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Le rêve olympique du Kosovo


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Le rêve olympique du Kosovo

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Le Kosovo rêve des Jeux Olympiques. Tout comme Majlinda Kelmendi. Sa volonté de fer l’a propulsée au sommet de la pratique internationale du judo. Mais le contexte politique risque bien de l’empêcher de représenter son pays aux JO de Londres; Le Comité International Olympique n’a toujours pas reconnu le Kosovo comme un Etat indépendant.

Au “Ippon Judo Club” de Peja, une petite ville de l’ouest du Kosovo, Kelmendi s’entraîne. Elle espère pouvoir représenter son pays aux prochains Jeux Olympiques de Londres. Mais c’est la politique qui en décidera. Car à moins que le Comité International Olympique ne décide de reconnaître le Kosovo comme un État indépendant à part entière, à l’instar de 89 pays, la championne de judo ne pourra agiter le drapeau du jeune Etat balkanique.

Driton Kuka, l’entraîneur de Kelmendi, a déjà pu voir combien la politique interfère dans le sport : en 1992, il devait représenter la Yougoslavie aux JO de Barcelone alors que le pays sombrait dans la guerre. Il avait 19 ans, et son rêve olympique venait de se briser. Mais il croit en la bonne étoile de Majlinda : “Nous avons fait tout ce qu’il fallait pendant les entraînements pour que tu sois au top. Tu es prête et bien préparée. Maintenant, tout dépend de toi et de ta force psychologique. Quand tu seras dans le stade olympique, si tu restes forte mentalement tu gagneras… Tu gagneras une médaille olympique !”

Majlinda Kelmendi elle aussi est confiante : “Je me sens bien, je sais que je suis capable de vaincre n’importe quel adversaire dans ma catégorie. Je l’ai déjà fait plusieurs fois : j’ai battu de très bons judokas. Le premier combat est parfois un peu difficile. Mais vu que j’ai gagné plusieurs compétitions, je suis confiante et je sais que quand je me sens bien le jour du combat, je gagne!”

Majlinda peut encore décrocher son billet pour Londres même si le Comité International Olympique ne reconnait pas le Kosovo. Elle pourrait être invitée par le CIO à concourir sous les couleurs olympiques en tant qu’athlète indépendant.

Majlinda bénéficie d’un soutien sans faille dans son pays depuis qu’elle a gagné les championnats du monde junior en 2009, avant de devenir l’année suivante championne européenne junior. Elle se bat depuis dans la catégorie adulte. En octobre dernier, elle a remporté trois médailles d’or en trois semaines.

La révélation de cette jeune athlète aujourd’hui âgée de 20 ans a fait des envieux. L’Albanie voisine, parmi d’autres, a voulu la recruter pour représenter le pays aux prochains JO. C’est ce qu’elle nous explique : “J’ai beaucoup de propositions, et de très bonnes comme celle de l’Azerbaïdjan. Ils me proposaient beaucoup d’argent. Mais j’ai refusé, parce que je veux représenter le Kosovo. Je suis probablement la seule athlète kosovare à remplir officiellement toutes les critères olympiques”.

Et ses parents la soutiennent à 100%. Fikrete, sa maman : “Je suis très fière de toi et de tes médailles, fière de tes victoires dans toutes ces compétitions. Je suis vraiment très fière de tout ça. Nous regardons toujours tes victoires avec les larmes aux yeux.”

A Pristina, la capitale, les photos de Majlinda font du rêve olympique celui de tous les Kosovars. Fin mars, le Kosovo a officiellement entamé les démarches pour être reconnu par le CIO. Mais des pays comme la Serbie, l’Espagne ou la Russie s’y oppose pour des raisons politiques. Et le temps presse… C’est au Canada, au mois de mai, que doit se tenir la dernière réunion du comité exécutif du CIO qui décidera de la participation ou non du Kosovo aux JO de Londres.

Besim Hasani, le président du Comité Olympique National, est optimiste : “Je suis sur que nous réussirons d’ici deux mois à avancer suffisamment sur le terrain politique mais aussi technique, et que nous arrivons à remplir ces deux critères indispensables à notre participation aux Jeux Olympiques”.

Dans le centre sportif de Pristina, nous avons rencontré les cousines Rama : Urata et Lumturie, respectivement spécialistes du tir à la carabine et au pistolet. Leurs résultats correspondent aux normes olympiques. Mais puisque la fédération kosovare de tir n’est pas intégrée à la fédération internationale, pour des raisons politiques une fois de plus, ils ne sont pas officiellement reconnus. Le Kosovo a déjà postulé trois fois pour devenir membre de la fédération internationale de tir. En vain. Ali Pllana, président de la fédération nationale de tir : “Ce sport existe depuis 1922 au Kosovo. Mais vu les circonstances, ces jeunes filles sont comme des oiseaux en cage : elles ne peuvent pas participer aux compétitions en dehors du territoire parce ce que nous ne sommes pas membre de la fédération internationale de tir”.

