DERNIERE MINUTE

Vous lisez:

UE-Chine : l'entente cordiale...


Insight

UE-Chine : l'entente cordiale...

C‘était certainement sa dernière visite à Bruxelles en tant que Premier ministre chinois. Wen Jiabao doit rendre son tablier en mars, mais pas question pour autant de faire profil bas au sommet UE-Chine. Il a ouvertement reproché aux Européens de maintenir l’embargo sur les ventes d’armes à son pays et de ne pas lui reconnaître le statut d‘économie de marché. Pour le reste, assure-t-il, tout ira pour le mieux :

“ Quels que soient les problèmes sur notre chemin, tant que nous aurons un dialogue et des consultations d‘égal à égal, nous serons capables d‘étendre les consensus, de limiter les différences et d’obtenir des résultats gagnant-gagnant “ , a-t-il déclaré.

Officiellement, exit les litiges commerciaux qui vont des panneaux solaires aux terres rares en passant par l’acier. Pékin promet aussi de continuer à acheter de la dette européenne :

“ Au cours des derniers mois, la Chine n’a pas cessé d’acheter des obligations émises par les Etats de la zone euro et le FESF. Et la Chine continuera à jouer son rôle pour aider à résoudre la crise de la dette en Europe par les moyens appropriés “ , a assuré Wen Jiabao.

Le premier pollueur au monde a même signé un accord avec l’Union pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, moyennant une aide de 25 millions d’euros et une assistance technique. Peu de chances en revanche qu’il accepte finalement de payer des taxes sur les émissions de ses avions survolant l’Europe comme le voudrait Bruxelles.

Ue-Chine : décryptage d’un expert
 
Pour en savoir un peu plus sur le rapport de force sino-européen et les moyens d’aplanir les contentieux, euronews a rencontré le professeur Gustaaf Geeraerts, le directeur du Brussels Institute of contemporary China studies :
 
euronews : “ A cause de la crise de l’euro, la croissance chinoise est en train de ralentir énormément, elle n’exporte plus autant qu’avant. Elle dit vouloir acheter de la dette européenne, mettre de l’argent dans le fonds de secours permanent, mais est-ce qu’elle le fera sans y mettre de conditions ? “
 
Gustaaf Geeraerts : “ La Chine doit faire un geste fort pour assurer aux sociétés européennes un accès facilité au marché chinois. D’autre part, nous devrions aussi faciliter les investissements chinois en Europe parce que nous pensons souvent que nous sommes le temple du libre-échange, mais si vous parlez avec des entrepreneurs chinois qui veulent investir en Europe, ils vous diront souvent que c’est plutôt compliqué. “
 
euronews : “ On parle beaucoup d’une guerre en coulisses concernant par exemple les accusations européennes sur les prix des panneaux solaires chinois. Les Chinois répondent que les taxes environnementales sur les avions vont affecter leur secteur aérien. C’est un jeu interminable. Qui va gagner au final ? Y a-t-il moyen de s’entendre ? “
 
Gustaaf Geeraerts : “ En fait, nous devons aborder cela sur une perspective à plus long terme et voir comment nous pouvons parvenir à une relation économique et commerciale plus équilibrée à l’avenir. Il est aussi très important pour les Européens que les marchés publics en Chine soient beaucoup plus ouverts aux entreprises occidentales. “
 
euronews : “ Il y a évidemment eu aussi des discussions sur le nucléaire en Iran et la guerre civile en Syrie. L’ambassadeur chinois auprès de l’Union européenne a dit aux journalistes ici à Bruxelles que le pays veut jouer les médiateurs mais pas interférer. Est-ce que l’Union européenne perd là aussi du terrain ? “
 
Gustaaf Geeraerts : “ Je pense que c’est un signe clair que l’Europe doit développer une politique extérieure plus forte et une identité politique extérieure plus forte. Si vous parlez à plusieurs voix, personne ne prêtera vraiment attention à ce que vous direz. “
 
euronews : “ Lorsque l’on voit que la Chine fait pression pour qu’on ne parle qu’une fois par an des droits de l’Homme au lieu de deux, lorsque l’on voit que les journalistes sont privés de conférence de presse quand les dirigeants chinois viennent ici, est-ce que l’Europe ne devrait pas être plus ferme pour ne pas risquer de perdre aussi du terrain sur le front des droits de l’Homme ? “
 
Gustaaf Geeraerts : “ Le meilleur moyen de promouvoir ces valeurs, c’est de montrer que l’Europe est capable de gérer et de surmonte la crise de la zone euro. C’est seulement en démontrant l’efficacité de notre processus d’intégration que nous arriverons à influencer d’une certaine manière les autres. “
 
 

Chaque histoire peut être racontée de plusieurs manières differentes : retrouvrez les perspectives des autres journalistes d'euronews dans nos autres équipes linguistiques.

Prochain article

Insight

Interview exclusive d'un chef rebelle d'Alep