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Grèce : la percée des extrêmes

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Grèce : la percée des extrêmes

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Il est le visage de la gauche triomphante; celle qui a su catalyser la colère des grecs, celle qui rejette en bloc les diktats de Bruxelles et l’austérité imposée aux grecs, celle qui vient de balayer d’un revers de voix la gauche traditionnelle du Pasok, après 30 ans au pouvoir, réléguée en troisième position. Alexis Tsipras, 37 ans a donc réussi son incroyable pari et fait de sa coalition de gauche radicale, la deuxième force politique du pays.

Reçu hier par le leader de Nouvelle Démocratie arrivé en tête du scrutin mais avec à peine 2 points de plus, il a rejeté toute alliance avec la droite, ce qu’il fera sans doute aussi avec le pasok, car tous deux soutiennent les accords sur les plans de sauvetage.

Après sa rencontre avec Samaras hier, Tsipras a été on ne peut plus clair : “Qu’il ait signé et accepté le plan de sauvetage n’a pas apporté de salut, c’est une tragédie pour le peuple. Nous comprenons pleinement les difficultés auxquelles fait face le pays, mais en meme temps, ce choix du peuple ouvre des possibilités pour un chemin radicalement différent.”

C’est en faisant campagne sur ce thème:
“L’austérité ça suffit, une autre voix est possible” – rejet des accords passés avec l’Union européenne et la FMI mais maintient dans la zone euro – que ce jeune ingénieur aux allures modernes a su convaincre les électeurs.

Tsipras a notamment fait mouche auprès des jeunes, et dans les zones urbaines, et a su s’entourer de grandes figures du pays et d’intellectuels.

Alors quel rapport avec l’autre grande surprise du scrutin: Nikolaos Michaloliakos, leader de Chryssi Avghi, le parti néo-nazi qui fait son entrée au parlement? L’Europe bien sûr et l’opposition catégorique aux plans de sauvetage imposés.
Symptomatique de la colère des grecs contre l’austérité qui les étouffent.

Pour le reste, difficile de savoir si 7% des Grecs adhèrent réellement au discours de cette extrème-droite fasciste dont le leit-motiv est le renvoi de tous les immigrés illégaux hors du pays.

Créé dans les années 1980 par celui que la presse grecque surnomme le “Fuhrer”, Chryssi Avghi n‘était jusqu’à présent qu’un groupuscule néonazi marginal. Pour stopper les flux d’immigrés, il veut miner la frontière gréco-turque. Sur son drapeau, rouge où un symbole grec ancien rappelle fortement la croix gammée nazie: “La Grèce aux Grecs”.

Dans un pays où insécurité et précarité explosent, Chryssi Avghi a conquis son électorat par un travail de terrain dans les quartiers défavorisés. Les militants y effectuent des rondes, accompagnent les personnes âgées ou les femmes qui ont peur dans la rue, et distribuent de la nourriture aux familles dans le besoin…