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L'italie s'attèle à la réforme du droit du travail


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L'italie s'attèle à la réforme du droit du travail

Réussir la réforme du droit du travail, un impératif pour le gouvernement italien de Mario Monti.
Le débat sur le projet de loi, dont le débat a commencé au Sénat jeudi dernier, pourrait prendre des mois. Car cette fois Monti a décidé de négocier et de ne pas passer en force comme pour la réforme des retraites.

En effet, sous la pression du Parti Démocrate, l’un de ses principaux soutiens, le gouvernement a accepté d’adoucir son projet original. Notamment concernant l’article 18 du code du travail, une ligne rouge qu’aucun gouvernement n’a jamais franchi.

Cet article régule les conditions de licenciement individuel dans les entreprises de plus de 15 salariés. Il prévoit la réadmission obligatoire de l’employé licencié et une indemnisation lorsque le juge considère le licenciement injustifié.

Dans le projet de loi Monti, il donne au juge le droit d’ordonner la réintégration de l’employé lorsque les raisons du licenciement sont considérées “manifestement inexistantes.” Le texte original de la réforme prévoyait seulement une compensation, pas la réadmission.

Pour expliquer les vertus de la réforme, la ministre du Travail Elsa Fornero s’est déplacée samedi à Reggio Calabria, dans le sud de l’Italie, où le chômage touche 40% des jeunes. “Cette réforme est bien équilibrée, a t elle dit. Elle prend en compte différents aspects du marché du travail, pas juste un. Elle établit non seulement la possibilité de licencier des salariés, elle permet aussi de trouver des emplois moins précaires, et apporte de l’aide à ceux qui ont perdu leur emploi.’”

Elsa Fornero, qui a assuré que le projet de loi n’est pas “intouchable”, avait été traumatisée lorsqu’elle avait dû annoncer aux italiens en décembre 2011 la réforme des retraites et “les sacrifices” engendrés, c’est Mario Monti lui même qui avait dû préciser…

Les plaies creusées par la réforme des retraites sont encore à vif. Selon les syndicats, 350 mille salariés italiens – 65 000 selon le gouvernement- ayant signé un accord de licenciement leur permettant de toucher le chômage avant de pouvoir partir en retraite vont se retrouver sans revenu une fois leurs droits au chômage épuisés à cause du relèvement de l‘âge de départ en retraite prévu par la réforme.

 
Mardi dernier le FMI a tiré la sonnette d’alarme au sujet du travail en Europe. Dans la zone Euro, le chômage devrait encore augmenter cette année. L’Espagne devrait détenir le record, avec 24% plus de chômeurs. En Italie, on arriverait à 9.5%.
Un poids supplémentaire sur le gouvernement italien en plein débat sur un texte de loi pour la réforme du marché du travail. Nous en parlons avec Luigi Spinola, analyste économique et politique, en duplex depuis Rome.
 
EURONEWS:
La réforme du travail, c’est un défi important et dangereux pour  le gouvenrment Monti. Quels sont les points clé de cette réforme et quels sont ses points sensibles?
 
LUIGI SPINOLA :
Le marché du travail est divisé en deux. D’un coté des contrats en CDI, stables, bien cadrés, qui donnent aux travailleurs un certain nombre de garanties, mais qui sont coûteux. Les employeurs n’en proposent donc qu’un nombre limité. De l’autre coté, on a un marché du travail parallèle, avec des contrats en CDD, des contrats atypiques, payés très peu et qui donnent très peu de garanties.
 
Le challenge de Monti c’est d’arriver à une sorte de redistribution des droits, et cela à travers deux instruments: 1)faciliter les procédures de licenciement; 2) rendre plus strict l’accès au travail. Laissez-moi expliquer ce dernier point, car il risquerait sinon d’apparaitre paradoxal : il s’agit à la base de rendre plus cher, plus difficile, pour les entrepreneurs le recours à des contrats atypiques. 
 
EURONEWS :
Règles strictes pour l’embauche, et flexibilité pour le licenciement. On ne risque pas d’aggraver la précarité des travailleurs, faute de vrais avantages pour l’emploi sur le plan national?
 
LUIGI SPINOLA :
Pour ce qui concerne la flexibilité en matière de licenciement, par exemple, le juge des prudhommes
conserve un pouvoir fort et donc il peut contrôler que tout soit régulier et limiter les risques, par contre, cette tentative de forcer les entreprises à remplacer certains types de contrats cdd par des cdi pourrait nous amener à l’effet contraire.
 
Dans l’idéal tout cela c’est très beau, mais après il faut voir si les travailleurs, au lieu de décrocher des cdd en série, se retrouveront avec des contrats encore plus précaires.
 
EURONEWS :
Une telle réforme peut-elle vraiment aider l‘économie italienne à attirer des capitaux étrangers, comme le soutient le Premier ministre Monti?
 
LUIGI SPINOLA :
Mario Monti en est persuadé. On l’a vu il y a un mois quand il est allé à Tokyo et Pékin et qu’il a défendu cette réforme auprès des chinois et des japonais.
 
Les analystes, par contre, sont plus sceptiques; ils disent qu’il s’agit d’une condition nécessaire mais pas suffisante, ils pensent aussi à d’autres obstacles: la bureaucratie italienne, la complexité judiciaire de notre système. On ne doit pas s’attendre à beaucoup d’investissements …
 
 
EURONEWS :
La réforme du travail en Italie est un sujet assez complexe. Ceux qui, dans le passé, ont
tenté d’intervenir en “touchant“  aux intérêts particuliers ont dû baisser le niveau de leurs ambitions, on l’a vu avec la récente loi pour la libéralisation de certaines activités professionnelles.
En Italie, toucher au travail est il si compliqué?
 
LUIGI SPINOLA :
Mario Monti sur ce plan a fait un choix important: celui d’inviter à la table des négociations de cette réforme les travailleurs et les entrepreneurs, mais sans leur accorder un droit de vote.
Il faut en suite rappeler que nous connaissons actuellement une situation politiquement étrange: un gouvernement de technocrates soutenu par deux partis que pendant quinze ans ont été en pleine bataille politique. Cette collaboration a eu jusqu’ici un effet positif et cela pourrait enfin se traduire par des résultats.
 
 

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