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« Dans le tunnel, c’était lunaire ! »


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« Dans le tunnel, c’était lunaire ! »

Benjamin Vincent est journaliste freelance, mardi il couvrait le MIPTV à Cannes pour euronews et devait rentrer en avion à Paris. Mais son vol a été annulé à cause de la grève des agents de sûreté, alors il a pris le TGV Nice-Paris…

euronews : Concrètement, comment s’est déroulée cette nuit de galère ?

En fait, le train était composé de deux rames. Lorsqu’on s’est arrêté dans le tunnel, il y avait toujours de l’électricité – et donc de la ventilation – dans la première rame. En revanche, dans la deuxième tout était coupé. Moi j’étais dans la première rame et ce n’est qu’après environ une heure et demie qu’on a compris que c’était grave. On avait eu l’annonce habituelle du contrôleur pour nous dire qu’on était arrêté sur la voie mais une heure après on a eu un message lunaire : le conducteur avait commencé à « appréhender le guide de dépannage » ! Là on s’est dit qu’on était mal !
Ensuite on a attendu et ce n’est que vers 2h30 que le transfert a eu lieu (ndlr : le train s’était arrêté vers 21h30). C’était très long. Il a fallu attendre deux heures pour la préparation puis l’arrivée du train de secours. Après c’était encore très long car les secours ont évacué les passagers wagon par wagon, ils ne pouvaient pas faire autrement !
Quand les pompiers sont arrivés ça faisait une demie-heure que l’on avait plus d’électricité dans la rame de tête. Dans le tunnel c’était lunaire ! Il n’y avait que la lumière des lampes frontales des pompiers pour éclairer les passagers. Certains avaient des d’énormes valises, je ne sais pas comment ils ont fait !

Quelle était l’ambiance parmi les passagers ?

Dans la rame où je me trouvais j’ai trouvé que les gens étaient étrangement zen. La plupart des passagers étaient, comme moi, des naufragés de l’avion. On avait tous eu notre vol annulé donc on s’était rabattus sur le train en se disant que cette fois on était sûrs de rentrer. On avait déjà bien galéré alors quand on a compris ce qu’il se passait on s’est dit que c’était la fatalité. D’ailleurs je pense que c’est pour ça que ça s’est bien passé. On n’avait pas d’autre solution. Le sentiment de fatalisme ça nous a aidé.
En revanche, on m’a raconté que les passagers de la rame arrière étaient vraiment énervés. Certains auraient même menacé de casser les vitres. En plus, comme il n’y avait pas de réseau, ils ne pouvaient prévenir personne, ça a rajouté à la panique. Au bout d’un moment, le contrôleur a décidé d’ouvrir les portes pour calmer un peu les esprits. Mais je n’ai pas assisté à des bagarres entre les passagers.

La SNCF vous a-t-elle tenus informés au fil des heures ?

Il y a eu un vrai problème de communication. La panne a eu lieu vers 21 heures et le premier coup de fil des contrôleurs à un responsable a été passé à 23 heures. Et c’était grâce au téléphone d’un passager qui captait un peu le réseau. Les portables et le système interne de communication des contrôleurs étaient tous les deux « out ». Mais ils ont bien fait leur boulot, ils étaient de bonne volonté. Vous imaginez, ils étaient deux pour gérer mille passagers ! Tout le monde a compris que la situation nous dépassait.

Avez-vous pu obtenir des informations supplémentaires sur la panne ?

Non ! Comment voulez-vous que j’en ai eues ? J’étais comme tous les autres, sans réseau et bloqué dans le train dont les portes étaient fermées. Mais j’entends partout parler d’une panne. Sur place les contrôleurs parlaient de vandalisme, pas d’une panne. Ils n’avaient aucun doute. Quelqu’un aurait jeté quelque chose sur les lignes et ça aurait arraché les caténaires au moment ou le train est entré dans le tunnel. Apparemment ce n’était pas la première fois que ça arrivait. Les contrôleurs ont même parlé d’une fois où des traces de tirs auraient été constatées sur un train… Je n’ai pas plus de détails mais en tout cas c’était la première fois, à ma connaissance, qu’un train se retrouvait arrêté au milieu d’un tunnel. C’est le pire des scénarios.

Une fois arrivé à Marseille vous êtes repartis pour Paris. Comment s’est passé le retour ? Est-ce que l’incident était le premier sujet de conversation parmi les passagers ?

Non, tout le monde dormait ! Il était cinq heures du matin, tout le monde était crevé !

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