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6 avril 92, Sarajevo, ville assiégée

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6 avril 92, Sarajevo, ville assiégée

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A Sarajevo, le 6 avril marque un anniversaire que la plupart des habitants préfèreraient ne jamais avoir à commémorer, le début du siège de la ville, le plus long dans l’histoire de la guerre moderne et le symbole tragique des conflits qui ont éclaté après l‘éclatement de la Yougoslavie.

 
Sur ce pont de la capitale de Bosnie Herzégovine, une plaque rend hommage à la première victime, tuée par un sniper le 6 Avril 1992.

 

Les trois années et demie suivantes, les forces bosno-serbes, appuyées par l’armée yougoslave vont frapper sans discontinuer la ville. Sarajevo est complètement isolée, et les civils la cible permanente des tireurs d‘élite. L’absence d’une intervention internationale pendant le siège est encore aujourd’hui sujet à controverse.

 

A la fin de 1995, les accords de paix de Dayton mettent fin à la guerre. Mais ils n’ont pas stoppé les divisions ethniques et nationalistes qui continuent de hanter ce pays des Balkans de quatre millions d’habitants.

 

Aujourd’hui la Bosnie est divisée en deux entités: la Fédération croato musulmane et la République serbe de Bosnie. Sarajevo aussi est divisée. La partie orientale appartient à la République serbe. Son Premier ministre, Milorad Dodik a suscité les critiques, pour avoir appelé à un référendum sur l’indépendance de la République serbe mais aussi pour avoir refusé de reconnaître le génocide de Srebrenica, en 1995.
 
Les autorités bosniaques ne sont pas épargnées non plus, aujourd’hui, la population de Sarajevo est à 80% musulmane, et son grand mufti a été accusé de ne pas soutenir suffisamment la réconciliation, ce qu’il récuse :
 
Mustafa Ceric, Grand Mufti de Bosnie:

“Depuis les accord de Dayton, nous avons progressé plus que toute autre région au monde. Mais vous savez, quand nous faisons un pas en avant, il y a des forces qui nous ramènent en arrière. Et nous devons réexpliquer tous les points que nous expliquions avant le génocide durant ces années là. Comment pouvez-vous pardonner à quelqu’un s’il ne demande pas pardon pour les atrocités qu’il a commises?“  
 

20 ans après le début du siège de Sarajevo, les mots de pardon et de réconciliation sont encore difficiles à prononcer, autrefois modèle de relations multiethnique, la ville apparait plus divisée que jamais.
 
 
Valerie Zabrisky, Euronews:
Avec nous Refik Hodzic, un Bosniaque qui vit maintenant à New York. Cinéaste, journaliste, il a travaillé pendant des années pour aider les tribunaux internationaux et nationaux chargé de faire la justice concernant les crimes de guerre.

Monsieur Hodzic, vous avez critiqué le grand mufti de Bosnie-Herzégovine. Pourquoi?

 
Refik Hodzic, Centre international pour la justice
transitionnelle :

Dans la Bosnie d’aujourd’hui, il y a un grand besoin d’une reconnaissance minutieuse et honnête du passé, et que les communautés pansent leurs plaies après les grosses blessures d’il y a vingt ans. Mustafa Ceric et Milorad Dodik sont des faiseurs d’opinion de premier plan dans la Bosnie-Herzégovine d’aujourd’hui, et tous deux, comme personnages les plus influents dans le pays ont la responsabilité de travailler et d’amener à terme cette reconnaissance au sein des communautés de Bosnie. Mais au contraire, leur agenda est plus orienté vers la division, vers l’incitation à la peur et à la haine des autres.

 
Euronews: 
Mais qui peut mettre la pression sur eux? La communauté internationale ou vous, peuple de Bosnie? Pourquoi cela contine-t-il ainsi?

 
Refik Hodzic:
La communauté internationale a malheureusement
un double langage, elle a permis à des gens comme Milorad Dodik ou Mustafa Ceric d’employer la rhétorique de la division, la rhétorique de la haine alors qu’au même moment, elle fait semblant de soutenir la Bosnie sur le chemin de l’Union européenne. C’est là, je pense, que se trouve le responsabilité de la communauté internationale pour faire respecter des règles naturelles dans l’Union européenne. Par exemple, Angela Merkel ne nierait jamais l’holocauste de la façon dont Milorad Dodik a nié le génocide de Srebrenica sans que la communauté internationale ne dise mot. 
 
Euronews :
Vous êtes critique envers les dirigeants politiques et religieux et envers la communauté internationale,
mais que dire des Bosniaques eux-mêmes? Ont-ils une part du responsabilité dans le manque de réconciliation?

 
Refik Hodzic:

Les gens eux-mêmes en Bosnie ne pas mauvais. Nous ne sommes pas des gens qui ne pouvons pas pardonner, ni ressentir de la compassion pour les autres. Dans la ville d’où je viens, Prijedor, on a vu parmi les pires violences, des camps de concentration, des massacres, plus de 3000 personnes tuées, aujourd’hui, vous avez à nouveau des mariages mixtes, des personnes qui sont à nouveau amies, indépendamment de leur appartenance ethnique, mais ça existe en dépit de l’athmosphère diffusée par des dirigeants comme Milorad Dodik et Mustafa Ceric.  
 
Euronews:
Seulement vingt ans ont passé depuis que la guerre a éclaté à Sarajevo et en Bosnie. Certains disent que les plaies sont encore trop à vif pour la réconciliation…

 
Refik Hodzic:
Je crois que le moment est venu. Hier, c‘était le temps du processus de reconnaissance de ce qui s’est passé. Nous avons besoin d’un débat honnête, ouvert, compassionnel sur ce qui nous est arrivé, parce que, sinon, la nouvelle génération sera une génération nourrie aux récits de la division,
aux récits de la haine, aux récits contradictoires sur ce qui s’est passé. Et nous n’aurons pas beaucoup à espérer de cette nouvelle génération…