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Srebrenica, le drame sans fin

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Srebrenica, le drame sans fin

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Dix-sept ans ont passé depuis Srebrenica.
Et rien ou presque n’a changé.
Chaque anniversaire depuis dix-sept ans apporte son lot de nouvelles funérailles.
Dans ces camions qui traversent Sarajevo, capitale martyr de la guerre de Bosnie, des corps à destination de Potocari, le cimetière mémorial des victimes du massacre de 1995.

520 corps identifiés cette année, 520 nouvelles victimes à qui on a pu donner un nom.
Parmi eux, les restes de six enfants et quatre femmes, dont la plus âgée avait 94 ans. Avec les obsèques d’aujourd’hui le total des morts enterrés à Srebrenica est désormais de 5 657.
Un décompte morbide, un enterrement nécessaire pour les familles.

“Je vais enterrer mon fils”, témoingne Mujo Music qui a survécu au massacre de Srebrenica. Il poursuit : “Il avait 26 ans. Nous nous sommes enfuis par la forêt quand Srebrenica est tombée aux mains des Serbes. Quand nous avons atteint Snagovo, ils ont commencé à nous tirer dessus depuis Kula. Huit personnes ont été tuées, dont mon fils. Son corps est resté sur place. J’ai retrouvé deux de ses os. J’ai déjà enterré beaucoup de membres de ma famille. Ma femme est morte de chagrin. Je ne sais plus quoi faire”.

La terre de Bosnie cache encore ici et là des charniers que l’on découvre au fil des ans. Les survivants, les familles peinent à faire leur deuil et l’arrestation des coupables, le procès actuel de Mladic, ne les soulage pas.

“La douleur de la Bosnie, la douleur de la région de Drina, il ne la voit pas”, déclare une femme. “Ils devraient l’amener ici et que son procès ait lieu ici” .

“J’espère qu’il ne reverra jamais ses enfants” affirme une autre. “Mon fils n’a jamais vu son père. On n’a retrouvé que quatre de ses os et nous allons les enterrer maintenant, rien d’autre”.

A La Haye, le procès du criminel de guerre le plus recherché, arrêté l’an dernier après 16 ans de cavale a repris lundi. C’est l’audition des témoins.

Des témoignages, des preuves toutes plus accablantes les unes que les autres, auxquels Mladic, 70 ans, assiste sans sciller.

Un déni partagé 17 ans plus tard encore par ses anciens partisans. A Pale, ancien fief des Serbes de Bosnie, à 14 km seulement de Sarajevo, aucune leçon n’a été retenue.

Un habitant de Pale assure ainsi que “ça n’a pas d’importance qu’il – Mladic – soit à La Haye. Il sera toujours un héros serbe.”

“Pour les Serbes, Mladic est synonyme de justice et survie du peuple serbe”, affirme également un autre. “Selon moi, les Serbes ont aujourd’hui besoin d’un nouveau Mladic”, ajoute-t-il.

Parmi ceux qui assistent aux cérémonies aujourd’hui, Arthur Scheneir grand rabbin de New York et survivant de l’Holocauste, dont il faut selon lui, comme Srebrenica, retenir les leçons : lutter contre le silence et l’indifférence.

“En fin de compte”, déclare-t-il, “on paie très cher le prix du silence. Le silence n’est pas la réponse ; il faut se lever face à l’injustice. Quand vous vous retrouvez en face de l’inhumanité de l’homme vous ne pouvez pas fermer les yeux ; vous devez entendre le cri des opprimés”.