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Roumanie : duel sans merci entre les deux têtes de l'exécutif

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Roumanie : duel sans merci entre les deux têtes de l'exécutif

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Bucarest. Une manifestation illégale s’est improvisée. A quelques mètres de là, le président roumain Traian Basescu, suspendu du pouvoir, tient une réunion. Brandissant mégaphones et slogans, des militants exigent sa démission. Ils seront finalement dispersés par la police.

Le référendum sur la destitution du président Basescu a été le point d’orgue d’une crise politique majeure en Roumanie, opposant la coalition de centre gauche, emmenée par le Premier ministre Victor Ponta, et le président de centre-droit Traian Basescu.

Tandis que le premier accuse Basescu d’avoir outrepassé ses pouvoirs présidentiels, le chef de l’Etat crie au coup d’Etat, et accuse l’exécutif d’attenter aux institutions démocratiques.

Les groupes de réflexion roumains alertent : l’Etat de droit est en danger.

“Il y a encore une majorité de personnes, au sein du Parlement, dans la classe politique, qui refusent une justice indépendante, analyse Sorin Ionita, du club de réflexion Expert Forum.
Et toute cette histoire va au-delà de la destitution du président : il s’agit d’avoir au sommet du système judiciaire des personnes capables de garantir l’impunité de la classe politique. Est-ce que nous souhaitons une justice indépendante? La Roumanie répond “oui!”, sous la pression de l’UE. Mais maintenant que la justice gagne en indépendance, on commence à assister à des poursuites judiciaires et à des arrestations qui effraient la classe politique.
Et là, ils ont peur, ils ont créé cette coalition gouvernementale, et ils veulent remplacer le chef de l’Etat car le chef de l’Etat ne joue pas le jeu.”

Les institutions roumaines sont-elles menacées? La question préoccupe également la Bruxelles, que la Roumanie peine à rassurer sur ce point, observe l’eurodéputé Cristian Preda, proche de Basescu et vice président du parti de centre droit, le PDL :

“Je crois que finalement l’effet de cette bataille politique sera le report de l’entrée de la Roumanie dans l’espace Schengen. On attendait des progrès dans la domaine de la justice, mais on a malheureusement des problèmes dans le domaine de la justice constitutionelle. C’est finalement une exploitation de la tyrannie de la majorité contre l’Etat de Droit. “

La Roumanie a adhéré à l’UE en 2007, et souhaite rejoindre l’espace européen de libre circulation Schengen. Mais la crise politique pourrait retarder ce processus d’intégration.

Dans les rue de Bucarest, une autre manifestation hostile au président Basescu. Mais légale, cette fois.

Arrivé au pouvoir en mai dernier, le gouvernement de Victor Ponta a tenté de rogner sur les pouvoirs et les compétences de la Cour constitutionnelle, une institution que le Premier ministre juge trop partiale, et manipulée par Basescu.

Ces dérives anti-démocratiques sont-elles avérées? Analyse du doyen de l’Ecole nationale de l’Administration et de Science politique de Bucarest, Cristian Parvulescu:

“La personnalisation de la vie politique est representée par Monsieur Basescu. Il cherche à contrôler la vie politique avec autorité. Voilà pourquoi une réforme de la constitution est la priorité absolue de la Roumanie. Nous avons maintenant cinq politiciens dans la Cour constitutionelle. C’est une Cour formée par neuf membres dont cinq sont d’anciens politiciens, ministres ou deputés. C’est une Cour très politisée.”

En marge du référendum, on battait le pavé également à Iasi, la deuxième ville du pays.
Et là, ce sont des partisans de Basescu qui se sont rassemblés.

Traian Basescu est devenu président en 2004, à l’issue d’une campagne anti-corruption.
L’ancien capitaine dans la marine marchande a ensuite gagné en popularité, jusqu‘à cet accord signé avec le FMI, imposant au pays des mesures d’austérité.

Retour à Bucarest, où nous rencontrons le fondateur du parti libéral “Nouvelle République”, qui veut incarner la rupture avec la corruption.

