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Salil Shetty : "il faut que le fonctionnement du Conseil de sécurité change radicalement"


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Salil Shetty : "il faut que le fonctionnement du Conseil de sécurité change radicalement"

Amnesty International égratigne le Conseil de sécurité de l’ONU. Dans son 50e rapport annuel sur la situation des droits humains dans le monde, l’organisation a décrit l’organe onusien comme «usé, déphasé et de plus en plus inadapté aux besoins».

Le correspondant d’euronews à Londres a rencontré le secrétaire général d’Amnesty International. Salil Shetty en appelle à une réforme du Conseil de sécurité pour éviter le blocage lié à l’utilisation du droit de veto en cas de violations des droits de l’homme à grande échelle.

Ali Sheikholeslami, euronews :

“Les Egyptiens votent pour élire un nouveau président. Cela dit, est-ce que l’avenir des pays qui ont connu ce que l’on a appelé le «printemps arabe» vous préoccupe ? “

Salil Shetty, secrétaire général d’Amnesty International :

“Les dictateurs ont certes disparu dans beaucoup de ces pays en transition, mais certainement pas les dictatures. Donc savoir qui deviendra président importe peu, nous devons maintenir notre vigilance. Il y a des choses d’une urgence absolue qui doivent être réalisées en priorité. Il faut d’abord lever l‘état d’urgence, et ensuite procéder à une refonte complète de l’appareil sécuritaire. Il faut une constitution respectueuse des droits. Sans une constitution forte qui met l’accent non seulement sur les droits de la majorité, mais aussi sur les droits des femmes et des minorités religieuses comme les coptes, il sera très difficile de bâtir l‘édifice dans son ensemble. Nous avons donc besoin de cette constitution, des institutions, besoin de l‘éducation, parce que ces choses ne peuvent pas changer du jour au lendemain, alors autant dire que le nouveau président a du pain sur la planche. Mais je suis optimiste. Car dans l’ensemble, le changement est déjà considérable. Mais ceux qui pensent que de changer un ordre établi au fil des décennies est une mince affaire, ne font pas preuve de réalisme.”

euronews :

“Petite diversion maintenant pour évoquer le Conseil de sécurité de l’ONU qui n’a pas vraiment montré de leadership dans le traitement de la crise syrienne. Quel regard portez-vous sur le rôle du Conseil de sécurité, mais aussi sur la très grave situation en Syrie ?”

Salil Shetty, secrétaire général d’Amnesty International :

“Des milliers de vies ont dû être sacrifiées en Syrie avant que le Conseil de Sécurité ne se décide à intervenir, et qu’un petit nombre d’observateurs sur le terrain soit envoyé. Or, les rapports d’Amnesty International indiquent clairement que les atrocités commises en Syrie constituent des crimes contre l’humanité. Pourtant, le Conseil n’a pris aucune mesure, même les choses les plus basiques qui doivent être réalisées ne l’ont pas été. Et malheureusement, nous savons que la raison de cette inaction est que la Russie a des intérêts commerciaux et militaires en Syrie, et que la Chine la couvre. Et bien sûr, nous savons aussi que c’est une façon d’agir habituelle des membres permanents du conseil de sécurité. Les Etats-Unis ont soutenu la dictature égyptienne pendant des années, on peut en dire autant des Français à l‘égard des Tunisiens. Il faut donc que la fonctionnement du Conseil de sécurité change radicalement. Ils sont censés agir au nom de l’ensemble des Etats membres, alors que pour le moment seuls leurs intérêts orientent leurs actions.”

euronews :

“Jettons un coup d’oeil plus à l’ouest. Cette année a été marquée par des mouvements de protestation, pour la plupart dûs aux difficultés économiques des populations en Europe et aux Etats-Unis. A votre avis, quelles politiques devraient être modifiées ?”

Salil Shetty, secrétaire général d’Amnesty International :

“Les franges les plus pauvres et les plus marginalisées des communautés subissent de plein fouet les conséquences de la crise. En Europe, les immigrants et les réfugiés ont ainsi servi de boucs émissaires, comme s’ils étaient à eux seuls la cause du problème. Donc, ce que nous demandons aux gouvernements c’est de s’assurer que cette crise économique n’en finisse pas par devenir aussi une crise des droits de l’homme. Alors avant d’aller sabrer les budgets publics et de réduire les services qui sont attribués, entre autres, aux groupes marginalisés, ils doivent en premier lieu évaluer l’impact sur les droits de l’homme. Donc, qu’il s’agisse d’un droit à la santé, à l’eau ou à l‘éducation, ou du droit à un logement convenable, ils doivent se rappeler qu’ils sont signataires d’engagements internationaux sur ces questions, et procéder à des évaluations avant toute chose.”

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