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I talk

Présenté par Alex Taylor

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Alex Taylor, euronews :

Même si nous avons quelques soucis en ce moment à unir notre continent autour d’un projet économique et politique, la musique, elle, a toujours traversé allègrement nos frontières.

Aujourd’hui dans iTalk, un musicien éminemment européen, Goran Bregović. Musicien de l’ex-Yougoslavie, il est adepte de tous les styles, allant du classique à l‘électro, en passant par la musique d’une trentaine de films et même la chanson serbe au concours eurovision de la chanson 2010.

Vos questions tout de suite à Goran Bregović, que l’on retrouve à Paris.

Bonjour.

Goran Bregović, musicien et compositeur :

Bonjour

Alex Taylor, euronews :

J’espère que vous êtes confortablement assis. Vos questions rapides et des réponses rapides.

Natacha, Belgique :

Salut, je suis Natacha de Bruxelles. Vous êtes un des grands représentants de la musique des Balkans. Pensez-vous que, grâce à votre grande popularité en Europe, vous avez aussi contribué à l’image qu’on a de la région des Balkans ?

Alex Taylor, euronews :

Alors, l’identité nationale vaste thème, que peut-on faire avec la musique?

Goran Bregović, musicien et compositeur :

On peut pas changer le monde mais tous les musiciens essayent quand même … on fait de la musique avec l’illusion que l’on peut faire un monde meilleur.

Mais pour illuminer cette rue … pour faire ce monde meilleur… toutes les petites lumières aident… Alors la musique, ça n’a rien de nécessaire, c’est un peu comme le sel. Vous pouvez manger sans sel, mais c’est pas vraiment la même chose.

Alex Taylor, euronews :

C’est beaucoup mieux avec (du sel) !

OK : deuxième question pour Goran Bregović.

Pauline, Belgique :

Je m’appelle Pauline. Je suis d’origine gitane. J’aimerais vous poser une question monsieur Bregović, j’aime beaucoup votre musique, seulement je ne comprends pas pourquoi vous ne dites qu’elle est d’origine romanichelle aussi ?

Alex Taylor, euronews :

Réponse !

Goran Bregović, musicien et compositeur :

Dans l’histoire de la musique il est difficile de trouver un compositeur qui n’ai pas été influencé par la musique gitane.

Il y a toute une liste de compositeurs classiques qui ont consacré des œuvres à la musique gitane.

Moi j’ai été depuis toujours avec les gitans et beaucoup influencé par les gitans.

Le nom de mon dernier (nouveau) disque, qui va sortir fin février s’appelle “Champagne for Gypsies” où je vais saluer ce talent qui a donné aussi beaucoup à ce monde. Et je pense qu’un jour –et on n’est pas très loin– l’Europe va dire que la culture gitane a laissé des traces fortes dans notre culture. De Madre Térésa qui avait le sang gitan jusqu‘à Elvis Presley et Charlie Chaplin et beaucoup de monde.

Alex Taylor, euronews :

OK, parfait, troisième question dans iTalk.

Daphné, Grèce :

Bonjour je m’appelle Daphné, je viens de Grèce, je voulais vous poser une question parce que je suis aussi musicienne, j‘étudie le jazz, et je voulais connaître votre opinion sur comment devenir un bon musicien connu internationalement et pouvoir faire de la musique de qualité comme vous aimez faire et pas être obligé de faire de la musique commerciale de merde pour pouvoir survivre ?

Alex Taylor, euronews :

Votre recette s’il vous plaît, Goran Bregović ?

Goran Bregović, musicien et compositeur :

Le problème… La jolie chose avec la musique c’est que c’est un langage. La science dit que c’est le premier langage humain. C’est pour ça qu’on communique aussi facilement. Si vous parlez bien cette langue qui s’appelle musique, c’est facile de communiquer.

Mais il y a une autre problème que tous les compositeurs depuis toujours étaient locaux (autochtones).

Parce que comme la musique vient d’un endroit beaucoup plus profond que la langue –vous pouvez écrire dans une langue étrangère – Kundera écrit et français et Salman Rushdie il écrit en anglais – mais le compositeur si il veut sortir la vrai musique honnête, il doit aller beaucoup plus profond. Mais c’est tout local. Tout d’un coup ça devient international, mais on ne sait pas pourquoi pas.