La crise politique s’est intensifiée alors que la Roumanie était en pleine récession. Le gouvernement de Victor Ponta, de fait,
se met à dos une partie du monde des affaires.

“Le gouvernement endosse la posture de ceux qui sont sous le coup d’accusations légale, pénale et morale, avance Mihail Neamtu, fondateur du parti libéral “Nouvelle République”. Le gouvernement roumain est responsable aujourd’hui de la pire crise économique qu’on ait connue. Le premier ministre Victore Ponta est responsable de falsification académique, pour plagiat. Mais il est aussi largement responsable de la crise politique inacceptable qu’il a provoquée, avec derrière lui des personnes corrompues du parti socialiste. Et je pense que la seule solution à notre crise, c’est que Ponta s’en aille.”

Les troubles politiques sévissant en Roumanie ont également soulevé des craintes concernant les plans d’aide contractés avec le FMI et l’UE. Le gouvernement compte-t-il maintenir ces accords, conditionnés par la rigueur ?
Réponse du Premier ministre Victor Ponta :
“Oui. Nous souhaitons nous en tenir aux accords conclus avec le FMI et la Commission européenne, c’est un fait accompli.”

Au début de l’année, un vent de contestation a soufflé sur la Roumanie… De nombreux manifestants ont exprimé leur hostilité aux mesures d’autérité. Des protestataires, par milliers, ont reproché au président Basescu ses décisions en faveur d’un projet de loi très controversé sur la santé, mais aussi sa décision de couper dans les retraites et les salaires.

Maria et Stefan Serban étaient parmi les manifestants.
Ces retraités déplorent aujourd’hui leurs conditions de vie.. Ils ont à peine de quoi s’en sortir, la moitié de leur pension de retraite couvrant les frais médicaux.

“Il faut au moins faire quelque chose pour les plus pauvres, pour les personnes âgées, qui, elles, ont travaillé pour ce pays”, estime Maria Serban.

“Depuis avril 2011, ils n’ont pas seulement diminué les pensions, ils ont aussi augmenté les contributions sociales. Basescu a pris 20 % de ma retraite”, déplore son époux.

“Quand mon mari a reçu le courrier sur la réduction de sa retraite, explique Maria Serban, il est devenu rouge, il s’est mis à trembler. J’ai eu peur qu’il ne fasse une crise cardiaque.”

“C’est avec Basescu que cette crise a commencé.
C’est bien lui qui a augmenté les prix, qui a diminué ma pension”, conclut Stefan Serban.

Alors qu’une majorité de roumains expriment leur mécontement à l‘égard de Basescu, l’Union européenne met le gouvernement Ponta sous surveillance.
Eclairage du représentant de la Commission européenne en Roumanie, Niculae Idu:

“La Commission a demandé un nouveau rapport pour la fin de l’année, afin d‘évaluer les progrès accomplis sur l’Etat de droit et les principes démocratiques en Roumanie, et de voir si les autorités roumaines ont agi en vue de restaurer l‘équilibre nécessaire entre les institutions.”

Prochaine échéance en septembre, les ministres européens de la justice doivent discuter des conditions d’intégration de la Roumanie dans Schengen.

Les dérives anti-démocratiques du gouvernement de Victor Ponta, pointées par Bruxelles, pourraient toutefois faire obstacle à l‘élargissement de Schengen.

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Le reporter d’euronews Hans von der Brelie a interrogé la porte-parole de la Direction anti-corruption de Roumanie (DNA), Livia Saplacan, sur la lutte contre la corruption de haut-niveau.
Pour écouter cet entretien, cliquez sur ce bouton: http://www.euronews.com/2012/07/27/interview-with-livia-saplacan/

Le reporter d’euronews Hans von der Brelie a interrogé le président de l’Observatoire roumain des médias ActiveWatch, sur la crise politique et la situation des médias en Roumanie.
Pour écouter cet entretien, cliquez sur ce bouton: http://www.euronews.com/2012/07/27/interview-with-mircea-toma/