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Procès de l'amiante : les victimes d'Eternit attendent le verdict d'un procès historique

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Procès de l'amiante : les victimes d'Eternit attendent le verdict d'un procès historique

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Nicola Pondrano,ancien ouvrier et délégué syndical CGL:

« On l’appelle poussière à Casale, c’est sa définition, poussière… On dit aussi: j’ai la poussière dans les poumons… ».

Raffaele Guariniello, procureur général de Turin:

« Les délits, les crimes, voyagent à la vitesse de la lumière. La justice elle voyage encore en diligence… ».

Romana Blasotti Pavesi:

« Je fais tout pour oublier, à la mort de ma fille, j’ai perdu mes larmes, je n’ai plus été capable de pleurer ».

C’est le plus grand procès sur le drame de l’amiante jamais mené en Europe, celui d’Eternit : une multinationale comptant des usines en Italie, Suisse, France et Amérique du Sud.

Le milliardaire suisse Stephan Schmidheiny, important actionnaire d’Eternit Italie de 1976 à 1986 et le Belge Jean-Louis Marie Ghislain de Cartier de Marchienne actionnaire et administrateur de la société au début des années 1970 sont mis en cause. Ils sont accusés d’avoir violé les règles de sécurité, au mépris de la santé des salariés et risquent jusqu‘à 20 ans de prison.

Le verdict, prévu ce lundi 13 février, marquera une étape historique, car l’enjeu dépasse les frontières de l’Italie et pourrait entraîner d’autres procès dans d’autres pays.

Raffaele Guariniello:

« Ce qu’on a cherché à faire, c’est établir les responsabilités de ceux qui ont pris les décisions fondamentales de l’entreprise. Ceux qui décidaient quoi dépenser, comment dépenser, quoi faire n’étaient pas les Italiens, mais ils étaient Belges avant et les Suisses après. »

Astolfo Di Amato, avocat de Stephan Schmidheiny:

« Quand Stephan Schmidheiny a pris la direction du groupe, en 1976, il n’a perçu aucun profit des sociétés italiennes et il a investi dans la sécurité 72 milliards de lires : dans les années 70, c’était une somme énorme ».

Entre 1906 et 1986, la ville de Casale Monferrato, pas loin de Turin, a accueilli la plus grande usine de ciment amiante d’Europe.

Une activité qui contribua au développement économique de la ville et des communes voisines. Mais les habitants de Casale ont payé cher ce nouveau bien-être économique. Et ils continuent de le payer : de 1947 à aujourd’hui, 1800 personnes sont mortes par mésothéliome de la plèvre, un cancer incurable qui a frappé non seulement les ouvriers, mais toute la population.

Bruno Pesce, association de défense des victimes Vertenza Amianto :

«Tous les dossiers blancs correspondent à autant d’ouvriers de Casale décédés. Les roses correspondent à autant de citoyens, malheureusement morts de mésothéliome. Ces dossiers verts correspondent aux cas de mésothéliome encore en vie. Les jaunes, ici, représentent tous les anciens ouvriers Eternit malades ».

Nicola Pondrano, ancien ouvrier et délégué syndical CGL:

«Quand Eternit a fait faillite, en 1986, la chose incroyable c’est que les ouvriers ont été du coté de Bruno et moi. Pas contre Bruno ou contre moi. Ils étaient avec nous».

Bruno Pesce:

« Dans les années suivant la fermeture, le plus extraordinaire qui s’est produit, c’est que la lutte a continué et s’est développée sur le territoire, elle a continué sans jamais s’interrompre sur trois objectifs : justice, réhabilitation, et santé. Santé, et recherche ».

Aujourd’hui, à Casale, on compte en moyenne 50 victimes de l’amiante par an, la plupart ont de 40 a 60 ans, elles ont donc respiré les fibres d’amiante avant la fermeture de l’usine.

Daniela De Giovanni, médecin:

“Les habitants de Casale ont peur de tomber malades. Cela signifie qu‘à coté de la souffrance physique, il y a une souffrance psychologique: la peur que, d’un moment à l’autre, la même maladie qui a frappé un des vos amis, un parent ou un proche puisse vous frapper vous aussi”.

Romana Blasotti Pavesi est présidente de l’association des familles des victimes de l’amiante à Casale. Eternit lui a arraché son mari, ex ouvrier, sa soeur, une cousine, et n’a pas épargné sa fille :

“En 2004, un jour ma fille est venue chez moi avec son fils et son frère. Elle avait déjà fait tous les examens et elle était sure. Elle m’a dit: maman, assied toi, j’ai à te dire une chose, moi aussi j’ai le mésothéliome. Je suis resté sidérée… c‘était la dernière chose à laquelle je pouvais m’attendre. Je l’ai prise dans mes bras et je lui ai dis : je ne te laisserai pas partir. Mais je savais très bien que je ne pouvais rien faire. J‘étais déjà préparée à ces choses… Ca a été très dure avec elle, parce que elle est morte rapidement, mais elle a beaucoup souffert “.

Daniela De Giovanni:

“Si pour les autres types de cancer il y a une sorte d’acceptation liée au destin – c’est arrivé à moi, cela devait m’arriver… – pour le mésothéliome, dont la cause porte un nom précis, le destin n’a rien à voir. Il y a un coupable. Et la rage, souvent, s’emporte contre ce coupable”.

Romana Blasotti Pavesi:

“Ce n’est pas fini. Malgré 30 ans de lutte, ce n’est pas encore terminé, ca continue. On n’est toujours pas surs de la recherche médicale et on n’a pas terminé la bonification. C’est donc un combat qui doit continuer”.