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Égypte, Amr Moussa : "Israël ne veut pas de quelqu'un qui puisse leur dire non"


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Égypte, Amr Moussa : "Israël ne veut pas de quelqu'un qui puisse leur dire non"

Après des législatives qui ont changé le visage politique égyptien, le pays se prépare pour ses premières élections présidentielles de l’après Moubarak, un scrutin libre et démocratique selon le Conseil militaire qui assure la transition. L’ancien ministre des Affaires étrangères et ancien Secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa est l’un des candidats favoris de ce scrutin.

Riad Muisses, euronews :
Bonjour monsieur Moussa et bienvenue sur euronews.

Amr Moussa, candidat à la présidentielle égyptienne :
Bonjour

Riad Muisses, euronews :
En quoi consiste votre programme électoral, en quoi est-il différent des autres ?

Amr Moussa, candidat à la présidentielle égyptienne :
“Mon programme est différent parce qu’il est global. C’est une vision et un programme en même temps. Un programme qui s’intéresse à tous les dossiers égyptiens, car jusqu‘à présent il y avait des défaillances, et les précédents gouvernements, auxquels je n’ai pas participé n’ont rien fait. Je propose un programme à court terme pour les quatre prochaines années et un autre à plus long terme qui devrait être appliqué par les gouvernements successifs même si je ne suis plus là. Bref, mon programme permettra d’instaurer un nouvel état, la deuxième république, qui ne sera pas une continuité de la première. Ce sera totalement différent des soixante dernières années.
C’est l’instauration d’un régime présidentiel constitutionnel et démocratique, qui va nous obliger à changer les institutions, l’administration, et à mettre en place l’indépendance de la magistrature et la séparation des pouvoirs. Mon projet apporte des réponses à de nombreuses questions. Ce n’est pas un simple programme électoral : c’est une vision de l’Égypte de demain.

Riad Muisses, euronews :
J’ai remarqué en suivant votre campagne que vous donnez une importance particulière aux paysans et aux ouvriers, comme le montre cette visite aujourd’hui.

Amr Moussa, candidat à la présidentielle égyptienne :
Bien sûr parce qu’ils ont été marginalisés ces soixante dernières années et qu’il n’ont jamais bénéficié d’aucun programme.

Riad Muisses, euronews :
Votre programme est ambitieux, comment comptez-vous le financer ?

Amr Moussa, candidat à la présidentielle égyptienne :
En ce qui concerne les capitaux nécessaires aux prochaines années, disons, les cinq dix prochaines années à venir, nous prévoyons une croissance économique, ainsi qu’une augmentation de la production en Égypte. Nous pensons que la reprise du tourisme devrait encourager les investissements. Bien sûr le tourisme doit reprendre des forces. Il ne faut pas trop prendre en compte la situation actuelle, difficile, nous parlons des années à venir. Nous nous projetons à long terme, par conséquent, je ne vois pas de problème de financement.

Riad Muisses, euronews :
Certains vous accusent d’appartenir à l’ancien régime, d’avoir travaillé avec le président déchu Hosni Moubarak. Ceci n’affecte pas trop votre campagne électorale ?

Amr Moussa, candidat à la présidentielle égyptienne :
Cela va l’affecter mais de manière négligeable, car ces accusations sont sur ma personnes mais ce ne sont pas des accusations sur mes principes, mes idées.
Et puis tout ceux qui m’accusent, ont bien choisi Issan Sharaf comme Premier ministre, et lui aussi était de l’ancien régime. Donc ces allégations n’ont aucune importance, mais si ces accusations sont lancées parce que j’ai été ministre des Affaires étrangères pendant dix ans, et bien moi j’en suis fier et je suis sûr que l’Égypte ne prend pas ceci au sérieux.

Riad Muisses, euronews :
Selon la presse vous êtes parmi les favoris des sondages avec l’un des candidats islamistes. Croyez-vous à ces sondages ?

Amr Moussa, candidat à la présidentielle égyptienne :
Si il n’y avait qu’un seul sondage on aurait pu en douter mais puisqu’il y en a des dizaines, de différentes sources qui disent tous la même chose, c’est qu’il doit y avoir une part de vérité.

Riad Muisses, euronews :
Israël s’inquiéterait de voir Amr Moussa devenir président d’Égypte. Si vous devenez président est-ce que cela posera des problèmes aux relations égypto-israéliennes ?

Amr Moussa, candidat à la présidentielle égyptienne :
Non. Mais les Israéliens, ne veulent pas de quelqu’un qui comprenne la cause Palestinienne et le conflit arabo-israélien. Ils ne veulent pas de quelqu’un capable de leur dire non et quand ce quelqu’un leur dit oui c’est avec ses conditions et non celles des autres. Les Israéliens se sont montrés très à l’aise dans leur relation avec l’Égypte ce cinq dernières années. Mais ceci est terminé. Ils espèrent que l’Égypte sera gouvernée par un président qui ne maîtrise pas ces sujets pour pouvoir gérer la situation plus facilement. Je sais bien qu’ils ne sont pas préoccupés par la guerre, en revanche ils craignent quelqu’un qui comprend bien leur jeu.

Riad Muisses, euronews :
Mais on peut comprendre que…

Amr Moussa, candidat à la présidentielle égyptienne :
Comme on dit chez nous, ils ne veulent pas de quelqu’un qui sait leur répondre.
Je crois vraiment que l’Égypte doit poursuivre une politique d‘équilibre dans la région, nous voulons reconstruire notre pays, ce qui ne veut pas dire que nous allons laissé tomber les Palestiniens. La cause palestinienne est une cause juste qui est en lien étroit avec la sécurité nationale et qui peut aussi menacer la stabilité de tout le Proche-Orient. De toute manière, l’Égypte appartient à l’Initiative arabe qui a proposé une solution pacifique, une solution politique avec des conditions équitables. C’est notre position ni plus ni moins.

Riad Muisses, euronews :
Faut-il comprendre qu’il y aura un amendement au traité de Camp David ?

Amr Moussa, candidat à la présidentielle égyptienne :
Non, le traité de Camp David c’est fini. Maintenant il y a le traité égypto-israélien et nous le respecterons.

Riad Muisses, euronews :
En tant que président, comment travaillerez-vous avec un Parlement dominé par les Islamistes ?

Amr Moussa, candidat à la présidentielle égyptienne :
Nous travaillerons avec le Parlement de la manière la plus correcte qui soit, qu’il soit dominé par les Islamistes ou non. En tant que Président, je me devrais de travailler avec la majorité parlementaire. J’ai mes opinions, ils ont les leurs, mais il est impératif que l’on travaille ensemble, et de manière positive, il n’est donc pas question de les marginaliser. J’aurais mon opinion de président, mais je consulterai toujours la majorité parlementaire.

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