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L'Espagne dans la tourmente de la crise bancaire

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L'Espagne dans la tourmente de la crise bancaire

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C’est la troisième banque espagnole par ses actifs, mais Bankia est devenue le symbole et l’accélérateur de la crise de la dette espagnole. C’est par cette banque, et ses besoins de recapitalisation que les fragilités de tout le système bancaire du pays ont émergé.

Les besoins de recapitalisation des banques espagnoles varient entre 60 et 200 milliards d’euros, selon les analystes.

Rien que pour Bankia, l’Etat a déjà injecter 4,5 milliards d’euros le 9 mai dernier, au moment de la nationalisation de la banque. Mais le 26 mai, le nouveau directeur de la banque a annoncé un nouveau chiffre. Au total, ce sont 23,5 milliards d’euros qui seront nécessaires pour recapitaliser la banque.

Mais depuis, les tensions sur la dette espagnole n’ont pas cessé d’augmenter, propulsant les rendements à des taux tellement élevés que le pays risque de ne plus pouvoir se financer.

Hier le ministre du Budget, Cristobal Montoro, a fait des déclarations sur un chaîne de radio qui ont eu un écho retentissant: “La porte des marchés n’est pas ouverte à l’Espagne. (…) Les ‘hommes en noir’ ne viendront pas en Espagne parce que (…) ce n’est pas possible de sauver l’Espagne d’un point de vue technique.” a-t-il déclaré.

L’Espagne est la quatrième économie de la zone euro, elle resprésente 12% de son PIB total. L’Irlande, le Portugal et la Grèce réunis représentent 6% du PIB de la zone euro. En se penchant sur le coût des plans de sauvetage de ces trois pays, imaginer ce que coûterait un sauvetage de l’Espagne donne tout simplement le vertige.

Samedi, encore une fois le premier ministre Mariano Rajoy a envoyé un double message, aux marchés et à ses partenaires de l’euro: “Nous ne sommes au bord d’aucun précipice, mesdames et messieurs, ce n’est pas la réalité. L’Espagne va sortir de la tourmente grâce à ses propres efforts et avec le soutien de nos partenaires communautaires.” a-t-il affirmé.

Hier au Senat espagnol, il a plaidé pour la première fois en faveur des euro-obligations, qu’il avait refusé jusqu‘à présent: “L’Europe doit dire ou elle va pour rassurer, elle doit affirmer que l’euro est un projet irréversible et qui n’est pas en péril.” a-t-il déclaré. “Elle doit soutenir les pays en difficulté. Elle a besoin d’intégration fiscale, avec une autorité budgétaire, et une intégration bancaire, une union bancaire avec des eurobons, un superviseur bancaire et avec un fonds de garantie des dépôts européens.”

Or, le chef du gouvernement espagnol, ne veut pas d’intervention, mais juste des liquidités sans contraintes, de quoi étonner le chef de l’opposition socialiste, Alfredo Pérez Rubalcaba: “S’il y a des fonds européens, il y aura logiquement une conditionnalité, c’est-à-dire que ces fonds européens vont nécessiter une contrepartie, et cette contrepartie il faut la négocier.”

Bonne surprise pour Madrid: l’Allemagne préparerait un accord permettant de recapitaliser les banques espagnoles, tout en évitant de nouvelles réformes imposées de l’extérieur.

Pour parler de cette crise bancaire en Espagne, nous nous sommes entretenus avec José Carlos Díez, économiste en chef d’Intermoney à Madrid.

Vicenc Batalla, Euronews:
“La stratégie du gouvernement est d’attendre une injection de liquidités sans intervention au niveau de l’Etat. Mais l’Allemagne veut que l’Espagne demande de l’aide, en échange d’un plan de sauvetage. Les Européens vont-ils ouvrir le robinet de l’aide sans plan de sauvetage?”

José Carlos Díez, économiste en chef d’ Intermoney:
“Pour l’instant c’est le fond européen de stabilité financière qui est opérationnel. Son statut stipule qu’il doit prêter aux Etats, en échange d’une contrepartie. Mais ces conditions doivent être spécifiées. Tout dépend de cela. Elles peuvent être drastiques, comme ce qui s’est passé au Portugal et en Irlande, ou elles peuvent être plus douces et concerner uniquement les banques, cela est entre les mains de la Troika et des partenaires européens.”

Vicenc Batalla. euronews:
“La situation en Espagne préoccupe tout le monde. Par exemple, le journal français Libération titre un “SOS Espagne” avec derrière une pièce d’un euro. De combien d’argent aura réellement besoin le système bancaire espagnol?”

José Carlos Díez:
“Concernant les besoins de capitaux…Notons que les grandes banques espagnoles, Santander, BVA et La Caixa, les trois grandes banques espagnoles représentent la moitié du système bancaire espagnol et n’auront pas besoin d’aide. En ce qui concerne l’autre moitié, les aides vont sûrement se concentrer sur un tiers du système bancaire, 40% comme l’a dit le FMI. On ne connaît pas bien les chiffres, le rapport sera publié bientôt, mais on parlerait de plus ou moins 50, 60 milliards, y compris les aides déjà versées pour Bankia, la grande entité qui va avoir besoin d’aide.”

euronews:
“La Commission Européenne prépare un plan qui parle d’union bancaire et financière. Mais cela suppose l’accord de l’Allemagne, qui s’y oppose toujours. La pression sur Angela Merkel va-t-elle fonctionner?”

José Carlos Díez:
“Pour le bien de l’Europe entière, nous espérons que oui. Je crois qu’au milieu de tant d’incertitude, c’est un bon signal pour les investisseurs internationaux, leur indiquant que le projet européen continue d’avancer à un moment où l’on parle de rupture de l’euro. C’est un signal positif, mais ce n’est pas la solution à court terme. Cela doit être approuvé lors d’un sommet, passer par les parlements nationaux, retourner au Parlement européen. On parle de plusieurs mois. La situation sur les marchés est critique. On scrute l‘écart entre le taux des emprunts allemands, et ceux des emprunts espagnols et italiens. Et cela fait des mois que la Banque Centrale Européenne n’a pas acheté d’obligations. Cette situation tendue ne peut pas durer. Quelque chose risque de se passer, bientôt. Espérons que l’Europe fasse preuve d’intelligence et qu’elle parvienne à anticiper.”

euronews:
“Et justement pour cette raison: peut-on comparer l’Espagne à la Grèce?”

José Carlos Díez:
“Il faut se méfier des comparaisons mais un cheikh arabe peut venir en Europe et faire deux choses: un, acheter par exemple Telefónica ou Inditex, une de nos grandes compagnies. Ou, deuxième option, avec la même somme d’argent, il peut acheter en entier la bourse grecque, et il lui restera encore de l’argent. Je pense que c’est un peu absurde de comparer l’Espagne et la Grèce.”