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Dix questions à Vincent Carry, directeur du festival Nuits Sonores


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Dix questions à Vincent Carry, directeur du festival Nuits Sonores

On retrouve Vincent Carry à 9 heures du matin dans les loges de la galerie des Terreaux de Lyon, le QG de l’organisation du Festival Nuits Sonores“.

A quelques heures de l’ouverture du festival, il nous accorde dix minutes d’entretien. Pendant les six prochains jours, il devra être partout, donner des dizaines d’interviews et accueillir un grand nombre d’artistes internationaux. Son ‘Blackberry’ n’est jamais trop loin.

1 – J-0 Pour le Festival : vous avez le trac, la flemme, vous êtes anxieux?

Non, non, on est extrêmement motivés. C’est l‘édition de nos dix ans et on a envie de la réussir encore plus que les autres. Et puis on s’est bien préparé depuis un an. Je crois que tout le monde est serein. Par contre, la difficulté c’est qu’on est toujours fatigué parle travail réalisé avant que ça commence !

2 – Félicitations pour les dix ans. Est-ce un joyeux anniversaire?

Oui, dix ans ça veut dire qu’on a réussi. On ne s’attendait pas à une telle réussite. Ces dix ans, c’est l’occasion de regarder en arrière, il y a un peu de commémoration. On prépare un livre avec Elsa Audouin.

Après, il y a aussi un coté de nostalgie personnelle parce que c’est quand même dix ans de nos vies. Mais ça nous permet de regarder vers l’avenir. On se demande d’abord si on a envie de le faire, et la réponse c’est clairement oui, et comment est-ce qu’on a envie de le faire. Les vraies questions commencent à se poser maintenant.

3 – À 10 ans le festival a-t-il atteint sa maturité?

Pedro Winter (producteur français, ndlr) disait que les Nuits Sonores c’est le Festival de Cannes des musiques électroniques – très flatteur pour nous – et Cannes ouvre aujourd’hui sa 65e édition.

Il y a aussi les Transmusicales de Rennes, peut être un festival plus proche de nous dans le contenu, qui existe déjà depuis 35 ans. Donc vu de cette perspective, on est encore un petit bébé.

Mais quand je vois le professionnalisme des équipes, le développement du Labo Européen des Festivals le type d’invité qu’on peut avoir comme par exemple Jeremy Rifkin, tout cela c’est des signes d’une certaine maturité.

4 – Et le petit a grandi dans quel sens? Plus rebelle, plus sage, plus fou ?

Je dirais qu’il y a une certaine constance. On est un festival indépendant et on a beaucoup de liberté notamment par notre statut économique. Par exemple, on s’autofinance à hauteur de 82 %. On est plus indépendant que rebelle.

On exprime notre liberté avec un certain parti pris politique.

On le montre quand on invite Jeremy Rifkin par exemple, ou quand on tient un discours sur la “désinstitutionalisation” culturelle dans le Labo, c’est aussi un message.

On a un schéma culturel hérité des années 70, en France mais aussi presque partout en Europe, et qui est un schéma très conservateur. Et on se positionne comme une structure qui veut repenser les politiques culturelles, repenser le schéma culturel pour qu’il soit moins institutionnel, moins hiérarchique et plus global.

5 – Comment les Nuits Sonores ont-elles vu le jour ?

Les Nuits Sonores sont nées d’une rencontre entre 6 ou 7 acteurs de la scène électronique ou indépendante lyonnaise. A l‘époque j‘étais journaliste et j’ai arrêté le 21 avril 2002 lorsque Jean-Marie Le Pen est passé au deuxième tour des élections présidentielles françaises. Je voulait descendre dans la rue pour manifester contre lui, donc j’ai rendu ma carte de presse.

En même temps il avait eu une alternance politique à Lyon en 2001. Il y avait de la place pour présenter un projet au maire, ce qu’on a fait. Dans ce petit ‘groupe fondateur’ il y avait Violaine Didier, Cécile Chaffard, Fred Joly, Agoria, Patrice Mourre, un stagiaire, Pierre-Marie Oullion qui est toujours avec nous. On a bossé ce projet pendant six mois dans ma table de cuisine sur les Pentes de la Croix-Rousse.

6 – Trois rendez-vous immanquables de cette édition ?

-La Nuit 1 ce soir aux usines Brosettes avec James Murphy, James Holden, Kate Wax etc.

-Jeremy Rifkin samedi à l’Hotel de Ville.

- New Order, dimanche pour la clôture du décennie.

7 – Il y a déjà des soirées (et journées) complètes. Cette année se présente comment en termes de fréquentation?

On veut développer la fréquentation dans le festival de jour.

On a multiplié les scènes dans les NSDays, on veut développer un festival de jour beaucoup plus ambitieux et on y arrive petit à petit. On est sur une fréquentation qui sera dans la moyenne des deux dernières années, 80.000 personnes, peut être un peu plus.

8 – Le Labo, c’est vôtre nouveau bébé alors ?

Oui, on y tient énormément. Je pense que c’est l’avenir des Nuits Sonores. Il restera toujours un festival de musique, mais je pense que le volet professionnel, le volet réflexif et le volet politique vont être de plus en plus importants.

Cette année il y aura beaucoup plus de congressistes dans le Labo, des professionnels venus de tous les coins du monde et c’est une grande fierté.

9 – Certains puristes critiquent l’ouverture opérée vers d’autres horizons musicaux, loin de l’ADN ‘électro’ des NS. Pourquoi ce choix ? Que répondez-vous à ces critiques ?

Je pense que la musique électronique a pénétré d’autres styles il y a longtemps, notre critère a toujours été la qualité et l’indépendance.

10 – Quels sont les défis pour les NS?

Ce qui est important quand on atteint cette phase de maturité dont je vous parlais, c’est de garder l’esprit. L’esprit des NS c’est une certaine fraîcheur, l’exigence artistique et le fait de maintenir coûte qui coûte la présence dans le cœur de la ville. je pense que jusqu’au présent on a gardé cet esprit. Et ce projet n’existe que parce qu’il peut exister dans la ville.

Mon coup le plus beau cette année c’est l’Hôtel Dieu c’est complètement génial qu’on puisse faire les Nuits Sonores à l’Hôtel Dieu et je me suis battu pendant six mois pour que ça puisse arriver. Si on arrive a garder cet esprit, je pense que le festival perdurera.

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