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Après le séisme, Lorca en Espagne choisit le développement durable

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Après le séisme, Lorca en Espagne choisit le développement durable

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Mai 2011. Un double tremblement de terre frappe Lorca dans le sud de l’Espagne. C’est le séisme le plus meurtrier dans le pays depuis 1956.
Le bilan est de neuf morts et de 300 blessés sur une population de 90.000 habitants.
Les dégâts sont très importants : on compte plus de 1100 habitations détruites.

Depuis la catastrophe, Lorca travaille à sa reconstruction dans un contexte difficile et sur un rythme plus lent qu’espéré en raison de la situation économique fragile.
Et les autorités s’y attèlent en relevant un défi supplémentaire : le développement durable.
La municipalité participe au projet européen “Smart Cities”. Les villes qui en font partie mènent des projets de rénovation tenant compte de critères comme la technologie, l’innovation et le développement durable.
La catastrophe a fini par devenir une formidable opportunité d’après le maire de Lorca. “Ce séisme nous donne l’occasion de reconstruire de meilleure manière qu’auparavant,” souligne Francisco Jódar.
“Comme on fait partie d’un groupe de maires qui encouragent le développement durable et qu’on participe à un grand projet comme “Smart Cities” aux côtés de L’Aquila et Mostar,” poursuit-il, “on veut encourager les citoyens à suivre cette voie et leur expliquer les avantages non seulement pour eux-même, mais aussi pour la ville, de reconstruire des maisons en tenant compte de critères comme le développement durable et l’efficacité énergétique.”
“Nous devons tirer avantage de cette opportunité qui nous est offerte dans ces circonstances dramatiques que nous avons réussies à surmonter,” explique le président de la Région Ramón Luis Valcárcel, la nouvelle ville peut et doit correspondre à la culture et aux besoins du XXIème siècle.”

Ces aspirations concernent non seulement les constructions individuelles, mais également les institutions publiques dans la limite des moyens disponibles.
Suite au tremblement de terre, 11 des 44 établissements scolaires et éducatifs ont du fermer. Quatre d’entre eux n’ont pas encore rouvert leurs portes.
Les travaux de remise en état donnent l’occasion d’améliorer l’efficacité énergétique des anciens bâtiments pour notamment consommer moins d‘électricité comme l’explique l’architecte de la ville Antonio Martínez. “Les salles de classe sont en deux parties : l’une est près du mur extérieur et des larges fenêtres et l’autre est contre le mur intérieur,” dit-il. “Nous adaptons chacun de ces espaces pour avoir deux zones indépendantes à éclairer : l’une près des fenêtres et l’autre plus à l’intérieur du bâtiment et pendant la majeure partie de la journée,” affirme-t-il, “on n‘éclaire que l’un des espaces : le plus sombre, et ainsi, on économise beaucoup d‘énergie.”

Mais il n’y a pas que les habitations et les bâtiments qui ont subi des dégâts lors du séisme, le patrimoine de la ville a également été touché. Des monuments d’importance dans cette ville prisée comme destination touristique.
Au lendemain de la catastrophe, les 14 églises ne pouvaient plus accueillir le public en raison des dégâts qu’elles avaient subis.

Leur rénovation est nécessaire d’un point de vue patrimoniale, mais aussi social. Les édifices religieux qui regroupent deux congrégations jouent un rôle important lors de la Semaine sainte. Un évènement essentiel pour l‘économie locale.
Cette fête, d’ampleur pour la ville, attire deux cent mille visiteurs chaque année.

Autre monument incontournable à Lorca : le château construit entre le IXème et le XVème siècles.
L’architecte chargé de sa reconstruction plaide pour le recyclage des matériaux et le respect des méthodes de construction traditionnelles.
Le choix du développement durable.
Un concept sur lequel il nous livre son point de vue personnel. “Durable ? J’emploie ce mot pour dire que le travail est durable en terme économique, c’est là que débute le développement durable,” souligne Francisco Jurado. “Si le budget n’est pas durable, on ne peut rien faire. Comment travaillons-nous ? Nous utilisons des matériaux traditionnels et les gravats qui ont été engendrés par le tremblement de terre.
On emploie des méthodes de construction traditionnelles, les mêmes que celles utilisées lors de la construction à l‘époque gothique,” explique-t-il. “De cette façon, on montre la valeur des méthodes ingénieuses que les bâtisseurs avaient en ce temps-là et on leur rend hommage.”

Lorca n’est pas uniquement tournée vers son passé, la ville envisage aussi l’avenir en lançant des projets durables.
Le Centre de retraitement des déchets urbains collecte deux cents tonnes de détritus par jour.
Bientôt, des matériaux qui aujourd’hui ne sont pas recyclés, pourront être valorisés. Un projet en ce sens doit très prochainement voir le jour. “Ces déchets qui ne sont pas recyclés seront entreposés dans une décharge où ils seront compressés et recouverts de terre,” explique le responsable du Centre Francisco Javier Martínez. “Dans ces conditions d’absence d’oxygène,” poursuit-il, “la matière organique qui se trouve dans ces détritus créera du biogaz que nous extrairons et brûlerons pour produire de l‘énergie : cela représentera la consommation moyenne de quelques 2000 foyers.”

Mais regardons un peu plus loin dans l’avenir.
Lorca prévoit de se doter de la plus importante centrale solaire photovoltaïque au monde.
Grâce au fort ensoleillement dont bénéficie la région (d’un niveau similaire à celui de l’Afrique du Nord), ce projet privé, soutenu par les autorités locales et nationales, permettra à terme, de fournir
de l‘électricité pour 200.000 foyers. Ce qui évitera le rejet de 570.000 tonnes de CO2 par an.
En 2016, 1200 hectares de panneaux solaires auront été installés. Coût du projet : entre 600 et 800 millions d’euros.
L’objectif est aussi de concurrencer les autres sources d‘énergie, sans subvention publique selon le vice-président de Lorca Solar, Antonio Galera.
“Pour atteindre cet objectif, il faut s’intéresser à deux variables,” soutient-il, “d’un côté, la technologie solaire progresse grâce au développement de cette industrie. Ce qui permet à la courbe du prix, non seulement des panneaux solaires, mais aussi d’autres éléments, de baisser et d‘être plus compétitif. Et d’un autre côté,” poursuit Antonio Galera, “le prix de l‘énergie au niveau mondial augmente parce que c’est une ressource limitée puisqu’elle repose sur l‘énergie fossile. A un moment ou un autre, ces deux courbes vont forcèment se croiser.”

Miser sur le développement durable ne nécessite pas toujours des investissements d’ampleur. Exemple avec “Lorca Bicité” (“Lorca Biciudad”), une association qui regroupe plus de 200 membres et dont le but est d’encourager les citoyens à circuler à vélo. Un moyen de transport facile et peu onéreux qui permet de protéger l’environnement. “Premièrement, acheter un vélo et le maintenir en bon état ne coûtent pas cher et bien sûr,” souligne le président “Lorca Biciudad” Manuel Martín, “on n’a pas besoin de carburant pour le faire fonctionner : la bicyclette est un véhicule bon marché qui ne pollue pas la planète et c’est aussi bon pour la santé.”

Lorca tourne la page de la catastrophe en se donnant un nouveau visage. La ville est en train de relever le défi de la reconstruction durable, et ce malgré la crise économique.