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Russie : une opposition sans leaders?

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Russie : une opposition sans leaders?

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Des centaines de milliers de russes sont descendus dans la rue depuis le mois de décembre pour protester contre les résultats des législatives du 4 décembre 2011. On les qualifie d’opposants politiques, d’“anti-Poutine”, de militants des droits de l’homme. La nature hétéroclite de ces mouvements contestataires pose toutefois la question de leur viabilité. Qui est derrière ces mobilisations ?

Certains leaders sont issus du sérail politique, à l’instar de Mikhail Kasyanov, de Boris Nemtsov et de Vladimir Ryzhkov, d’anciens membres de gouvernement qui ont mis sur pied le Parti de la liberté du peuple. Ce parti peine toutefois à s’imposer. Pour l’instant.

“Le problème, ce n’est pas le manque de leaders, c’est le contexte qui n’est pas favorable à la compétition politique, explique l’un des fondateurs du Parti de la liberté du peuple Mikhaïl Kasyanov. Dès que les partis politiques seront officiellement enregistrés et reconnus, dès qu’ils auront accès aux médias, vous verrez apparaître dans les 6 mois une diversité de responsables politiques russes, bien plus charismatiques que Poutine.”

Une diversité de leaders… Et autant de positions sur l‘échiquier politique. Si le Parti de la liberté du peuple incarne la droite libérale, Sergueï Oudaltsov est, lui, la figure d’une nouvelle gauche radicale. Emprisonné à plusieurs reprises pour avoir bravé des interdictions de manifester, ce jeune
leader de l’opposition, plus adepte de l’auto-organisation que de la démocratie représentative, a proposé un report des élections.

“Ici la perspective d‘élections crée un climat de défiance, précise-t-il. Si rien ne change à l’issue du scrutin du 4 mars, le conflit peut prendre de l’ampleur, et on doit l‘éviter. C’est pourquoi j’ai proposé à Medvedev de reporter les élections, afin d’introduire des amendements et d’allonger la durée de son mandat. C’est une proposition très radicale mais c’est parfois ce à quoi il faut se résoudre pour éviter le pire.”

Autre figure de la contestation : Alexeï Navalny. Blogueur charismatique, militant anti-corruption, ce juriste de formation n’est affilié à aucun parti. Si ses enquêtes sur les détournements de fonds publics ont d’abord suscité l’adhésion d’une foule d’internautes, ses prises de positions plus nationalistes viennent toutefois ternir son image de bête noire du régime.
La génération de protestataires mobilisés via les réseaux sociaux serait-elle moins malléable, moins suiviste? C’est en tout cas l’opinion de Sergueï Parkhomenko, journaliste et cofondateur de La Ligue des électeurs, un mouvement indépendant qui compte surveiller le processus électoral.

“Un homme politique croit que tout peut être organisé, contrôlé, dit-il. Il se dit que chacun va faire exactement ce qu’il dit. Mais à l’heure d’internet, les communautés se constituent et interagissent rapidement, les informations et les opinions se diffusent rapidement, et la disparition de cette démocratie organisée d’en haut peut intervenir tout aussi rapidement.”

Comment les représentants de la société civile peuvent-ils peser dans ce contexte?

Ecrivain prolifique, Boris Akounine, de son nom plume, a mis ses projets littéraires entre parenthèse, pour être de tous les rassemblements. Et c’est le citoyen Akounine, pourtant hostile à l’idée d’un leadership au sein de l’opposition, qui a été plébiscité comme chef de file de la contestation.

Les leaders de la “révolution blanche” russe sont donc pluriels et n’ont finalement pour dénominateur commun que la volonté de
chasser Vladimir Poutine du Kremlin.

“ Maintenant, on prend les choses en main” entonnent les manifestants.

Mais qui est ce “on”, impersonnel? Et qu’entend-il prendre en charge, exactement?Difficile d’y répondre pour l’instant. Ce qui compte, indique un slogan brandi par les manifestants, c’est de s‘être réveillé, ce n’est qu’un début.