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EADS/BAE Systems : un échec avant tout politique

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EADS/BAE Systems : un échec avant tout politique

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La fusion entre l’européen EADS et le britannique BAE Systems ne se fera pas. La difficulté d’une entente politique a été plus tenace que la volonté des deux groupes eux-mêmes. Et si le président français François Hollande estime que l‘échec de la fusion est la décision des entreprises : tout le monde sait que cet échec provient avant tout du désaccord politique des trois gouvernements impliqués, dont deux sont actionnaires d’EADS et le troisième a une pilule anti-OPA à sa disposition.

Pour les deux groupes c’est Berlin qui a bloqué les discussions, ne pouvant imposer sa volonté de gouvernance du nouvel ensemble.

Thomas Enders le Pdg d’EADS qui a reçu le soutien de son conseil d’administration, il va désormais revoir sa stratégie.

Les gouvernements français et allemand vont donc rester les principaux actionnaires d’EADS et le groupe privé Invesco Perpetual, filiale du groupe américain Inveso, le premier de BAE Systems.

Quand à la philosophie britannique sur l’actionnariat d’un groupe commercial, elle n’a pas changé d’un iota.

“Il aurait fallu, pour faire des affaires comme une entreprise commerciale, s’affranchir d’un contrôle excessif ou de l’influence de tout gouvernement, a expliqué Philip Hammond, le ministre britannique de la Défense. Et c’est un objectif que l’entreprise n’a pas été capable d’atteindre”.

Les relations déjà régulièrement tumultueuses au sein d’EADS entre la France et l’Allemagne, sont devenues encore plus compliquées du fait du ménage à trois avec la Grande Bretagne.

Quand à BAE Systems, qui a pris le virage “tout défense” au milieu des années 2.000, il est maintenant confronté à la baisse des dépenses d’armement, aux Etats Unis en particulier.

Dominique Dequidt, Gérant chez KBL Richelieu à Paris nous aide à y voir un peu plus clair dans l‘échec de ces discussions entre EADS et BAE Systems.

Dominique, l’entourage des deux groupes désigne l’Allemagne comme le principal responsable de cet échec, mais on devine plus qu’on ne les connaît les raisons du blocage allemand. Quelles sont les vraies raisons ?

D. Dequidt:
En fait il semblerait que l’Allemagne était en dehors un peu de la parité que s‘étaient infligés la France et l’Angleterre, et l’Allemagne se sentait marginalisée : c’est le premier point. Le deuxième point c’est que l’activité de défense du groupe EADS est principalement située en Allemagne à Manching près de Münich et que les restructurations qui allaient être menées, principalement par British Aerospace, allaient peser sur l’emploi en Allemagne.

Donc des risques sociaux en Allemagne ont poussé semble-t-il le gouvernement allemand à renoncer à cette fusion.

Euronews:
Pourquoi, dès le début des discussions, les marchés d’actions ont-ils mal accueilli ce projet de fusion ? Et qu’est-ce qui a poussé les deux groupes à se lancer dans un défi aussi compliqué ?

D. Dequidt:
“Aujourd’hui EADS est centré sur l’aéronautique civile – qui est un secteur en pleine expansion même si c’est un secteur cyclique – pour 80% et pour 20% dans le secteur militaire alors que c’est exactement l’inverse pour BAE. Le souhait du management d’EADS était de créer un groupe équilibré à peu près à moitié entre le militaire et l’aéronautique civile. Donc le marché – alors que les perspectives de l’aéronautique civile restent fortes et sont aujourd’hui dans une phase de maturité en termes de bénéfices – voyait un désaveu de la croissance potentielle des bénéfices d’EADS qui seraient – entre guillemets – “mangés” par les bénéfices de BAE qui lui est dans une phase plus difficile. BAE subit aujourd’hui à la fois la baisse des dépenses militaires aux Etats Unis mais aussi la baisse des dépenses liées au retrait des forces américaines d’Afghanistan ou au retrait des forces américaines d’Irak.

Euronews:
Est-ce qu’avec la fin de ces discussions, avec leur échec, EADS s’est fermé pour longtemps la porte d’entrée du marché américain de la Défense ?

D. Dequidt:
A la fois EADS mercredi soir dans son communiqué, a ouvert la porte à de possibles accords avec le groupe BAE – au sein non plus d’une structure capitalistique – mais à des accords commerciaux entre BAE et EADS. Donc c’est la porte ouverte à peut-être une ouverture vers le marché américain. Mais on voit bien que la difficulté sera beaucoup plus grande pour le groupe EADS d’autant plus que le groupe EADS, au travers de sa filiale militaire Cassidian, est en situation plus faible par rapport à BAE qui est le groupe dominant dans le domaine militaire en Europe.

Euronews:
Ce que nous enseigne aussi ce projet de fusion avorté c’est que l’Europe de la Défense est un concept encore très éloigné de la réalité. Merci Dominique Dequidt d’avoir éclairé notre réflexion sur cet important dossier de l’actualité économique.