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Mohammad Larijani : "Ahmadinejad termine son second mandat donc pour lui c'est la fin"


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Mohammad Larijani : "Ahmadinejad termine son second mandat donc pour lui c'est la fin"

Le nucléaire, les menaces israéliennes et l’après Ahmadinejad, autant de sujets que Mohammad-Javad Larijani, conseiller du Guide suprême iranien, a accepté d‘évoquer avec euronews.

Le responsable du Haut-conseil iranien aux droits de l’Homme estime que l’Occident devrait changer son regard sur l’Iran, car les élections législatives ont permis à Téhéran de mettre en place une nouvelle démocratie, dit-il.

Mais Mohammad-Javad Larijani a tout d’abord tenu à réagir à la récente visite Benjamin Netanyahu aux Etats-Unis et aux menaces proférées par l’Etat hébreu contre l’Iran.

Mohammad-Javad Larijani :
Je me mets à la place du peuple américain. Je pense que c’est scandaleux parce que j’ai l’impression que pour se faire élire dans ce pays, il faut d’abord obtenir le soutien de Netanyahu et de l’AIPAC, le lobby israélien des Etats-Unis, plutôt que de conquérir le peuple américain. Et cela les distrait des questions essentielles auxquelles les politiciens américains devraient être confrontés. Le programme nucléaire est transparent, et tout le monde le sait. Donc je pense que c‘était une diversion pour distraire l’attention des gens et les empêcher de se focaliser sur les questions économiques qui sont difficiles à résoudre. Démocrates et Républicains n’ont aucun programme pour répondre à ces questions. Et puis ces discussions sur l’emploi de la violence contre une autre nation sont sans précédent.

Jon Davies, euronews:
Vous dites que le programme nucléaire est transparent, mais même les Russes ont récemment dit que l’Iran devait tenir sa promesse de permettre aux inspecteurs internationaux de vérifier le programme nucléaire, ce qui n’a pas eu lieu en février, puisque la mission de l’AIEA est revenue les mains vides, expliquant avoir été constamment bloquée. Alors où est la transparence ?

Mohammad-Javad Larijani :
“La surveillance est continue. Les caméras sont partout. Les inspecteurs de l’AIEA font leurs visites. ‘Mains vides’ n’est pas le bon terme à employer, et puis tout dépend de la manière dont ils définissent leur mission. De toute évidence, ils devraient définir leur mission à l’avance. Ils ne peuvent pas agiter les bras et dire : ‘je veux aller là-bas et voir ça’.

Jon Davies, euronews:
Mais dans un système transparent, c’est bien ce qui se passerait, non ?”

Mohammad-Javad Larijani :
Mais même dans un système transparent, ils ne pourraient pas passer un coup de fil et dire qu’ils veulent aller là ou là. Nous étions d’accord pour une transparence complète. Mais l‘équation a deux côtés. De la transparence est attendue de notre côté, mais nous attendons de la coopération de l’autre. Nous devrions avoir accès à tous les aspects des activités nucléaires non-militaire. Nous devrions avoir la possibilité de coopérer avec d’autres Etats. Mais nous sommes privés de tout ça, et ils demandent de manière unilatérale de la transparence de la part de l’Iran ? Ce n’est pas tellement logique.

Jon Davies, euronews:
Donc il me semble que vous dites qu’il n’y a pas de transparence totale, parce qu’on ne vous donne pas le revers de la médaille…

Mohammad-Javad Larijani :
Non, en fait, je dirais qu’il y a de la transparence jusqu‘à un certain degré. Cela dépend du moment, de ce qui intéresse les inspecteurs. Pour le réacteur nucléaire à Téhéran, que nous utilisons pour produire des médicaments et des traitements médicaux pour des malades du cancer, nous devrions de toute évidence pouvoir acheter de l’uranium enrichi à 20%.
Tout d’abord ils nous ont dit que l’on devait l‘échanger.
Nous avons dit : d’accord.
Puis ils ont dit : non, vous devez nous donner tout votre uranium enrichi !
Cela n’a pas de sens. Nous voulons pouvoir utiliser le réacteur de Téhéran dont le but est purement médical.
Alors nous avons dit : oubliez ! Nous l’avons, nous allons l’utiliser.
Voilà les mauvaises habitudes des Etats-Unis. Nous n’acceptons pas le dirigisme des Etats-Unis. Cette histoire est un échec. Alors qu’ils pourraient nous traiter comme n’importe quel autre état souverain. On peut parler, on peut passer des accords, nous pouvons donner et recevoir. On peut faire beaucoup de choses. Mais certainement pas recevoir des ordres !
Ce leadership est peut être accepté par l’Allemagne, par Sarkozy et les autres, mais certainement pas par les Iraniens.
Le problème de base est évident. L’Iran est un pays qui prend de l’influence dans la région, malgré un système social et politique différent. Nous avons notre propre démocratie, qui n’est pas basée sur un système libéral séculaire mais la rationalité islamique. Et cette expérience qui est en place depuis plus de trois décennies fait que l’Iran passe d’un rôle de faire-valoir des Etats-Unis à celui de pays leader dans les domaines les plus avancés des sciences et des technologies.

Jon Davies, euronews:
Pouvez-vous m’expliquer cette démocratie dans laquelle les dirigeants de l’opposition sont maintenus en détention, dans laquelle de nombreux candidats ne peuvent pas prendre part aux élections. De quel genre de démocratie s’agit-il là ?

Mohammad-Javad Larijani :
Tout d’abord, l’opposition en Iran, je veux parler des réformistes ont quarante siège au Parlement. Ceux qui sont en prison n’y sont pas à cause de leurs opinions politiques. C’est parce qu’ils ont agit en dehors du cadre de la loi. Pour agir dans une société civile, il faut respecter les lois même si on n’aime pas ces lois. En Iran, si quelqu’un nie Dieu, ou nie la légalité du système islamique, alors pourquoi devrait-il participer à une élection, qui par serment s’applique à quelqu’un qui veut travailler pour le système islamique.

Jon Davies, euronews:
Est-ce que vous dites que Mirhossein Mousavi ou Mehdi Karoubi ont nié l’existence de Dieu ?

Mohammad-Javad Larijani :
Non, je dis qu’ils ont participé à un Coup d’Etat contre la nation lors des dernières élections. Ils n’ont pas mené une campagne électorale. Ils ont manipulé l’euphorie électorale, bien avant les résultats et se sont désignés vainqueurs, et ils ont demandé aux gens de descendre dans la rue, de renverser le gouvernement pour former un nouveau. C‘était un coup d’Etat. C’est un crime très important.

Jon Davies, euronews:
Ont-ils été jugés pour ça ?

Mohammad-Javad Larijani :
Ils se trouvent sous surveillance, et l’enquête sur eux se poursuit, les documents s’accumulent. En fait le gouvernement et l’establishment veulent traiter l’affaire en douceur. Il n’est pas dans l’intérêt d’une grande nation, qui a confiance en son pouvoir, de traiter ces erreurs avec la peine maximale. Le système ne veut pas les juger trop sévèrement.

Jon Davies, euronews:
Qu’en est-il du président Ahmadinejad après ces législatives ? Ou est sa base électorale ?

Mohammad-Javad Larijani :
Le président Ahmadinejad termine son second mandat donc pour lui c’est la fin de sa présidence. Selon la Constitution il ne peut pas se présenter de nouveau, donc on se concentre sur les prochaines élections pour choisir quelqu’un parmi les candidats et lui apporter du soutien, et peut-être aurons nous du succès.

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