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Les dégradations des agences ne changent rien sur le fond


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Les dégradations des agences ne changent rien sur le fond

Depuis les hommes politiques, aux économistes, aux analystes, en passant par les opérateurs des marchés boursiers, des marchés obligataires : les commentaires qui ont accompagné la décision de l’agence Standard Poor’s de dégrader neuf pays de la zone euro allaient de l’indignation et la colère à la réaction désabusée.

“La France aurait du être dégradée depuis longtemps, donc il fallait bien que tôt ou tard ce soit fait” : c‘était en France, la réaction de l’homme de la rue. Et encore Standard & Poor’s menaçait de dégrader la France de deux crans.

Il n’empêche que le couple franco-allemand qui dirige les orientations de la zone euro est de ce fait de plus en plus déséquilibré.

Pour ce qui est du sentiment des marchés financiers, on verra dans quelques jours, au moment des appels de dette de pays comme l’Italie, l’Espagne et la France, comment ils réagissent à cette vague de dégradations.

“Rien n’a vraiment changé affirmait lundi Angel Gurria , le secrétaire général de l’OCDE. On doit continuer avec la matière qu’on a. Ne nous laissons pas distraire par ce phénomène des agences de notation, par les double A et les triple A : faisons ce qui doit être fait. Le problème c’est qu’en réagissant en retard, et en essayant tout le temps de faire plaisir aux marchés au lieu de prendre les mesures nécessaires, on finit par se mordre la queue”.

La Banque centrale européenne est intervenue lundi matin sur les marchés obligataires pour acheter de la dette italienne et espagnole. Lundi également, la France a émis de la dette à court terme : 8,5 milliards d’euros d’obligations, moins sujette aux notes des agences. Le Trésor français remet ça jeudi en compagnie de l’Espagne sur des obligations à plus long terme. La réaction des investisseurs sera intéressante à étudier.

La BCE en abreuvant les banques de liquidités en décembre dernier a calmé les marchés financiers mais le cash des banques est une chose et la croissance économique en est une autre : hélas ! Nous avons besoin des deux pour sortir de la crise.

 
“Le problème c’est qu’il n’ y a pas de croissance”  
 
 
 
 Antoine Juillard, Euronews
“Nous sommes avec Marc Touati, directeur des études économiques chez Assya Compagnie financière. Marc : la dégradation de la part de Standard & Poor’s de la note de crédit de 9 pays de la zone euro, augmente le clivage entre les bons et les mauvais élèves. La classe politique est unanime pour dire que ce n‘était pas le moment de prendre ce type de décision. Vous pensez que cette nouvelle dégradation met sérieusement en péril nos efforts pous sortir de la crise ?  
 
Marc Touati
ça fait déjà bien longtemps que la France aurait du être dégradée, ça fait bien longtemps qu’on ne mérite plus notre triple A et pourtant on l’a
conservé par “sympathie” entre guillemets, dans la mesure oú la France, grâce à la zone euro, grâce au couple franco-allemand était perçue comme très crédible, le problème c’est que malheureusement depuis plusieurs années on augmente nos dépenses publiques : aujourd’hui (elles représentent) c’est 57% du PIB (produit intérieur brut) français, la dette publique flambe : c’est plus de 85% du PIB, et surtout - c’est ça le drame : il n’y a pas de croissance. Maintenant depuis quatre ans, pour la quasi-totalité des pays de la zone euro, il n’y a aucun pays, sauf l’Allemagne, les Pays-Bas le Luxembourg et la Finlande; donc tous les autres n’ont même pas assez de croissance simplement pour payer les intérêts de la dette publique. ça veut dire que pour payer ces intérêts il faut encore s’endetter. C’est ce qu’on appelle la “bulle” de la dette, donc par rapport à cela, la dégradation était inévitable, donc, est-ce que c’est trop tôt ou trop tard ? De toute façon aujourd’hui le vrai enjeu n’est pas tellement la note, c’est le fait que malheureusement la zone euro retrouve une certaine récession et c’est ça qui est très dangereux. 
 
Euronews
Cette dégradation va toucher à terme le FESF (Fonds européen de Stabilisation financière), censé aider les pays en difficulté. Les moyens du FESF étaient déjà jugés insuffisants, et ce n’est pas maintenant que sa force de frappe va augmenter : c’est grave ça non ? 
 
M. Touati
C’est clair qu’on va avoir du mal à garder le triple A pour ce FESF, donc à partir de là si ce FESF est dégradé, ça veut dire que globalement il aura des difficultés pour trouver des fonds pour financer les pays en difficultés. Comme d’un autre côté l’Allemagne avec Angela Merkel a confirmé aujourd’hui qu’elle ne voulait pas augmenter sa quote-part à ce fonds de stabilité, et bien ça veut dire qu’on va avoir des difficultés pour soutenir les pays, donc c’est ça qu’on oublie. Malheureusement aujourd’hui on raisonne après la bataille, c’est à dire une fois que la dette publique est là. Ce qu’il faut c’est éviter que cette dette publique augmente et pour éviter celà il faut réduire les déficits et pour les réduire il faut générer de la croissance : c’est ça l’erreur fondamentale aujourd’hui de la zone euro, c’est que malheureusement on a pas de croissance, c’est même pire que cela, puisque la récession est revenue depuis le 4ème trimestre dans la zone euro et donc s’il n’y a pas de croissance, il y a plus de déficits, donc plus de dette et on reste dans ce cercle pernicieux. 
 
 
Euronews
L’Allemagne a gardé son triple A, la France l’a perdu. Angela Merkel peut-elle se réjouir en se disant maintenant je suis seule désormais à la barre de la zone euro ? 
 
M. Touati
Le plus fort dans le couple ça reste l’Allemagne et j’ai envie de dire que c’est mérité puisque l’Allemagne depuis 10 ans a fait des réformes draconiennes, a réduit ses dépenses publiques : ce n’est plus que 46% du PIB contre donc 57% en France. Pourtant les allemands ne vivent pas moins bien que les français. Mais d’un autre côté l’Allemagne ne peut pas non plus gérer la zone euro toute seule donc l’Allemagne aussi devra mettre de l’eau dans son vin mais je pense qu’elle attend que la France fasse des efforts : notamment en termes d’assainissement budgétaire – ça ne veut pas dire qu’il faut bêtement augmenter les impôts, ça veut dire qu’il faut surtout réduire certaines dépenses publiques qui ne servent à rien : par exemple les dépenses de fonctionnement qui augmentent de 10 milliards d’euros par an en France depuis 10 ans et tant que la France ne fera pas celà et bien on aura toujours des difficultés pour sortir effectivement de cette crise.
 
     
 
 
 
 
 

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