Alex Taylor, euronews :

OK question suivante pour Goran Bregović

Ronald, Belgique :

Bonjour, je suis Ronald, je suis de Belgique, de Bruxelles. Je voudrais savoir si vous vous êtes beaucoup détourné de vos racines lorsque vous avec commencé à faire de la musique ?

Alex Taylor, euronews :

C’est justement ce que vous disiez avant. Est-ce qu’il faut quitter ses racines ?

Goran Bregović, musicien et compositeur :

Pas vraiment beaucoup. J’ai commencé comme musicien de bar de striptease.

Et donc depuis le début, c’est comme si Dieu m’a envoyé le message de t’amuser, de faire ce que tu aimes faire.

Alors je m’amuse, c’est ce que j’ai fait toute ma vie. Et ça je pense que c’est la racine la plus importante de chaque art. Une joie quand vous le faites.

Bien sûr j’ai commencé comme la plupart des autres compositeurs –dans l’histoire de ma tradition–, de Stravinsky, à Bartok, en passant par Gerschwin, Lennon/McCartney, ou Bono. Tous ceux qui ont fait des bonnes choses ils sont partis de leurs traditions. Alors ils volent des traditions et comme Robin Hood (Robin des bois), ils laissent pour que quelqu’un vole derrière.

Alex Taylor, euronews :

OK ! Une autre question

Rachel, France :

Bonjour je m’appelle Rachel et je viens de Lyon et je voulais savoir si dans ta future musique des Balkans tu comptais toujours garder ces grands orchestres –que je trouve magnifique personnellement–, donc si tu continues dans cette voie là pour plus tard?

Alex Taylor, euronews :

Vous avez travaillé avec beaucoup d’orchestre comme le cœur symphonique de Paris par exemple. Vous allez continuer comme ça ?

Goran Bregović, musicien et compositeur :

Il y a une semaine j’ai joué à Minsk avec l’orchestre présidentiel de Biélorussie, donc oui je joue avec beaucoup d’orchestres et c’est joli de voir que la partition, les notes sont toujours pareilles, mais les gens lisent différemment juste parce qu’ils sont d’une culture différente. Et je vais pas rater cette occasion d’avoir cette expérience. Je me souviens à Istanbul une fois, il y a un solo d’un ténor haut dans un morceau il a fermé les yeux, il a commencé sa mélodie et mon pauvre conducteur (il veut dire chef d’orchestre), il a fait des signes, tourne là tourne là…

C’est joli de voir comment les gens de culture un peu différentes ils trouvent une liberté que les autres ne trouvent pas dans la partition.

Alex Taylor, euronews :

OK encore une question

David, Espagne :

Bonjour Goran, je m’appelle David et je vis à Madrid. J’aimerais savoir quand ton nouvel album sortira ? Il y a 6 ans j’ai assisté à un de tes concert à Florence et il me tarde d‘écouter de nouveaux morceaux. Alors, dépêche-toi et à bientôt !

Alex Taylor, euronews :

Visiblement un fan. Alors un scoop ?

Goran Bregović, musicien et compositeur :

Le nom de mon dernier disque c’est

Alkohol. Et il y a deux parties. La première partie : Sljivovica est sortie il y a plus d’un an, et la deuxième partie : Champagne for Gypsyes sortira en février.

Après ça j’ai une commande pour un opéra, donc pour septembre 2013 (hésitation) je vais faire un Orphée. Ce sont mes projets pour le futur.

Alex Taylor, euronews :

Alors dernière question depuis le Parlement européen, c’est une question que l’on a eu sous forme écrite : qu’est-ce qu’on peut faire pour rendre la musique classique moins snob ? Brièvement, s’il vous plaît.

Goran Bregović, musicien et compositeur :

Mais la bonne musique, c’est jamais snob. Je ne crois pas ça. La bonne musique classique, c’est pour tout le monde. Tout le monde connait de la bonne musique. Mais les snobs vont peut-être écouter des trucs que les gens ne connaissent pas parce qu’ils veulent être exclusifs. Mais je pense que la bonne musique, que ce soit classique, que ce soit hip-hop, elle passe les frontières facilement.

Alex Taylor, euronews :

Merci à vous Goran Bregović, en duplex depuis Paris.

Et on se retrouve très bientôt pour un autre iTalk depuis le Parlement européen, ici, à Bruxelles.

A bientôt

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