C’est pourquoi l’expérience internationale des deux cousines est limitée à des rencontres amicales avec l’Albanie et la Macédoine voisines. A 24 et 25 ans, elles voient les choses à long terme. Si elles ne peuvent pas participer aux JO cette année, elle tenteront leur chance en 2016. Urata : “Le rêve de chaque sportif est d’avoir de bons résultats et par la suite de participer aux compétitions internationales pour y représenter son pays. C’est une vraie motivation”. Et Lumuturie d’ajouter : “Selon les informations que nous avons, il est peu probable que notre pays puisse participer aux JO cette année. Mais nous ne baissons pas les bras. Peut-être que nous y arriverons en 2016. Être là-bas, c’est notre rêve : représenter le Kosovo, notre patrie.”

Dans notre périple, nous nous sommes arrêté à Mitrovice, dans le nord du Kosovo. Au delà de l’aspect politique, la reconnaissance par le Comité Olympique International demande aux pays membres d’avoir des infrastructures suffisantes à la pratique du sport. Et au Kosovo, ce n’est pas toujours le cas. Astrit et Musa sont deux grands coureurs. Mais pour s’entraîner, ils doivent parcourir plus de 300 kilomètres pour rejoindre le seul stade des alentours. Astrit : “Ce n’est vraiment pas facile pour s’entraîner. Nous sommes tous les deux des paysans. On est obligés de courir dans les montagnes, même s’il y a de la neige. Nous n’avons pas de stade chez nous.”
Musa : “Mon plus grand rêve, comme celui de n’importe quel athlète, est de participer un jour aux Jeux Olympiques ou à un championnat international, européen ou même régional, avec nos voisins des Balkans”.

La fédération d’athlétisme du Kosovo n’est pas reconnue non plus au niveau international. Trois sports seulement sont membres à part entière de leur fédération internationale respective : le tennis de table, l’haltérophilie et le tir-à-l’arc. Driton Haliti est vice-président de la fédération nationale d’athlétisme : “Il est assez difficile d’obtenir des visas de certains pays. Certains comprennent les difficultés que rencontrent nos sportifs. D’autres leur mettent des bâtons dans les roues”.

Zijadin Kryeziu, entraîneur du club de course Rogana, va plus loin : “Pour moi, les droits de l’Homme sont bafoués. Le sport, c’est une activité spéciales qui devrait unir les peuples, qui devrait instaurer la paix, l’amour entre les gens, et pas la haine”.

Alors que Majlinda Kelmendi a décidé de rester au Kosovo, de nombreux autres athlètes ont choisi de poursuivre leur carrière dans des clubs étrangers. La liste des sportifs kosovars exilés est longue, comme l’explique Besim Hasani, président du Comité Kosovar Olympique : “Les conséquences sont déjà immenses. Jour après jour, nous perdons beaucoup de clubs et d’athlètes et aujourd’hui, au Kosovo, un pour-cent seulement de la population est actif dans le sport.”

A Pristina, la capitale, il n’y a pas de piscine olympique couverte. Lorsque les Zeqiri ont découvert le don de leur fille pour la natation, ils ont d’abord du se rendre quotidiennement à Skopje, la capitale de la Macédoine… Avant de décider de construire leur propre piscine d’entraînement. Agron, le papa : “Le sport au Kosovo est presque mort parce que les athlètes ne peuvent quasiment jamais participer aux compétitions internationales. Cela fait diminuer notre niveau sportif et aujourd’hui, les institutions internationales doivent faire un geste pour nous, pour nous donner une chance d’y arriver.”

Nous avons demander au Comité International Olympique si leur réunion du mois de mai pouvait faire du rêve olympique kosovar une réalité. “C,‘est peu probable dans un avenir proche” nous ont-ils répondu. Mais Rita, la jeune nageuse de 16 ans, garde espoir, au moins pour les JO 2016 : “Je demande au Comité International Olympique d’accepter que le Kosovo participer aux Jeux. S’il vous plaît, laissez de côté la politique pour aider les sportifs. Nous le méritons. Ce serait une aide précieuse pour tous les athlètes du pays”.

Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour qu’un jour, les enfants du Kosovo puissent tous grandir en pouvant de pratiquer un sport. Et pour que le pays puisse participer comme les autres aux grandes compétitions régionales et internationales. Une lueur d’espoir : la Parlement européen a appelé le Comité International Olympique à permettre aux athlètes kosovars de participer aux prochains JO.

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