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Bahman Ghobadi : “aujourd’hui l’Iran est comme un condamné à mort qu’on a fusillé”
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Persona non grata en Iran depuis plus de 3 ans l’acteur, réalisateur et scénariste kurdo-iranien Bahman Ghobadi a dû composer tout à la fois avec la clandestinité, l’emprisonnement et l’exil.

Les “Chats persans”, tourné à l’arraché, sans autorisation et sans moyen, avait fait sensation sur la Croisette en 2009 : une plongée dans la musique underground de Téhéran et de la jeunesse en résistance.

Avec “Ghino Season”, son dernier opus réalisé pour la première fois en dehors de son pays natal, Ghobadi revient sur trente ans de révolution et de prisons.

Euronews l’a rencontré à l’occasion du festival du film de Théssalonique.

Wolfgang Spindler, euronews :
“Votre dernier film est le premier réalisé depuis votre départ d’Iran. C’est surtout la première fois que vous travaillez en dehors de chez vous. Vous sentiez-vous plutôt “lost in translation” ou soulagé ?”

Bahman Ghobadi, réalisateur iranien :
“D’abord, je tiens à dire que je n’ai pas quitté l’Iran, on m’a plutôt forcé à quitter mon pays.
Et c’est très dur travailler dans un pays dont vous ne connaissez ni la langue ni la culture. Donc, ce film reflète tous mes sentiments depuis que je suis sorti d’Iran. Mon dernier film est quelque chose de très personnel sur le plan artistique.”

euronews :
“Lors du dernier Festival de Cannes, nous avons discuté avec votre collègue Asghar Farhadi. Pour lui, le question de la censure et des restrictions en Iran n’est pas un problème uniquement lié aux autorités ou au système. Il estime que les cinéastes eux-mêmes s’imposent une partie de cette censure sans en avoir conscience. Quelle est votre opinion à ce sujet ?”

Bahman Ghobadi :
“J’ai tendance à penser qu’en matière de censure, nous sommes devenus pires que l‘état. C’est devenu quelque chose d’automatique, et pourtant nous ne cherchons pas vraiment à nous censurer mais la pression permanente du régime nous oblige à le faire. Vous devenez une sorte de condamné à mort qu’on ne tue pas mais qui subit des traitements si difficiles qu’il en vient à se supprimer lui-même. Aujourd’hui l’Iran est comme un condamné à mort qu’on a fusillé, sauf que la balle n’a pas encore atteint son cœur. Pourtant l’Iran est grièvement blessé, il faut donc venir en aide au pays pour l’aider à se relever une fois encore.”

euronews :
“J’imagine que vous deviez avoir le coeur brisé le jour où vous avez pris la décision de partir pour de bon.”

Bahman Ghobadi :
“Oui, depuis toujours, enfin depuis 3 ou 4 ans, je sens qu’une main est posée sur mon visage et qu’elle essaie de m‘étouffer et de m‘étrangler. Ce film a pu m’aider à me débarrasser de ce sentiment. Maintenant, je respire mieux.”

euronews :
“Vous avez déclaré un jour détester le cinéma et êtes finalement devenu un professional du métier. Que signifie pour vous le fait d‘être cinéaste ? En quoi consiste votre mission, comment trouvez-vous les ressources nécessaires pour continuer ? “

Bahman Ghobadi :
“Je ne sais pas exactement, mais il y a une énergie, un potentiel en moi, qui me viennent de mon enfance, ou plus précisément de mes souvenirs d’enfance. Je croix que c’est cela qui explose en moi et qui m’aide à faire des films. Cet énergie vient aussi de mon pays, de ma civilisation, du peuple kurde et du malheur qu’il a dû subir au travers des siècles, l’insécurité ambiante et qui pèse lourd dans cette partie du monde. C’est tout cela qui m’a poussé a faire des films. C’est vrai que je n’ai jamais vraiment été un amoureux du cinéma, j’ai même tendance à détester le cinéma parce que la situation est très dure, les conditions ne sont pas favorables pour un cinéaste. Il n’y a qu’une seule fois où j’ai pu réellement travailler sereinement en Iran. Je ne me souviens pas m‘être assis une seule fois sur une chaise et crier “silence et action”. Je n’ai jamais vraiment eu cette chaise.”

euronews :
“Et pourtant faire du cinéma est important, raconter des histoires, dresser un portrait de votre pays, faire en sorte d’ouvrir une fenêtre sur le monde sur ce qui se passe en Iran et le dossier iranien. C’est aussi essentiel de voir, de faire et de produire des films iraniens, non ?”

Bahman Ghobadi:
“Bien sûr, c’est d’ailleurs pour cela que je poursuis sur cette voie, car le cinéma et la caméra sont aussi percutants que des armes à feu. La plupart du temps, je refuse de porter des armes, mais maintenant j’ai cette arme entre mes mains. Donc, j’essaie de m’en servir pour défendre ma patrie, pour refléter l’histoire de mon pays pour mes compatriotes de l’extérieur. Parce que vous savez, je viens d’un pays où une autorisation est nécessaire, y compris pour réfléchir, le régime veut être au courant de toutes vous pensées, de tous vos projets d’avenir en tant que cinéaste. Il vous interroge même sur le script que vous commencez à peine à écrire, une fois le scenario prêt, ils vous font attendre des mois et des années avant d’obtenir l’autorisation de tourner. Et finalement vous commencez à réaliser votre film mais devez constamment rester attentif à la présence d’agents du sécurité à chaque séquence tournée. Et puis une fois le film tourné, vous devez obtenir une autorisation pour le distribuer ou le mettre à l‘écran. Et puis une autre autorisation pour présenter le film au cours des festivals. En définitive, ce qui reste, c’est la peur et la panique, une suffocation absolue. Où peut bien être le plaisir dans tout cela en tant que cinéaste ?”

euronews :
“Le printemps arabe a radicalement transformé certains nations. Mais jusqu‘à ce jour, il n’y a pas eu de véritable printemps persan suffisamment intense pour changer la donne en Iran. Y a-t-il encore un espoir pour que cela arrive ?”

Bahman Ghobadi :
“Je croix que le printemps persan, enfin le printemps iranien, parce que l’Iran n’est pas composée que des perses qui sont une petite entité dans le pays, l’Iran cela veut dire les Kurdes, les Baloutches, les Arabes, les Azeris, et d’autres ethnies… en réalité le printemps iranien a sans doute été plus marquant et plus fort que celui survenu après les élections de 2009, mais j’ai l’impression qu’il y a une volonté à l’intérieur mais aussi à l’extérieur du pays, d‘étouffer ce type de mouvement populaire et au final personne n’est venu en aide à ce mouvement. Je crois que le printemps iranien des Kurdes, des Azeris, des Baloutches n’est pas mort et que les gens se soulèveront bientôt. Toutefois, avant qu’une telle chose ne survienne, il faudra que le régime reconnaisse et accorde les droits naturels à l’ensemble des citoyens de mon pays, à tous les Iraniens, toutes ethnies confondues.”

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