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Felix Baumgartner : au seuil de l’extrême
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Le premier parachutiste supersonique, Felix Baumgartner, a décidé de tirer officiellement un trait sur sa carrière de “casse-cou” après un saut à près de 39.000 mètres d’altitude, dont une partie en chute libre. Surnommé “Felix sans peur”, l’Autrichien de 43 ans a repoussé les limites de l’endurance humaine et de la science le 14 octobre 2012, après une performance qui aurait coûté la bagatelle de 50 millions d’euros.

Andrea Bolitho, euronews :
“Felix Baumgartner, merci d‘être avec nous. Le monde entier a retenu son souffle lors de votre saut – en particulier en découvrant vos photos à l’intérieur de la capsule à 39 kilomètres d’altitude – qu’est-ce qui se passait dans votre tête à ce moment-là ?”

Felix Baumgartner :
“Eh bien, je me suis surtout concentré sur la montée parce que j’avais beaucoup de choses à faire. Puis, je me suis retrouvé hors de la capsule. Pendant quelques secondes, j’ai pu profiter de la vue et c‘était vraiment incroyable. Cette vue était spectaculaire. Mais quand on se retrouve à l’extérieur là-haut, on ne peut par rester statique bien longtemps, parce qu‘à partir du moment où on débranche le système, on dispose seulement de dix minutes d’oxygène. Et puis, on se rends compte très vite qu’on se trouve dans un environnement très hostile. Ce qui signifie qu’il faut sauter le plus vite possible.”

euronews :
“Et qu’est-ce qui s’est passé juste après le saut ?”

Felix Baumgartner :
“On savait pertinemment que j’allais partir en vrille, dans la mesure où l’air est une denrée rare à cette altitude et qu’on est proche du vide. Donc le plus important était ma capacité à stopper cette rotation au plus vite. C’est ce qui s’est passé et mes expériences en matière de chute libre m’ont permis d’y mettre un terme. Il m’a fallu beaucoup d’efforts pour réussir à effectuer ces 4 minutes et 20 secondes de chute libre.”

euronews :
“C’est ce qu’on appelle, je crois, les “vrilles de la mort”. Comment êtez-vous parvenu à vous stabiliser alors que tout tournait autour de vous ?”

Felix Baumgartner :
“Le fait est qu’en réalité, on ne peut pas vraiment se préparer à ça. Et quand vous êtes pris dans la rotation, vous avez exactement 50 secondes pour comprendre comment l’arrêter. Vous devez utiliser vos bras, vos jambes, et faire tout cela en douceur, car il ne faut pas oublier qu’on est propulsé dans le vide à plus de 1.300 kilomètres par heure, il est donc très difficile d’arrêter la rotation. Mais j’ai réussi, je l’ai fait.”

euronews :
“Étiez-vous conscient, au moment où vous avez franchi le mur du son ? Que ressentiez-vous ?”

Felix Baumgartner :
“En fait, je ne savais pas à quel moment j’allais atteindre le mur du son, il n’y avait aucun signe. On m’a expliqué que je risquais de ressentir une onde de choc, mais ça n’a pas été le cas. Je n’ai pas non plus senti le bang supersonique qui se produit derrière vous, donc au moment où j’ai ouvert mon parachute, je ne savais pas si j’avais atteint le mur du son. Mais une fois à terre, bien des gens m’ont dit que je l’avais atteint, ayant eux-même entendu le bang supersonique depuis la surface.”

euronews :
“A quel moment avez-vous réalisé que l’exploit était atteint et que le pire était derrière vous?”

Felix Baumgartner :
“Lors de la conférence de presse quand Brian Utley qui a suivi la mission de près est arrivé avec des chiffres. Et croyez-moi, je ne suis pas près d’oublier ce moment-là.”

euronews
“Donc, jusqu‘à l’instant fatidique où vos pieds ont réellement touché la suface de la terre, vous imaginiez encore que les choses pouvaient mal tourner ?”

Felix Baumgartner :
“A l’instant où mon parachute s’est ouvert, j’ai réalisé que tout était terminé. Le reste, c‘était une journée comme une autre au bureau.”

euronews :
“Vous êtes allé aux limites de vous-même – physiquement et mentalement – comment se préparer à quelque chose comme ça?”

Felix baumgarter :
“A chaque fois qu’on réalise un BASE-jump, qui demande un entraînement intensif, c’est une rude épreuve. Mais je savais comment gérer la pression. Au cours des deux dernières années, j’ai fait beaucoup de tests : des sauts en chute libre depuis différentes altitudes, avec combinaison, sous pression, sans pression. Je me suis aussi entraîné à la présence d’air chaud. Nous avons également fait une simulation complète pour tester la capsule et mes réactions à la température et l’altitude. Ensuite, on a fait un saut à plus de vingt mille pieds, et deux autres à plus de quatre vingt-dix mille pieds. Le jour du saut, lorsque l’altitude est supérieure à 39000 mètres, j‘étais tout à fait prêt. À la fois physiquement et mentalement.”

euronews :
“Le saut a été reporté en raison du mauvais temps et puis il a fallu environ deux heures et demie avant d’atteindre la bonne hauteur. Comment garder le contrôle de ses nerfs ?”

