DERNIERE MINUTE

Vous lisez:

Lee Howell, directeur général du Forum économique et social: "Le vrai défi aujourd'hui c'est de créer la croissance qui mène à l'emploi"


Davos 2012

Lee Howell, directeur général du Forum économique et social: "Le vrai défi aujourd'hui c'est de créer la croissance qui mène à l'emploi"

Isabelle Kumar, euronews

Lee Howell, merci d‘être avec nous sur euronews.

Dans l‘évaluation du risque global, ce qui est fondamental, c’est ce concept de dystopie, à l’opposé de l’utopie, dans laquelle on imagine une vie de misère, sans espoir. Cette perspective est-elle réaliste ?

Lee Howell, directeur général du Forum économique mondial

“Nous utilisons la notion de “graines de la dystopie”. L’idée c’est qu’avant que les graines ne germent, peut-on faire quelque chose ?

Les racines de ce tout, pourtant, sont liées à deux risques économiques significatifs. L’un est la disparité sévère des revenus. L’autre, qui est lié au premier, c’est un déséquilibre budgétaire chronique. Et c’est la combinaison des deux qui est en fait assez décourageant.

En effet, le vrai défi aujourd’hui c’est de créer la croissance qui mène à l’emploi. C’est-à-dire comment traverser une période d’austérité et faire des coupes qui mènent à la croissance, à la confiance et à la création d’emplois, qui est la chose la plus importante. Ce n’est qu’une partie de ce futur dystopique.

L’autre partie à l’inverse, se base davantage sur des données démographiques, parce qu’une grande partie de la population, la moitié du monde a moins de 27 ans.

Malheureusement, la plupart de ceux qui ont une vingtaine d’années et qui entrent dans le monde du travail dans de nombreuses régions du monde ne trouvent pas d’opportunités d’emploi.

Il y a donc des risques diverses qui peuvent entrer en jeu, ce qui clairement peut conduire à un sentiment de dystopie, dans lequel vous n’avez vraiment pas d’espoir pour l’avenir, dans lequel vous vous apprêtez à prendre votre retraite, mais vous ne savez pas si vous toucherez de l’argent, vous êtes tout juste diplômé, mais vous doutez de trouver un emploi. Dans dix ans, le futur dystopique pourrait être la réalité.”

Isabelle Kumar

Ce qui est implicite dans tout cela j’imagine c’est l‘échec des gouvernements mondiaux.

Mais aujourd’hui, nous sommes à un tournant.

Pensez-vous que nous pouvons nous en remettre à nos dirigeants pour agir et nous sortir de ce chaos potentiel ?

Lee Howell

“Je pense que le problème c’est que nos dirigeants

ne gouvernent pas, ils cherchent à gérer la crise.

La capacité de gestion, le management, c’est très différent, dans le sens que si, effectivement, il y a des problèmes réels mais qui ne sont pas uniques, on connaît déjà les solutions.

Dans la plupart des cas, ce dont je parle ce sont des défis nouveaux que nous n’avions jamais vraiment vus. Alors vous allez avoir à expérimenter, à être audacieux, à avoir une vision de l’avenir, à prendre des risques. Les dirigeants eux-mêmes doivent prendre des risques pour réellement faire face à ce nouveau défi. Et à exercer une gouvernance, pas de la gestion.”

Isabelle Kumar

L’année 2011 s’est caractérisée, vous avez abordé le thème, par le mouvement “Occupy” né d’un malaise social en augmentation. Pensez-vous que notre avenir sera défini sur les bases de leurs exigences ?

Lee Howell

“Nous avons eu des mouvements politiques et des révolutions antérieures à l’internet. Cela fait partie de l’histoire et de la civilisation humaine.

Ce qui est cohérent ici, c’est que les gens, quand ils sont frustrés- nous revenons à la notion de dystopie- quand ils sentent que les choses ne sont pas justes et équitables, alors vous avez une réponse importante.”

Isabelle Kumar

Mais cette augmnentation du pouvoir populaire montre essentiellement qu’il ya très peu de confiance dans les dirigeants, dans des forums comme celui de Davos, à certains égards. Davos n’est-il pas dépassé ?

Lee Howell

“Non. Je pense que Davos reflète la réalité.

Les gens veulent que tous les acteurs concernés se rassemblent et discutent ensemble des questions.

Davos, c’est une histoire basée sur l’inclusion.

Ici sont passés tous les leaders de la société civile, en particulier les ONG et d’autres groupes.

Mais la chose la plus importante à ce meeting annuel, c’est qu‘à Davos il y aussi un petit mouvement “Occupy”. Nous avons invité le leader de ce groupe à ce Forum qui est par tradition ouvert.

Nous lui avons demandé de se joindre à une discussion sur le thème ‘repenser le capitalisme’ avec des personnalités tels que le Britannique Ed Miliband, nous sommes donc très ouverts.

La premier thème ici c’est ‘ensemble’: pour formuler correctement les questions, nous devons être impliqués, faire un peu de diagnostic avant de prescrire le remède, non ?

Et penser avant d’agir. Mais nous devons rassembler les bonnes personnes pour penser et espérer aussi qu’ensemble, elles agissent.”

Isabelle Kumar

Et les graines de l’espoir ? Où sont-elles ?

Lee Howell

“Et bien, elles sont en nous, non ? C’est l’histoire de l’humanité. Nous faisons face à des choses difficiles mais nous les surmontons toujours, c’est vraiment cela qui nous permet d’avancer non ? ça fait partie de la condition humaine. “

Chaque histoire peut être racontée de plusieurs manières differentes : retrouvrez les perspectives des autres journalistes d'euronews dans nos autres équipes linguistiques.

Prochain article

Davos 2012

Davos: un club très fermé