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Pascal Lamy : "Il faut plus de coopération à l'échelle internationale"


Davos 2012

Pascal Lamy : "Il faut plus de coopération à l'échelle internationale"

Beaucoup voient dans la mondialisation les causes des malheurs de la zone euro. L’interdépendance des économies est tenue pour responsable de la crise qui a touché tant de pays. Pour en parler, nous avons rencontré à Davos Pascal Lamy, directeur général de l’Organisation Mondiale du Commerce.

Isabelle Kumar, Euronews : La crise de la zone euro est examinée sous tous les angles ici à Davos; il y a de multiples facteurs pour l’expliquer. Vous êtes un ancien commissaire européen pour le Commerce, c’est donc un domaine que vous connaissez bien. Y-a-il une solution simple?

Pascal Lamy : Je ne m’attends pas à une solution simple car c’est une transformation très complexe. Il va falloir passer de dispositifs de pré-crise européens à une sorte d’Union politique. Les politiques nationales en matière de fiscalité, de budget, les questions économiques, devront être négociées à l‘échelle européenne pour qu’il y ait un juste équilibre entre la solidarité et la discipline.

Euronews : Apparemment cette discipline implique de l’austérité. Mais quand il y a austérité, il semble difficile d’avoir également de la croissance. Pensez vous que l’austérité et la croissance puissent être compatibles?

Pascal Lamy : C’est la question fondamentale. Il doit y avoir un programme de rigueur budgétaire mais aussi un programme d’investissement sur l’avenir pour que l‘économie européenne devienne plus productive, plus compétitive, ce qui implique un certain nombre de réformes structurelles dans l‘éducation, l’innovation, la recherche. Il faut consolider le marché intérieur dans un domaine comme les services. Et, encore une fois, cela ne peut être fait qu’au niveau européen.

Euronews : L’autre question, qui fait débat, concerne la mise en place d’une zone euro plus restreinte, une zone euro sans la Grèce par exemple. Pensez-vous que c’est envisageable?

Pascal Lamy : Personnellement, je pense que si la Grèce devait quitter la zone euro, ses problèmes ne seraient pas plus faciles à résoudre. Je ne crois pas que le démantèlement de la zone euro soit une bonne solution, bien au contraire. A mon sens, le renforcement de la discipline de la zone euro est le chemin à suivre.

Euronews : Avant le Forum de Davos, on a beaucoup parlé des agences de notation, du fait qu’elles ont dégradé un certain nombre de pays européens. Quelle est pour vous la crédibilité de ces agences de notation, car elles ont fait des erreurs monumentales par le passé?

Pascal Lamy : Vous avez tout à fait raison. Ces agences de notation sont des entreprises humaines et les organisations humaines font parfois des erreurs. Donc la question est de savoir si elles doivent être uniquement dictées par le marché ou si elles devraient être plutôt une forme de système public ce qui permettrait d‘éviter les conflits d’intérêts. Mais bien sûr la grande question est de savoir si les contribuables européens sont prêts à financer une telle organisation?

Isabelle Kumar : Le Professeur Klaus Schwab, le fondateur du Forum économique mondial, a déclaré que le capitalisme tel que nous le connaissons aujourd’hui, ne fonctionne plus. Est-ce que c’est un bon point de vue?

Pascal Lamy : Nous savons que le capitalisme a besoin d‘être mieux régulé. C’est la raison pour laquelle nous avons besoin d’une plus grande coopération à l‘échelle internationale, ce qui malheureusement est plutôt rare actuellement. Le gros problème que nous avons c’est qu’il ne reste plus grand chose dans les poches des dirigeants. Leur autorité politique s’est érodée presque partout à cause de la crise. Nous avons besoin de plus d‘énergie politique sur la scène internationale. En matière de commerce, de devises, de changement climatique, de société, il y a doit y avoir plus de coopération. Il ne faut pas agir seul. C’est pour moi la plus urgente des priorités.

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