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Sergio Aires : "La pauvreté est un déni des droits humains"


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Sergio Aires : "La pauvreté est un déni des droits humains"

Maria a 44 ans, elle habite à Porto avec sa fille de 13 ans. Le chômage, depuis des années, et un divorce l’ont précipitée dans la précarité. L’ancienne secrétaire de direction survit grace aux allocations familiales et au Rsa. Soit environ 280 euros par mois, de quoi juste payer les factures:

“Pour manger c’est plus compliqué, explique-t elle. Si je n’avais pas l’aide de mon père, moi et ma fille, nous boirions de l’eau, parce qu’elle, je la paye encore et il y en a au robinet. Ce qui me donne la force de me lever le matin? Ma fille qui dort à coté dans l’appartement. J’espère que l’avenir sera meilleur pour ma fille. Pour moi, je n’attends plus rien”.

L’histoire de Maria est loin d‘être un fait isolé dans une l’Europe en crise. Le contrôle de la dette a effacé la lutte contre la pauvreté des discours politiques. Dans la Stratégie européenne 2020, l’UE affichait l’objectif de sortir de la pauvreté 20 millions de citoyens d’ici 2020.

Mais combien de pauvres y a-t-il aujourd’hui dans l’UE?

Selon le réseau européen anti-pauvreté, ils seraient 120 millions. Mais les dernières statistiques officielles datent de 2010. Cette année-là, il y avait presque 116 millions de citoyens, presque un quart de la population, en risque de pauvreté, contre 79 millions trois années auparavant. Les enfants et les personnes âgées sont les plus vulnérables. Le taux de la pauvreté enfantine atteignait presque les 27% et des personnes âgées les 20%.

La crise a entraîné la baisse des donations, et en même temps, la hausse des demandes d’aides sociales. La Commission européenne veut dédier 25% du prochain Cadre financier pluri-annuel au Fonds social européen, pour mieux lutter contre la pauvreté.

Sergio Aires, président du réseau des associations de lutte contre la pauvreté, soutient la proposition. il répond à nos questions.

Patricia Cardoso, euronews

“Au cours des deux dernières années, les mots pauvreté et exclusion sociale ont disparu de la plupart des discours politiques. Comment expliquer cette attitude ?

Sergio Aires, président du Réseau européan anti-pauvreté

“Les mots ont disparu des discours mais, et c’est peut-être pire, ils ont disparu aussi de la politique. Les deux choses sont liées.
Je dirais que depuis 2005, les mots pauvreté et exclusion sociale ont commencé à devenir invisibles ou du moins à ne plus correspondre à une priorité claire et objective : éradiquer la pauvreté doit être au même niveau que le développement économique, la croissance et l’emploi.”

euronews

L’absence de statistiques est-elle un symptôme de la politique européenne ?

Sergio Aires

“Je dirais que c’est un symptôme de l’absence de préoccupation et de volonté de faire face à la question de la pauvreté. C’est une vieille histoire. C’est l’histoire de la négation de la pauvreté en Europe, personne ne veut de pauvreté dans son environnement proche.

Tout le monde refuse l’idée de la pauvreté. Une petite communauté va la reconnaître seulement si elle peut recevoir des fonds européens. Dans ce cas elle va dire “ oui nous avons de la pauvreté, nous avons besoin d’aide”. Autrement, elle dira vite non.
Car, politiquement, la pauvreté est un échec de l’organisation de la société et la manière dont la société résoud ses propres problèmes.

La pauvreté est un déni des droits humains.

On ne combat pas la pauvreté rapidement et on n’obtient pas de résultats rapides. Et la politique est trop immédiate et rapide, c’est pour cela qu’il y a peu d’hommes politiques qui s’investissent ou veulent s’investir car ils n’auront pas de résultats assez rapides pour que leurs efforts soient reconnus.”

euronews

Peut-on dire que le modèle social européen a disparu ?

Sergio Aires

“Le modèle social européen n’a pas encore disparu, mais il est en péril du moins dans ses caractéristiques de base, ce qui est très grave.

Le modèle social européen est un contrat: je paie des impôts et j’ai droit à un ensemble de choses, mais j’ai aussi des devoirs.

C’est un contrat qui est en quelque sorte remis en question. Et comme il est remis en question, tout est risqué, parce qu‘à partir de là, le citoyen, peut commencer à se demander “Mais alors pourquoi payer des impôts ?”.

Après tout, le modèle social européen et la protection sociale servent à calmer la situation actuelle.

Si nous n’avions pas eu ce modèle, même sans les mesures d’austérité en particulier dans les pays les plus touchés par la crise, je peux vous garantir que nous aurions probablement un scénario bien différent de l’actuel, qui au moins nous procure un peu de tranquillité même s’il y a beaucoup de désespoir.”

euronews

N’est-ce pas utopique de penser qu’on peut éradiquer la pauvreté ?

Sergio Aires

“Les discussions philosophiques ne m’intéressent pas: est-ce ou n’est-ce pas une utopie ? J’ai l’habitude de dire que j’aime mettre en pratique l’utopie. Et c’est le cas. Je ne sais pas si c’est possible d‘éradiquer la pauvreté, je veux croire que c’est possible et je crois que c’est possible.

Je suis absolument certain que je ne peux pas dire aux gens autour de moi qu’il n’y a pas de solution à la pauvreté, que si vous êtes nés dans la pauvreté, vous mourrez dans la pauvreté, qu’on ne peut rien faire. Cela ne peut pas être comme ça, cela ne doit pas être comme ça et c’est prouvé que ce n’est pas comme cela.”

Chaque histoire peut être racontée de plusieurs manières differentes : retrouvrez les perspectives des autres journalistes d'euronews dans nos autres équipes linguistiques.

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