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La démission du president allemand, un mauvais coup pour Angela Merkel


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La démission du president allemand, un mauvais coup pour Angela Merkel

Certes la fonction n’est qu’honorifique, mais elle représente une autorité morale, et cette autorité morale, c’est Angela Merkel qui s’en était portée garante, lorsque qu’elle était parvenue non sans mal à le faire élire président.

C‘était en juin 2010. La victoire du poulain de la chancelière est laborieuse. Il faudra trois tours au parlement, 9 heures de scrutin – un record pour ce type d‘élection – pour que Christian Wulff soit élu. Un camouflet pour Angela Merkel, alors même qu’elle a eu du mal à trouver un remplacant au très respecté Kohler après sa demission surprise.

Le nouveau président jusque là sans histoire, et jugé un peu lisse par certains, va vite faire parler de lui. Catholique pratiquant, divorcé, remarié à une belle femme blonde et tatouée, une série d’affaires embarrassantes vont le propulser sur le devant de la scène médiatique. Des vacances gratuites chez de riches entrepreneurs, puis l’achat de cette maison pour laquelle il a profité d’un crédit à taux préférentiel.

Les révélations s’enchaînent, les médias allemands sont particulièrement remontés contre sa tentative d‘étouffer ces affaires, notamment via un message d’intimidation au rédacteur en chef du tabloid Bild.

La chancelière continue pourtant de le soutenir. Le scandale éclate en décembre, en janvier pour la nouvelle année, elle s’affiche à ses côtés, lui rejete toute idée de démission, affirmant avoir toujours le soutien de ses collègues. Les critiques se mettent à fuser cette fois contre Angela Merkel. En pleine crise de l’eurozone : Avec un rôle central à jouer, la chancelière, qui doit aussi gérer l’effondrement de ses alliés libéraux du FPD, tombés à 2% d’intentions de vote, se serait bien passé de cette nouvelle turbulence.

Elle va devoir maintenant trouver un remplacant consensuel et acceptable alors que cette affaire vient altérer sa réputation et sa capacité de jugement.

Stefan Grobe, euronews :
“En liaison avec nous depuis Berlin, Frank Buchwald, correspondant de la télévision ZDF. Frank, la démission de Wulff est intervenue étonnamment vite, même si on ne s’y attendait pas réellement. Comment voyez-vous les choses à présent ? A qui cela va-t-il porter préjudice ?”

Frank Buchwald, correspondant de la ZDF :
“Le préjudice politique concernera en tout premier lieu Christian Wulff lui-même. Ensuite cela affectera la coalition parce que c’est elle qui l’a fait élire président. Il est donc clair que les conséquences politiques retombent sur la coalition au pouvoir ici en Allemagne.”

euronews :
“Ces derniers temps c’est plutôt la politique européenne qui occupait la chancelière allemande Angela Merkel, alors que la crise de la dette grecque est presque devenue un sujet de politique intérieure en Allemagne. A quel point la crise de l’euro l’a-t-elle affaiblie ?”

F. B. :
“Et bien elle a beaucoup à faire ici à Berlin parce qu’elle va devoir faire mettre en place un nouveau président assez rapidement, la Constitution dit sous trente jours. Et puis elle a de toute évidence des problèmes plus importants avec l’Europe – en particulier la Grèce – des problèmes très délicats à gérer, y-compris au niveau de sa coalition. Cela signifie pour Angela Merkel qu’un problème de plus vient s’ajouter à une liste déjà longue. En Allemagne, le président a un rôle consitutionnel qui ne lui donne pas de véritable pouvoir : il est essentiellement question de discours, prononcés par le président. Il est question de confiance. Et donc alors que le sauvetage de l’euro et l’aide à la Grèce font l’objet de vifs débats ici en Allemagne, un président critique vis-à-vis de la chancellerie causerait davantage de problèmes à Angela Merkel.”

euronews :
“Après Horst Khöler, Wulff est le deuxième chef d’Etat à démissioner. Qu’est-ce que cela nous révèle sur la culture politique en Allemagne ?”

F. B. :
“Que les choses sont également devenues plus compliquées pour le président ici à Berlin. Selon la Constitution allemande, le président est un peu comme le successeur du roi. Il est au dessus des partis. C’est ce que dit la Constitution. Mais par rapport à une autre époque, il est surveillé de très près par les médias.”

euronews :
“Il semble à présent qu’Angela Merkel aura beaucoup de mal à mettre en avant un candidat conservateur pour succéder à Wulff. Est-ce là un signe d’un changement politique pour 2013 à Berlin ?”

F. B. :
“Et bien il y a un adage qui revient régulièrement en Allemagne et qui dit qu’une élection présidentielle donne toujours un peu la tendance pour dire qui va gouverner le pays, quelle coalition se mettra en place. C’est une vieille théorie qui n’a jamais été prouvée, mais bien sûr l‘équilibre du pouvoir au sein de l’assemblée fédérale qui élit le président est très révélateur de qui peut avoir la main à l’avenir. Parce que c’est une assemblée très complexe avec des représentants du parlement fédéral et des parlements régionaux. C’est un équilibre du pouvoir finement dosé, comme beaucoup d’autres choses, mais bien sûr cela ne garantit rien pour autant.”

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