Newhouse

De toute façon pour que ce traité intergouvernemental soit finalisé, il va y avoir encore trois mois et je crois que c’est sans doute dans cette période-là que les incertitudes vont être les plus fortes. Après il faudra faire confiance à chaque gouvernement pour qu’il change au minimum, dans sa constitution et introduise la fameuse “règle d’or” sans qu’il y ait besoin que cela passe par un référendum mais que cela passe par les assemblées (nationales) directement.

Euronews

Mais croyez-vous que c’est possible dans un contexte oú des pays sont dans une phase de grande austérité avec notamment beaucoup de problèmes sociaux?

C. Newhouse

Que feraient ces pays comme la Grèce, l’Italie , l’Espagne, le Portugal si la zone euro éclatait ? Est-ce que cela aurait véritablement un sens de retrouver chacun sa monnaie d’il y a 10 ans ? Je crois qu’on ferait face à une dévaluation des monnaies, à de l’inflation, à une perte de compétitivité, et puis on aurait un noyau dur qui resterait dans la zone euro. Ce n’est dans l’intérêt de personne. Nous sommes maintenant amenés à aller plus loin : à aller vers une mutualisation des dettes, et vers un fédéralisme économique et politique.

Euronews

La principale question à laquelle le sommet de Bruxelles n’a pas répondu est celle du rôle de la BCE. Ils se sont orientés vers un rôle du FMI plus important mais la BCE continue à rester un peu à l‘écart.

C. Newhouse

Monsieur Draghi donne une autre tournure à la politique monétaire après Monsieur Trichet. Il implique la banque centrale européenne en tant que prêteur en dernier ressort des banques, et je crois que vraiment ce qui a été décidé au cours de la réunion de la BCE jeudi dernier le montre. En revanche la Banque centrale européenne n’est pas le prêteur en dernier ressort des Etats”.