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Après Sandy, la plus vieille centrale nucléaire américaine en état d’alerte

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Après Sandy, la plus vieille centrale nucléaire américaine en état d’alerte

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La centrale nucléaire d’Oyster Creek, la plus ancienne centrale nucléaire des Etats-Unis, dans le New Jersey a été placée en alerte, en raison de la menace que font planer d’éventuelles inondations causées par l’ouragan Sandy sur un système de refroidissement crucial.

D’après un porte-parole de l’Agence de sûreté nucléaire, la centrale, vieille de 43 ans, était toujours en état d’alerte, deuxième niveau d’urgence sur quatre, ce mardi matin. C’est la troisième fois que ce niveau d’alerte est atteint cette année.

L’alerte a été émise après que le niveau des eaux a monté à plus de 2 mètres au-dessus de la normale, mettant potentiellement en danger la pompe qui envoie l’eau dans tous les circuits de refroidissement de la centrale, a expliqué un responsable de l’Agence de sûreté nucléaire. Pour le moment, cette pompe n’est pas vitale car le réacteur est à l’arrêt depuis le 22 octobre dernier en attente de nouveaux combustibles.

Cependant, si les eaux montent encore d’une trentaine de centimètres, elles pourraient submerger le moteur de la pompe qui alimente le système de refroidissement de la piscine des combustibles usagés, dite piscine de désactivation. Seule solution alors pour éviter aux gaines de combustible de surchauffer et de fusionner : le recours aux réserves d’eau du système anti-incendie de la centrale.

Un responsable de l’Agence de sûreté nucléaire a indiqué que le niveau des eaux avait déjà dépassé les 2m30. A 6h du matin, heure locale, les eaux avaient atteint 2 mètres et la marée haute suivante était attendue pour 11h45 (16h45 heure française). Il a précisé que la société Exelon avait installé une pompe mobile près du système de refroidissement mais ne l’avait pas encore utilisé.

Le manuel de Planification de la sécurité et des urgences d’Osyter Creek annonce que la centrale est « conçue pour pouvoir continuer à fonctionner de manière sûre même en cas d’inondations sévères ». La plus importante inondation enregistrée affichait une montée des eaux d’1m35 au dessus du niveau de la mer. Le document précise aussi que le niveau de la plus haute marée enregistrée dans la Baie de Barnegat (la côte la plus proche de la centrale, situé à 3,2 km) avait été d’environ 2m30 au-dessus du niveau de l’océan. Selon le document de la société, Oyster Creek est à sept mètres au-dessus du niveau de l’Atlantique.

Les risques de rejets

Cette centrale relativement petite a déjà rencontré des problèmes dans sa zone d’échange électrique par le passé. Exelon a expliqué que deux groupes électrogènes diesel avait dû prendre le relais afin de maintenir une source de courant stable.

Le porte-parole de l’Agence de sûreté nucléaire américaine a redit que l’exploitant de la centrale pouvait utiliser les réserves d’eau du système anti-incendie pour refroidir la piscine en cas de problème. L’eau de la piscine pourrait être portée à ébullition par les gaines de combustible en 25 heures sans autre source de refroidissement. Dans le scénario le plus catastrophique, le combustible pourrait surchauffer et fusionner entraînant des rejets radioactifs.

Les craintes entourant la piscine de désactivation d’Oyster Creek sont fortes en raison de l’accident nucléaire survenu à Fukushima. A la suite du tremblement de terre et du tsunami l’année dernière au Japon, des hélicoptères et des lances incendies avaient été réquisitionnés pour s’assurer que les piscines de la centrale endommagée continuent d’être alimentées en eau froide. La société Tepco qui exploite la centrale a toujours assuré que les gaines de combustible n’ont jamais été exposées à l’air libre.

Les centrales nucléaires doivent garder les gaines de combustible usagées pendant cinq ans afin de les refroidir suffisamment pour un stockage en container à sec. David Tillman, porte-parole d’Exelon a rappelé que la centrale était équipée de sources de refroidissement « multiples et redondantes » pour la piscine de désactivation. Il a avoué ne pas savoir si le circuit d’eau était opérationel la nuit dernière. La centrale utilise des pompes qui récupèrent de l’eau à l’extérieur, eau qui circule ensuite dans un échangeur thermique qui refroidit celle entourant les gaines de combustible, les empêchant de surchauffer.

Exelon a fait savoir, par voie de communiqué, qu’il n’y avait aucun risque pour l’équipement et aucune menace pour la santé ou la sécurité publique. « Il n’existe aucune risque imminent de rejets radioactifs pour le moment. Aucune mesure de protection n’a été mise en place autour de la centrale ». Craig Fugate, administrateur de l’Agence fédérale américaine des situations d’urgence a expliqué à la télévision que « ces déclarations réglementaires sont liées à l’intensité des tempêtes. Les exploitants sont tenus de communiquer en fonction des conditions climatiques ; cela ne veut pas dire qu’il y a un risque imminent dans la centrale ».

Situation dans les autres centrales de la région

Sandy, le plus gros ouragan connu dans la zone Atlantique, apportant des vents de 145 km/h et une montée du niveau de la mer de plus de quatre mètres, représente un test grandeur nature pour l’industrie nucléaire américaine en matière de sécurité depuis l’accident de Fukushima au Japon il y a un an et demi. Et c’est dans ce contexte que survient l’incident à Osyter Creek, situé à environ 95 km à l’est de Philadelphie sur la côte du New Jersey.

Malgré cette alerte, qui est un message sérieux mais pas catastrophique signalant une « potentielle dégradation importante du niveau de sécurité », l’industrie nucléaire américaine semble avoir globalement réussi le test. Environ une douzaine d’alertes ont été émises depuis quatre ans, selon un communiqué de presse de l’Agence de sûreté nucléaire américaine.

Mardi matin, l’Agence de sûreté nucléaire a annoncé que le réacteur numéro trois de la centrale d’Indian Point exploitée par Entergy s’est déconnecté automatiquement à 22h41 lundi soir en raison de fluctuations du réseau électrique causées par l’ouragan. Le réacteur numéro un de la centrale de Salem gérée par Public Service Entreprise Group Inc.a été éteint manuellement à 1h10 du matin en raison de la perte de circulateurs de condensateurs à cause de débris et de la montée des eaux provenant de l’ouragan.

Parmi les autres centrales, le réacteur numéro un de celle de Nine Mile Point, exploitée par Constellation Energy Nuclear Group, s’est éteint en raison d’un problème d’approvisionnement dans le circuit électrique. Mais il est encore impossible de dire si cela est en relation avec les conditions météorologiques.
Par ailleurs, Sandy a entraîné une baisse de production dans deux unités de la centrale de Limerick en Pennsylvanie de la société Exelon et dans une unité de celle de Dominion située à Millstone dans le Connecticut.

(Avec Reuters)