Felix Baumgartner :
“Ce n’est pas évident, j’ai dû apprendre avec le temps. Parce que se retrouver assis de nombreuses heures n’est pas facile – comme le fait de rester assis ici pendant six ou sept heures pour des interviews – et cela devient pire si en plus vous portez une combinaison sous pression, et que vous ne respirez que de l’oxygène, et que les seuls sons qui vous accompagnent sont ceux de la salle de contrôle et de votre propre respiration, mais vous devez rester calme.”

euronews
“Vous avez accompli d’autres cascades à haut risque dans le passé. Qu’est-ce qui vous motive à défier le danger ?”.

Felix Baumgartner :
“Cela s’explique par le fait que j’ai découvert la chute libre quand j’avais seize ans. Quand vous pratiquez un sport pendant si longtemps, il arrive un moment où vous voulez pousser la limite à un certain niveau. Et c’est ce que j’ai fait au cours des années. Pour tous les jeunes qui s’initient à la chute libre, le modèle reste Joe Kittinger, parce que c’est lui qui détenait tous les records, que ce soit au niveau de l’altitude, de la durée et de la vitesse. Il reste la référence en la matière. J’ai toujours pensé que ce serait incroyable de battre de tels records, sans jamais imaginer qu’un jour je pourrais être cet homme. Mais j’ai eu cette opportunité en 2005, et je l’ai saisie.”

euronews :
“Avec votre équipe, vous vous prépariez à ce saut en chute libre depuis des années, quels sont les défis techniques les plus difficiles auxquels vous avez dû faire face ?”

Felix Baumgartner :
“Il y a eu beaucoup de défis difficiles à relever durant toutes ces années. A commencer par la conception de la combinaison, qui s’inspire d’un modèle qu’on retrouve dans l’aviation. Ensuite, il a fallu l’adapter à la circonstance, car l’original a été conçu pour les pilotes qui passent le plus clair de leur temps assis, or j’avais besoin de sauter et d‘être très mobile. Nous avons dû également consacrer un certain temps à ma sécurité personnelle, parce que c‘était notre priorité. Et puis il a fallu développer la capsule. Comme vous pouvez le voir sur les photos, à l’intérieur, il y a un véritable studio de télévision volant. Là-dessus, je pense que les photos parlent d’elles-mêmes.”

euronews :
“Le saut était vraiment incroyable, mais était-ce plus encore qu’une simple cascade ? Y avait-il aussi un défi scientifique ?”

Felix Baumgartner :
“Il ne s’agissait pas d’une cascade ou d’une acrobatie, mais bien d’un véritable défi scientifique. Nous avons recueilli une quantité énorme de données et avons prouvé au monde qu’il est possible d’atteindre ces altitudes et de revenir sain et sauf.”

euronews :
“L’un des membres votre équipe, le Dr Clark Jonathan, a perdu sa femme, Laurel Clark, lors de la catastrophe de la navette Columbia. Concevoir une combinaison assurant une protection à haute altitude était quelque chose de cher à ses yeux ?”

Felix Baumgartner
“Bien sûr. Il a pris part à l’ensemble du programme et a été très heureux de travailler avec nous. Il s’intéressait à tout, mais à la lumière de ce qui s’est passé avec sa femme, en particulier des aspects scientifiques, les solutions d’aujourd’hui auraient sans doute permis de lui sauver la vie. Notre combinaison, comme le reste de l‘équipement d’urgence par exemple, résistent aux vitesses supersoniques, et auraient été en mesure d‘éviter le pire en cas d’accident.”

euronews :
“Quelle est votre réponse à ceux qui disent que tout cela n‘était qu’un gaspillage d’argent?”

Felix Baumgartner :
“Les gens réagissent toujours comme ça, mais regardez la politique, tout cet argent jeté par les fenêtres. Dans mon cas, au moins, il s’agissait de fonds privés : Dieter Mateschitz a gagné cet argent avec Red Bull et au final, on a apporté bien du plaisir aux gens, tout le monde nous a suivi, c’est un succès incontestable.”

euronews
“Et maintenant quel plans pour l’avenir?”

Felix Baumgartner :
“Je suis définitivement à la retraite du monde des défis extrêmes. Mais j’ai un second rêve depuis enfant : devenir pilote d’hélicoptère. Depuis 2006, j’ai mon permis, et je crois que je vais commencer par ça. Et puis aussi mettre mes compétences au service de la communauté, être pompier, sauveteur en montagne. Voilà mon monde.”

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