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La Turquie joue sa crédibilité dans la crise avec la Syrie


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La Turquie joue sa crédibilité dans la crise avec la Syrie

La frontière entre la Turquie et la Syrie est une ligne à haute tension depuis vendredi dernier, depuis qu’un avion de combat turc a été abattu par l’armée syrienne.

L’armée turque a alors changé ses règles d’engagement et répondra désormais à toute violation de sécurité à sa frontière avec la Syrie.

Cet incident a électrifié les relations entre les deux voisins. Ces relations s‘étaient déjà fortement dégradées depuis le début du soulèvement contre le Président syrien Bachar al Assad il y a seize mois.

Devant les députés de son parti, le Premier ministre turc a affirmé que désormais, “tout élément militaire qui posera un risque et un danger de sécurité à la frontière turque venant de la Syrie, sera considéré comme une cible militaire”. Car la Turquie, soutenue par l’Otan, assure que l’appareil abattu était un «avion de reconnaissance non armé».

La télévision syrienne à présenté sur une carte la trajectoire du F4 -PHantom turc abattu. Car la Syrie, de son côté, parle d’une violation de son espace aérien alors contrée par les défenses aériennes syriennes.

Réunis à Bruxelles ce mardi, les membres de l’Otan ont jugé l’incident “inacceptable”. Ils ont exprimé leur “soutien et leur solidarité” à la Turquie.

Le Secrétaire général de l’organisation,
Anders Fogh Rasmussen, a également appelé les autorités de Damas à tout mettre en oeuvre pour éviter de nouveaux incidents de ce type.

Pour convoquer la réunion de l’Otan, la Turquie a invoqué “l’article 4 du traité” de l’Alliance. Il prévoit que tout pays membre peut porter une question à l’attention du Conseil quand il estime que son intégrité territoriale ou sa sécurité est menacée.

“L’article 5 du traité” de l’Atlantique-Nord, qui organise la solidarité entre ses Etats membres en cas d’agression et autorise au besoin l’emploi de la force armée, n’a lui pas été invoqué lors de la réunion au siège de l’Otan, à Bruxelles ce mardi.

Selon des analystes, le risque d’un conflit réel à la frontière entre les deux pays augmente. Cette frontière qui s‘étend sur 900 km a déjà été traversée par plus de 30.000 réfugiés syriens fuyant les violences dans leur pays.

Nous rejoignons en duplex de notre studio d’Istanbul, notre invité spécial pour évoquer la crise entre la Turquie et la Syrie après l’avion turc abattu vendredi. Osman Cicekli est un pilote à la retraite. Cet ex-lieutenant-colonel avait survécu en 1996 aux tirs de l’armée grecque sur son F-16.

Gizem Adal, euronews : Monsieur Cicekli bonjour.

Gizem Adal, euronews : Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a déclaré que les engagements militaires ont changé. Qu’est-ce que cela signifie ? Qu’est-ce qui a changé ? Pensez-vous que la Turquie est plus proche de la guerre, maintenant?

Osman Cicekli, pilote à la retraite, ex-lieutenant colonel de l’armée turque : “Comme il s’agit d’une question qui relève des autorités politiques, je pense que nous sommes plus proche de la guerre. Évidemment, je souhaite que cela ne se produise pas, mais la question est posée. Les engagements en temps de paix et en temps de guerre sont différents. Surtout après une telle déclaration de la Turquie. Dans des circonstances normales, autrement dit en temps de paix, vous avertissez un avion militaire qui se rapproche trop de votre espace aérien. Evidemment, cela dépend si l’avion est armé ou non. Si c’est le cas, la réaction peut être différente. Dans ce cas vous pouvez “faire feu sur l’avion en dernier recours, après avoir demandé les autorisations nécessaires. Compte tenu des relations actuelles entre la Turquie et la Syrie, il n‘était pas nécessaire d’abattre l’avion. Si nous analysons la situation maintenant, le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a clairement fait savoir que toute tentative de traverser nos frontières sera considérée comme hostile. Après avoir pris cette position, si la Turquie ne fait pas le nécessaire, elle sera considérée comme faible et elle perdra sa crédibilité ce que personne n’a jamais voulu”.

Gizem Adal, euronews : A la demande de la Turquie, l’OTAN s’est réuni sur la base de l’article 4 lorsque la sécurité de l’un de ses membres est menacée. Pourquoi ne pas avoir également discuté de l’article 5 sur le droit de répondre militairement ?

Osman Cicekli : “Sincèrement, je peux vous dire que les membres européens de l’OTAN, n’ont pas la même appréciation de la situation que la Turquie. Selon moi, ce n’est pas leur priorité numéro 1. Un épisode comme celui-ci pourrait pourtant provoquer une guerre. Cela signifie que l’Allemagne, la France, la Grande-Bretagne et la Belgique seraient impliqués dans cette situation. Avec les problèmes économiques auxquels l’Europe fait face actuellement, l’hypothèse d’une guerre n’est vraiment pas la plus recherchée. Ils ne sont pas enclins à discuter sur la base de l’article 5. La Turquie devrait dès lors insister sur l’application de l’article 5. Certes, il faut une décision commune des 27 membres de l’OTAN pour invoquer l’article 5. Mais à ce stade, je pense qu’ils ne considèrent pas la situation comme suffisamment grave”.

Gizem Adal, euronews : Que savons-nous de la puissance de l’armée syrienne ? Sur le plan aérien ou terrestre ? Actuellement, c’est la question que tout le monde se pose.

Osman Cicekli : “Je pense que la force aérienne turque est plus puissante que celle de la Syrie et sur tous les plans. Il peut y avoir un problème, leur système de défense aérienne. Dans le cas d’une violation de leur espace aérien, leurs systèmes de défense aérienne et en particulier leurs radars seront actifs. Je suppose que leurs missiles sol-air sont puissants. Cela signifie donc qu’ils ont la capacité de répondre avec leurs systèmes de défense aérienne à toute attaque aérienne éventuelle”.

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