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Denis Sieffert : "Sarkozy vise à conquérir l'électorat de Marine Le Pen"

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Denis Sieffert : "Sarkozy vise à conquérir l'électorat de Marine Le Pen"

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Denis Sieffert est le directeur de rédaction de l’hebdomadaire français Politis. Interrogé par euronews, il revient sur l’impact des arrestations dans les milieux islamistes sur la campagne présidentielle.

Denis Sieffert : L’affaire Merah elle-même, contrairement à ce que l’on aurait pu imaginer, n’a pas eu pas d’impact direct et spectaculaire – du moins si l’on en croit les sondages – sur la campagne. Mais cela a tout de même permis à Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen de recentrer leur campagne sur les questions sécuritaires, et en particulier sur la question de la peur d’un islamisme diffus et international. Donc cela peut avoir un impact sur le moyen terme, et cela peut permettre au Président sortant d’esquiver un certain nombre de thèmes qui ne lui sont pas favorables, autour de son bilan, autour du chômage, autour de la question économique et sociale.

Giovanni Magi, euronews : Le résultat des élections pourrait-il être conditionné par ces évènements ?

Denis Sieffert : Conditionné, je ne sais pas, car je ne sais pas si cela peut renverser la donne, mais cela peut probablement influencer un certain nombre d‘électeurs. On sait très bien ce qui se joue, Nicolas Sarkozy vise à conquérir pour le deuxième tour la part de l‘électorat de Marine Le Pen qui est indécise. Il y a une part des électeurs de Le Pen qui vont aller chez Sarkozy, une part qui vont, par haine de Sarkozy, aller vers Hollande, et il y a un petit tiers qui sont indécis. C’est sur eux que Sarkozy tape, avec son conseiller en communication Patrick Buisson, qui est un homme qui vient de l’extrême droite et qui est très à l’aise dans cette thématique. Donc la thématique des islamistes qui font peur, qui ourdissent des complots, qui vont faire des rapts contre des juges d’instruction juifs, lyonnais, etc, c’est formidable pour essayer de toucher cette clientèle là. Mais je ne suis pas sûr que cela puisse jouer sur d’autres électeurs, peut-être même que sur ces autres électeurs cela peut avoir un effet repoussoir, tellement les ficelles sont grosses.

euronews : Donc à votre avis, à dix-huit jours du premier tour, les jeux ne sont pas encore faits…

Denis Sieffert : Les jeux ne sont pas faits, c’est sûr. Hollande reste le favori, les sondages du second tour en attestent. Mais je crois que cette stratégie est une stratégie pour le second tour justement. Le premier tour, dans l’esprit des principaux candidats, Hollande et Sarkozy, est déjà derrière eux, finalement. On voit bien qu’il n’y a qu’1%, 1,5% d‘écart entre les deux. Mais tout va recommencer pour le deuxième tour, et là, cette stratégie sur la question de l’islamisme radical, c’est une stratégie de second tour en direction d’une partie de l‘électorat de Marine Le Pen.