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La visite du roi Hamad de Bahreïn à l’Elysée passée sous silence

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La visite du roi Hamad de Bahreïn à l’Elysée passée sous silence

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Le président François Hollande a reçu le 23 juillet, en catimini le roi de Bahreïn, Hamad ben Issa Al-Khalifa, à la tête d’une dynastie qui règne depuis plus de 200 ans. Aucune mention sur l’agenda officiel élyséen, aucune alerte à la presse n’a annoncé cette visite surprise.

Ce n’est que vers 20h, lorsque les deux chefs d’état se sont quittés sur le perron de l’Elysée que la présence du Roi dans les murs de l’Elysée a été connue. Nadege Puljak, une journaliste de l’AFP, a publié sur Twitter une photo de François Hollande montrant le président raccompagnant le roi sur le perron.


Un peu plus tard, la présidence de la République a annoncé que l’entretien porté sur la situation de la Syrie ainsi que sur le risque de prolifération des armes de destruction massive. Les chefs d’Etat se sont aussi posés la question sur ce qu’ils pouvaient faire pour empêcher que ce pays ne glisse dans la guerre civile.

Le lendemain, c’est le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius qui reçoit le roi du Bahreïn. Il annonce que la France va aider le Bahreïn à mettre en œuvre des réformes judiciaires, des mesures en faveur de la liberté de la presse et des droits de l’homme.

“En raison de son expérience dans le domaine médiatique, la France a été invitée à transmettre ses connaissances au Royaume parce que la liberté de la presse et l’écoute de l’autre partie sont les meilleures façons de se réunir” a ajouté le ministre.

Un tel silence de la part du gouvernement français est dû au fait que le Bahreïn n’est pas n’importe quel pays. En effet, le régime de ce minuscule état de 1 230 000 habitants réprime depuis un an et demi une révolte chiite. La population chiite majoritaire dans le pays exige du pouvoir aux mains des sunnites, des élections libres et la fin des discriminations à son égard. Selon Amnesty International, pas moins de 60 personnes ont été tuées depuis mars 2011, date laquelle l’Arabie Saoudite a envoyé sur place un millier de ses soldats pour freiner le désir révolutionnaire du peuple.

Bien que le mouvement de protestation est quelque peu décliné, de nombreuses tensions persistent dans le royaume. Durant le mois de juillet dernier, les forces de sécurité ont arrêté plus de 240 personnes et une centaine d’autres ont été blessées dans des affrontements avec la police.

Il y a deux semaines, un opposant au régime bahreïni, Nabeel Rajab, a été condamné à 3 mois d’emprisonnement pour avoir publié un Tweet en juin dernier dans lequel il critiquait le Premier ministre du pays, Cheik Khalifa au pouvoir depuis 1971.

Dans ce Tweet, Nabeel Rajab a déclaré que le Premier ministre du Bahreïn avait été bien accueilli par les résidents de cette ville uniquement parce qu’ils avaient été payés. Toujours sur Twitter, le militant avait également appelé ce dernier à démissionner.

Toutefois, la répression est moins sanglante au Bahreïn où le roi est conscient de l’impasse politique dans lequel se trouve son pays. Il a tenté d’accorder des concessions à l’opposition en mettant en place une commission d’enquête internationale indépendante sur les incidents ayant eu lieu quelques mois auparavant. Ce rapport a montré qu’il y avait eu un “usage excessif et injustifié de la force” du régime.

Si la France a décidé de ne pas médiatiser la venue du chef d’Etat, la presse bahreïnie a elle, surexploitée la visite royale à l’Elysée. L’agence de presse officielle BNA a apporté ses propres précisions sur la future coopération entre les deux pays. Outre la presse cette collaboration concerne aussi les domaines politiques, de la défense, de l’éducation, de la culture et de la technologie.

Ce qui a alerté six associations de défenses des droits de l’home, dont Amnesty International, la Fédération Internationale des droits de l’homme et Human Rights Watch. Dans une lettre commune rendue publique le 2 août, ces ONG appellent le président François Hollande à indiquer clairement la position de la France et de ne pas cautionner les actes de Bahreïn.